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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 04:05

Retour sur le concept de Solidarité. L’usus et l’abusus jusqu’à l’overdose.

La Solidarité, une valeur en perte de vitesse.

Au début de l’année 2013 est paru, à l’initiative de l’UNIOPSS et de la MACIF, un sondage sur les Français et la Solidarité. On peut se demander légitimement ce qui a pousse une grande fédération d’œuvres sociales à but non lucratif et une compagnie d’assurance à consulter le CSA, organisme de sondage, tous les quatre ans sur un tel thème, mais en ces temps de confusion idéologique, il ne faut plus s’étonner de rien et au contraire se réjouir de la réflexion que suscitent les résultats de ce sondage :

Premier constat, la valeur la plus en baisse par rapport à la précédente enquête de 2009,est la solidarité. 20% (-8%) contre 46% pour la famille (stable), l’honnêteté, 33% (+9%), la sécurité 22% (+10%), la justice 32% (+13). La liberté progressant de 2% avec 29% et le travail régressant légèrement avec 25% (-1%).

Deuxième point, « la Solidarité est de plus en plus perçue comme relevant de l’initiative individuelle ou associative et moins de l’Etat Providence ».

Troisième point les partisans d’une Solidarisé organisée par l’Etat sont à peine plus nombreux (46%) que ceux qui sont partisans de l’initiative individuelle (42%).

Quatrième observation : 53% des sondés estiment que la Solidarité doit profiter à certaines personnes et 40% estiment qu’elle doit profiter à tous.

En lisant ce sondage, le lecteur peut s’interroger légitimement sur les raisons d’une telle chute de la valeur Solidarité et notamment de la Solidarité publique dans ce sondage, alors qu’elle dispense ses bienfaits à toute la population avec la somme faramineuse de 451 milliards d'euros en 2012.

Les Français (sondés) qui certes ont approuvé dans leur majorité la phrase de Michel Rocard selon laquelle « la France ne pouvait accueillir toute la misère du monde » auraient-ils donc désormais en ce début de XXIème siècle un cœur de pierre ?

L’auteur de ces lignes se permettra de donner son interprétation qui tient notamment à l’usage immodéré qu’ont fait les tenants de la puissance publique (de gauche comme de droite) du terme « solidarité » ces dernières années.

C’est la faute à Raymond Barre !

En 1976, le pays fut touché par une forte période de beau temps et de… sécheresse. Nos vertes campagnes du printemps prirent bientôt la couleur uniforme de chaumes desséchés. Et la télévision jour après jour multiplia les images d’éleveurs désespérés de ne pouvoir nourrir leurs vaches qu’en faisant appel à des marchands de paille et de foin, spéculation aidant, tous plus cupides les uns que les autres.

Dans une période où l’appareil d’Etat moins endetté qu’aujourd’hui, disposait d’une capacité d’impulsion encore très forte sur la marche de l’économie et des finances, le premier ministre d’alors, signifia, de la façon péremptoire du professeur sûr de lui et dominateur qu’il avait été, que le soutien de l’agriculture face à une telle épreuve climatique, était un devoir de Solidarité Nationale.

Le pays avec ses contribuables, eut donc droit à un impôt exceptionnel qualifié d’impôt sécheresse qui devint vite très impopulaire, car chacun de ceux qui avait à le payer se mit à montrer du doigt telle ou telle catégorie d’agriculteurs (viticulteurs, céréaliculteurs, maraîchers,) qui n’avait nullement besoin de la contribution obligatoire des urbains.

« Les cochons de payants » que nous étions, comprirent aussi que, lorsque de la bouche d'un homme politique sortait la notion de « Solidarité Nationale », ceci signifiait que le citoyen devait mettre la main à la poche pour sortir son porte-monnaie, qu’il soit volontaire ou non pour le confier à l’Etat-Providence..

Autrement dit, affublée de nationale, la Solidarité signifiait qu’elle était obligatoire.

Au moins, à cette époque, les choses étaient encore claires à défaut d’être agréables : quand la Solidarité (toute nue) se trouvait dans un texte, ’elle se limitait au devoir moral, mais libre de venir en aide à son prochain que chacun de nous pouvait choisir comme il l’entendait selon le principe cartiériste : « la Corrèze avant le Zambèze » ou plutôt « je préfère ma famille et mes amis au le voisin d’en face. »

(Il est aussi fort heureusement des ambitions solidaires plus nobles chez beaucoup de nos concitoyens qui décident librement de venir en aide aux populations les plus fragiles de notre pays accueil de l'étranger, immigrés en situation irrégulière, Roms le mot est lâché, etc.)

