Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 11:30

Une maladresse inattendue

Vous vous souvenez de cette série franchouillarde qui eut en son temps, un large succès d’estime : « Mais où est donc passé la 7ème compagnie ? Cet essai de dédramatisation de la débâcle militaire de 1940 mettait notamment en scène Robert Lamoureux qui jouait le rôle d’un officier spécialiste en explosif. Il disait invariablement tout au long du film en raccordant une bombe à un détonateur : « le fil rouge avec le fil rouge, le fil bleu avec le fil bleu. » Bien entendu, il se trompait et l’explosif n’explosait pas quand il aurait fallu, puis il donnait toute sa mesure au moment le plus inattendu, comique de répétition oblige.

Et bien, les quelques députés de la majorité qui ont voté le mercredi 9 octobre 2013 « par erreur » contre la mesure phare du gouvernement d’économie à court terme de report de la date de revalorisation des pensions d’avril à octobre (gain 800 millions pour 2014) ont fait pareil que Robert Lamoureux : en faisant basculer la majorité dans le camp du non, ils ont provoqué une belle petite explosion médiatique. Ils ont ainsi permis le rejet de l’article 4 du projet de loi sur les retraites, à leur corps défendant pour avoir appuyé sur la touche rouge (non) au lieu de la touche bleue (oui) de leur pupitre. (En réalité, elles sont blanches tous les deux.)

En principe, ce vote contrariant pour le gouvernement n’aura pas de conséquence. Il sera toujours possible en deuxième lecture de faire voter le report par voie d’amendement parlementaire ce qui permettra de revenir au texte initial.

Exégèse d’une grosse erreur

Mais il est amusant de se pencher sur les raisons d’une telle erreur, alors que le gouvernement dispose d’une large majorité à la chambre des députés pour faire passer son texte.

Les journalistes invoquent au moins trois raisons pour justifier cette erreur malencontreuse.

  • La première tiendrait à la formulation ambigüe de la question qui aurait induit les huit parlementaires de la majorité en erreur. Cet argument est très irrespectueux pour les députés concernés car il signifie en quelque sorte que ceux-ci ne sont pas capables de répondre à une question aussi simple que celle-ci : « Etes vous pour le report du calendrier de revalorisation des pensions. » Si je figurais parmi leurs électeurs, je regretterais d’avoir choisi, au cas où l’interprétation tienne la route, des représentants de la nation avec une aussi faible capacité de discernement.
  • Deuxième élément d’explication, le doigt de ces parlementaires aurai « ripé » dixit le Nouvel Observateur. Cette fois-ci, c’est encore meilleur. Les index de nos parlementaires sont si humides de sueur du fait ce la tension des débats, qu’ils glissent sur les touches de vote. (Vite un vote de la questure pour décider d’un crédit serviettes afin de se sécher les doigts avant le vote !)
  • Troisième interprétation. Le vote ayant lieu en fin de soirée, nos maladroits étaient fatigués.

Le rédacteur de l’article est d’ailleurs très impertinent, puisqu’il indique « qu’après l’affaire du cri de poule (une insulte à la condition féminine), les dîners peuvent parfois être bien arrosés. » Là, l’explication paraît déshonorante et mal venue. On n’est pas obligé d’être fin saoul pour se tromper de bouton.

Explication sur le divan

Il y a peut-être une raison non dite qui peut expliquer ce glissement dactylique inopportun. Comme chacun de nous, depuis Freud, nos députés et sénateurs ont un inconscient. Et celui-ci peut imposer ses exigences. Imaginez un peu et vous comprendrez : les représentants de l’actuelle majorité ont manifesté à plusieurs reprises contre les réformes des retraites de leurs prédécesseurs. Or, ils peuvent avoir du vague à l’âme.

Successivement en effet, le projet de loi dont on dit à tort qu’il est une réformette, vient de consacrer définitivement :

  • Les vingt cinq meilleures années pour calculer le salaire annuel moyen du régime général et des régimes alignés. (Réforme Balladur de 1993)
  • L’extension de la réforme Fillon aux fonctionnaires et assimilés avec notamment la mise en œuvre de la décote et l’allongement de la carrière.
  • L’âge minimum de prise en pension à 62 ans (excepté les salariés ayant commencé leur activité professionnelle très jeunes) décidé par la réforme Sarkozy de 2010 contre laquelle ils ont tant manifesté.

Et de surcroît, le gouvernement contraint les députés à voter l’allongement de la carrière à 43 ans en 2035 pour l’ensemble des régimes, alors que le retour à la retraite à 60 ans était inscrit dans leur programme. Comment dans ces conditions ne pas souffrir d’une certaine réticence mentale à voter le report de la revalorisation des retraites de six mois qui concernera tous les retraités à l’exception des bénéficiaires du minimum vieillesse ?

Autrement dit, ce n’est pas plus compliqué que cela : l’inconscient du protestataire devenu parlementaire a frappé. Au lieu de voter pour tout en étant contre, ils ont voté contre car dans leur for intérieur, ils ne pouvaient pas être pour. Il n’y a pas besoin d’être un psychanalyste réputé de la place de Paris pour imaginer ce qui a pu se passer dans la tête de nos huit étourdis.

Car malgré les consignes gouvernementales, la réticence mentale peut se transformer en résistance inconsciente.

Conclusion « Errare humanum est, sed perseverare diabolicum »

Heureusement pour le gouvernement, l’erreur peut être facilement réparée, car le vote de la loi peut faire l’objectif de davantage de correctifs que l’atterrissage d’un avion de ligne. Et puis après tout, il n’y a pas mort d’homme et dans un mois cette péripétie sera oubliée.

Mais messieurs les parlementaires distraits, n’y revenez plus, sinon gare à votre réserve parlementaire si utile pour financer les œuvres de votre circonscription !

Frédéric Buffin 11 Octobre 2013

Partager cet article

Repost 0
Frédéric Buffin
commenter cet article

commentaires