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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 17:17
Anaphore un peu aigre en dix points sur la Sécu.


Le Président de la République et sa plume Aquilino Morelle aiment l'anaphore, cette formule rhétorique qui vise à répéter une expression identique à chaque début de phrase. C'est ce coup de Jarnac verbal qu'il a utilisé avec succès pour déstabiliser son concurrent en répétant à plusieurs reprises « moi Président », lors du débat qui les opposait lors de la dernière campagne présidentielle du mois de mai 2012.

Dans sa conférence de presse du 14 janvier 2014, il n'en a pas exprimé moins de huit jusqu'à l'excès (au risque de lasser) cette formule répétitive: « C’est pour la jeunesse « , « Ce que je veux qu’elle soit », « Quand on a 25 ans », « Plus fort », « C’est bien pour l’économie », »La France », « La finance », « Qu’est-ce que c’est qu’une politique progressiste ? ». On notera d’ailleurs sans ironie, que malgré un inévitable couplet sur l’Europe, dont le Président a rappelé l’importance pour l’économie du pays, celle-ci n’a fait l’objet d’aucune anaphore.

Inspiré par cette formule rhétorique au ton si présidentiel, Frédo la Sécu a eu l'idée de l'utiliser pour évoquer quelques interrogations qui traînent dans sa tête à l'issue de cette conférence de presse qualifiée de « virage important » par la presse autorisée.

« Moi, simple observateur, j'aimerais comprendre comment il sera possible de décharger les entreprises de 30 milliards d'euros de cotisations d'allocations familiales sans majorer la TVA ni la CSG, ni l'Impôt sur le Revenu? Certes des économies sont toujours possibles; on peut aussi mettre fin au CICE, mais trouver 10 milliards d'euros sans toucher au pacte de Solidarité sera difficile.

Moi, simple observateur, je ne sais toujours pas comment il sera possible de réduire sans croissance, le déficit de la Sécurité Sociale estimé à plus de 12 milliards pour 2014 par des économies à l’hôpital ainsi que dans les pharmacies et la seule amélioration de la lutte contre la fraude, alors qu'elle n'a rapporté que 600 millions d'euros en 2013. À moins de mettre des contrôleurs et des surveillants partout (qu’il faudra rémunérer), ce sera difficile.

Moi, simple observateur, j'admire l'ambition des pouvoirs publics de souhaiter faire des économies à l'hôpital, alors que dès qu'une structure ou un service doit fermer comme celui des urgences de l'Hôtel Dieu, les corporatismes s'acharnent à s'y opposer avec efficacité. Sauf à retirer aux maires leur fonction de Président de Conseil d'Administration de l'hôpital, ce sera difficile.

Moi, simple observateur, je m'agace de constater qu'il est annoncé une surveillance accrue sur les prescriptions médicales et les arrêts de travail, tout en prévoyant 500 millions d'économie de gestion administrative à la Sécu. Or, faire comprendre que surveiller et punir les professionnels, les Institution de Santé et les assurés, ça coûte cher en frais de personnel, mais que ça peut rapporter gros, c'est très difficile.

Moi, simple observateur, je constate qu'il n'est tenu aucun compte depuis des lustres des recommandations de la Cour des Comptes sur la possibilité de faire gérer le régime de base de Sécu pour les étudiants par les Caisses Primaires, ce qui aurait pour effet d'éviter que bon nombre d'entre eux ne reçoivent leur carte Vitale au second trimestre de l’année scolaire. Mais cette réforme au coût marginal pour les Caisses aurait pour effet de déplaire aux syndicats étudiants. Sa mise en œuvre sera donc difficile.


Moi, simple observateur, j’observe avec intérêt le constat élyséen sur le fait que les impôts sont devenus trop lourds, mais mon revenu imposable de retraité père de cinq enfants va être majoré de plus de 10% en 2014 grâce à la fiscalisation des avantages familiaux de retraite. Croire que les contributions des particuliers peuvent baisser face au poids croissant des dépenses de Solidarité, alors que s'exprime la volonté de baisser les charges des entreprises, c'est très difficile.

Moi, simple observateur, je voudrais saisir comment il est possible d'évoquer la nécessaire simplification des procédures pour éviter de paralyser le développement des entreprises, et en même temps mettre en œuvre l'usine à gaz du compte pénibilité pour la retraite ce qui va nécessiter un contrôle accru sur celles-ci. Voir un jour, l’édition annuelle du Code Dalloz consacré à la Sécu diminuer de volume, reste un rêve difficile voire impossible.

Moi, simple observateur, je me peine d’entendre la ministre des affaires sociales bafouiller à la radio sur les dettes hospitalières laissées par l'Etat algérien et ses ressortissants (qu'elle a refusé de chiffrer), alors qu'il vaudrait mieux une bonne fois pour toutes, considérer que ce sont des dépenses de coopération. Alors que des centaines de millions d’euros sont en jeu, mettre au grand jour la question des dettes des États étrangers vis à vis des hôpitaux, ce sera difficile.

Moi, simple observateur, j'entends avec scepticisme les promoteurs de la réforme des retraites clamer qu'ils ont sauvé le principe de la répartition par la loi en cours d'examen devant le Conseil Constitutionnel, alors que le taux de croissance sur lesquels le nouveau dispositif est basé risque fort de ne pas être atteint. Et sans mauvais esprit, prendre des décisions structurelles qui impliquent davantage les régimes du secteur public, ce sera difficile.

Moi, simple observateur, j'entends nos gouvernants mettre le principe de Solidarité à toutes les sauces pour justifier de nouvelles dépenses telles que la généralisation du tiers payant sans distinction de revenu, sachant qu'en matière sociale, les besoins sont par nature illimités. Mais mettre en place un comité stratégique de la Solidarité (un comité de plus, dira-t-on,) qui permette de dégager un consensus sur ce qui doit être financé par les contributions et les cotisations sociales, est ce si difficile? »
Bien sûr, la critique est facile est l'art est difficile. Et la moindre des décisions publiques rallie jusque dans la rue des cohortes d'opposants y compris dans le domaine de la protection sociale, au nom de l'atteinte au principe sacro-saint de Solidarité.

Mais après tout, si nous avons choisi des gouvernants, c'est pour qu'ils gouvernent et non pour qu'ils se complaisent dans d'habiles figures de rhétorique qui plaisent aux journalistes, mais qui n'ont pas encore de contenu concret. Soyons optimistes. Attendons la suite!

P.S. La bonne figure de rhétorique pour la Sécu, ce n’est pas l’anaphore, c’est plutôt la métaphore : la Sécu est une vache à lait qui s’épuise à force que chacun s’acharne à la traire absolument !



Frédéric Buffin le 16 janvier 2014.
Blog fredericbuffin.fr
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Anaphore un peu aigre en dix points sur la Sécu.

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