Mais pour toujours l'opinion publique comprit dans cette affaire d’aide au monde agricole que la Solidarité affublée de son épithète nationale signifiait impôt, taxe ou cotisation sociale, sans autre choix que de les payer.

Il faut se méfier des spécialistes de sémantique.

Les représentants de la puissance publique qui succédèrent à celui qu'on surnommait "gros nounours', avec sa tendresse si rogue vis à vis des Français ignorants des lois de l'économie et de finances, furent plus astucieux : sans doute conseillés par d'habiles linguistes spécialisés dans le double langage et la désinformation, ils décidèrent à Gauche comme à Droite d'utiliser la solidarité à toutes les sauces.

Non seulement, celle-ci serait désormais utilisée sans son épithète « nationale » susceptible de faire repérer l’agent du fisc ou le contrôleur Urssaf en embuscade, mais on l'affubla d'une connotation morale: comment en effet refuser une contribution obligatoire, si celle-ci est mise au point au nom de cette valeur morale indépassable que constitue la Solidarité, c'est à dire le devoir personnel de chacun de venir en aide à son prochain ?

Faisant fi de cette différence fondamentale entre la solidarité librement consentie et de la Solidarité nationale à laquelle l'Etat impose aux citoyens de participer, il parut plus astucieux d’unifier le concept avec l'idée que l'impôt et les prestations sociales ne devenaient pas seulement juridiquement obligatoires, mais qu'elles étaient librement consenties parce qu’assises sur un fondement éthique. Désormais, la solidarité contiendrait les deux volets : la solidarité libre et consentie et la solidarité publique obligatoire.

Certes cette dernière, même parée de la solidarité individuelle comme devoir moral d’assister son prochain, n’aura jamais la force transcendante du message évangélique (« si tu n’as pas la charité, tu n’entreras jamais dans le royaume des cieux »), mais un bon commandement à payer ou une saisie sur salaire, ont toujours constitué des arguments que la puissance publique a su opposer avec efficacité aux récalcitrants de la Solidarité.

Grâce à cette géniale confusion, le citoyen est désormais contraint d'être solidaire par les prélèvements obligatoires qu'il subit non pas seulement parce que c'est légal, mais parce que c'est moral.

Le temps n'est plus où l'Etat reprenait à son compte des initiatives individuelles ou collectives, comme les sociétés de secours minières, les mutuelles d'assurance maladie ou les allocations familiales des caisses de compensation, après les avoir vues vivre et prospérer pendant des années. Désormais l'Etat impose sa vision de la Solidarité au citoyen qu'il le veuille ou non. Les représentants de l'Etat providence, grâce à l'onction du suffrage universel, s'en donnent ainsi à cœur joie, année après année.:

Il ne manque pas de contributions solidaires.

Sur le front des recettes, les pouvoirs publics ont multiplié les appellations d'impôt ou de taxes destinées à faire avaler la pilule aux contribuables en abusant du terme solidarité.

- Le plus célèbre d'entre eux est l'impôt de solidarité sur la fortune, cette contribution jugée imbécile par les spécialistes parce qu'elle contribue à l'exil fiscal, mais qui n'a jamais été supprimée pour éviter de mécontenter le bon peuple soucieux de ne pas faire de cadeaux "aux riches."

- La contribution de solidarité des Sociétés, assise sur le chiffre d'affaires des entreprises de plus de 760 000 euros qui permet de financer le régime des travailleurs indépendants est moins connue, mais elle rapporte gros.

- la taxe de solidarité additionnelle sur les contrats de protection maladie complémentaire renommée en 2011 a pour finalité de financer la Couverture Maladie Universelle. Elle a remplacé la contribution créée en 1999 lors de la création du dispositif.

- on se gardera d'oublier la récente Casa créée en 2013, la contribution additionnelle de solidarité pour l'autonomie créée pour éviter de dire qu'on augmentait la CSG. Son taux est aujourd'hui de 0,3%, mais nul doute qu'avec les besoins accrus des personnes âgées dépendantes, elle est promise à un grand avenir.

Mais il en existe encore comme la taxe de solidarité sur les services qui existe en Nouvelle Calédonie, la taxe de solidarité sur les billets d'avion et surtout la fameuse journée de Solidarité instaurée en 2004 pour financer l'autonomie des personnes âgées qui ressemble comme une sœur à la journée imposée autrefois aux travailleurs de feu l’union soviétique pour aider à la promotion du socialisme.

Il fallait bien alimenter la caisse nationale de solidarité pour l'autonomie et le Fonds de solidarité vieillesse qui s’est substitué en 1993 au Fonds national de Solidarité, avec une mission élargie à l’aide aux personnes âgées : contribuer au financement des avantages non contributifs des régimes de retraite.

Bref, il est un temps et nous y sommes, où du fait du niveau et de la multiplication des taxes de de toute nature, trop de solidarité (publique) peut mettre à mal non seulement les systèmes sociaux définis par la puissance publique, mais aussi limiter l’extension de la solidarité librement consentie. Et le sondage cité ci-dessus témoigne du risque que chaque citoyen aspire à cultiver son jardin sans trop se soucier d’autrui à force de prélèvements obligatoires aussi élevés qu’illisibles bien qu’ils soient effectués au nom de « la Solidarité. »

Comment remonter la pente et remettre la Solidarité à l’honneur ?

A mettre la solidarité à la sauce fiscale et sociale à haute dose, nos gouvernants ont fait beaucoup pour les en dégoûter sur son volet obligatoire, d'autant plus désagréable qu'il se cache derrière "sainte solidarité" libre et personnelle. On leur souhaite bien du plaisir pour inverser la tendance délétère vis à vis du principe de Solidarité. Aussi trois pistes pourraient être mises à l'étude avec profit.

- Arrêter d'affubler toute taxe du Saint nom nom de Solidarité, ce qui finit par exaspérer le contribuable et le cotisant, convaincu désormais d’une arnaque d’Etat.
- Simplifier le système de prélèvement fiscal et social en arrêtant d'en créer de nouvelle, ce entre parenthèse qui constitue un chantier herculéen pour nos gouvernants.
- favoriser la Solidarité libre en augmentant le pourcentage de déductibilité des dons aux œuvres et leur plafond.

Mais cette dernière mesure signifierait que l'Etat fasse confiance à la société civile et ceci est une autre histoire.

Frédéric Buffin 9 Octobre 2013

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Fabrice Balester 10/10/2013 18:43

Bonjour, je suis l’actualité sociale avec un intérêt certain et notamment le blog de Frédéric Buffin. Je voudrais d’ailleurs profiter de son billet publié le 10 octobre pour persuader certains que je ne me tiens pas à l’écart des grands thèmes sociaux et économiques qui nous entourent, bien que mon actualité se situe avant tout aujourd’hui dans un domaine plutôt « élitiste » : la Formule 1.
Autant le dire tout de suite, il ne s’agit ni d’une réponse ni d’une analyse de qui a été écrit par cet ancien Directeur de caisse de sécurité sociale. Son texte m’a simplement inspiré ce qui suit. Sans doute parce que j’arpente, souvent tout seul, les rues des quartiers de Marseille (et d’autres grandes villes) et que j’y vois une indéniable et triste réalité sociale.
Alors, avant de reprendre la plume pour entraîner mes lecteurs du côté des Grand Prix, de retrouver et de partager les délires émerveillés des barons de la F1, à la lecture du texte de Frédéric Buffin j'ai envie de vous annoncer quelques heureuses prophéties. Je dis bien prophéties…
Affirmer que la paix vaincra ; Que chacun sur cette planète aura de quoi manger et pourra continuer à faire les gestes simples de la vie ; que les pauvres, les Maliens, les Arabes, les sentimentaux, les lycéens, les sidéens, les camionneurs, les artistes... Bref, que tous oublieront leurs caries, leurs fermentations intimes, qu’ils mettront du fluor entre les dents pour un sourire ultra bright. Mais, en haut, c’est fou ce qu’ils nous tiennent… Alors, à ma brasserie préférée, même trafic que d’habitude. Petit bruit de l’œuf dur. La bouffe a un goût d’huile. Il y a de la condensation sur les vitres. Par des rues identiques, les travailleurs s’égaillent. Les chômeurs restent entre eux. Ils sont bien trop nombreux…

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