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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 17:27
Et si on évoquait la Sécu en alexandrins ?
L'anaphore, point trop n'en faut.

Si j’étais la plume du Président de la République, je renoncerais à lui faire décliner de pompeuses anaphores qui finissent par lasser les auditoires les mieux disposés. Après celles de la conférence de presse du 14 Janvier, nous avons entendu celles du discours de Tulle sur « la France unie », (tout en relançant quelques heures après par le biais de la ministre des droits de la femme, le débat clivant sur l’état de détresse en cas d’IVG.)

Nous attendons la prochaine facilité rhétorique. Elle, fatalement s’exposera à la critique satirique vis-à-vis du chef de l’Etat qui a tendance à saturer l’espace médiatique depuis le début de l’année entre son tournant social-démocrate et ses affaires privées dévoilées sur la place publique par la presse de caniveau (dont en secret nous raffolons tous, mais il ne faut ni le dire, ni l’écrire).

Comme la France est un pays de grande culture (pour combien de temps encore du fait des performances médiocres de notre appareil éducatif,) on ne saurait trop conseiller à nos décideurs qui souhaitent innover et attirer l’attention du public sans le fatiguer, de s’exprimer en vers.

Pourquoi en effet en ces temps où le pays doit se redresser, à grand renfort « de choc de simplification », de « pacte de compétitivité des entreprises » et plus récemment de « pacte de responsabilité », ne pas évoquer cet espoir de redressement du pays, mû plus par l’esprit de confiance que par l’exercice du doute, en utilisant l’arme de la poésie plus que celle de la prose ?

Et parmi ces vers, l’utilisation de l’alexandrin constitué de douze pieds sonnants et trébuchants, est particulièrement recommandée. C ’est le vers roi de l’art poétique : celui de Victor Hugo qui se vantait en clamant : « J’ai mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire », celui d’Edmond Rostand faisant dire à son héros Cyrano à propos de son nez : « c’est un cap, un pic, un roc, une péninsule », celui encore tiré de la plume de Verlaine qu’utilisèrent les résistants pour annoncer le débarquement en Normandie en 1944: « les sanglots longs des violons de l‘automne, (bercent mon cœur d’une langueur monotone.) » Comme quoi la poésie, ça peut servir aussi à faire la guerre (économique) et à la mobilisation des entreprises et des citoyens.

C’est pourquoi Frédo la Sécu tient à la disposition de l’Elysée la tirade qui suit, sortie de son imagination un peu délirante, s’il venait au président de la République l’idée de s’exprimer lors de sa prochaine conférence de presse en vers sur la Sécurité Sociale (autrement qu’en termes d’excès ou d’abus comme il l’a fait lors de ses vœux pour l’année 2014) :

Vive l'alexandrin!
Quand la Sécu s’inquiète de son avenir.

Français, Françaises, et vous tous les assurés,

Je sais que vous souhaitez être rassurés.

Lors de mes vœux, J’ai évoqué tous ses excès,

Dont les fraudeurs abusent avec grand succès.

Je l’ai fait, pour sauver la Solidarité

Dont certains usent avec grande avidité.

Du berceau jusqu’au cercueil, elle nous concerne.

A tous, la Sécu ses heureux bienfaits, décerne.

Familles, patients, anciens, privés de ressource,

Peuvent en puiser l’eau magique de sa source.

Nous goûtons tous les jours ses merveilleux bienfaits

Même si ses services ne sont pas parfaits.

De la mère Solidarité non détachable,

La Sécu n’est donc pas toujours irréprochable.

Or, ce beau chef d’œuvre social est menacé,

Car il fonctionne tel un gros panier percé.

Il est tellement généreux et si prodigue,

Que ses trop lourdes charges débordent sa digue.

Ses produits sont supérieurs à ceux de l’Etat,

Mais, nous devons tous bien faire ce terrible constat :

La Sécu a beau être une grande vedette,

Tous les ans, elle voit grossir sa très forte dette.

Gouvernement et Parlement s’en préoccupent,

Mais avec le temps, tous ses déficits dérapent.

Beaucoup cherchent son prompt retour à l’équilibre,

Mais le surcroît de dépenses reste très libre.

Si nous continuons de charger la pauvre mule

Et que la lourde charge sur elle s’accumule,

Ce sont tous nos enfants qui paieront le tribut

Et qui risquent bientôt d’être mis au rebut.

Ainsi, il va falloir que nous soyons très forts

Pour qu’enfin nous fassions de justes efforts

Afin de sauver la Fée Solidarité

Sans tomber dans le gouffre de l’austérité.

Comment donc trouver la meilleure panacée

Qui pourrait-être pour la Sécu avancée ?

Aucun de mes chers devanciers ne l’a trouvée,

Bien que la Mère rigueur ait été activée.

L’Entreprise est aujourd’hui presqu’en danger,

On ne peut l’imposer plus, sans la purger.

Il va donc falloir faire beaucoup économies

Cinquante milliards en trois années et demie.

Pour les élus locaux, l’épreuve sera très dure.

Pour la Sécu, il faut réussir la soudure.

Les Caisses devront se serrer fort la ceinture,

Les budgets des hôpitaux seront en rupture.

Aux assurés de consommer force générique.

L’absence au travail devra-t-être moins pléthorique.

Nous devrons dire à tous les « pros » de la Santé

Que parfois trop de soins est une absurdité.

Les actifs en retraite partiront plus tard,

Fini le statut des retraités superstars !

La politique de l’offre que je redéploie,

Vise pour les jeunes à faciliter l’emploi.

Et si la croissance n’est pas en augmentation

Les familles seront mises à contribution.

J’entends déjà des voix discordantes

Emanant c’est sûr, des classes possédantes,

Qui se disent écrasées par les impôts

Même si je trouve que c’est souvent du pipeau!

Français, Françaises, je vous ai bien compris,

Ensemble, il faut sauver la Sécu à tout prix.

C’est un cap, un beau but, une trajectoire,

Qui doit nous projeter tous jusqu’à la victoire ! »

Conclusion

Frédo la Sécu admet que la tyrannie de la rime et de la prosodie (pas toujours garantie), peut entraîner des raccourcis aux résultats vagues et hasardeux. On peut souhaiter que le prochain texte qui prévoit l’engagement de la responsabilité du gouvernement devant le Parlement sur le Pacte de Responsabilité sera plus clair à défaut d’être poétique.

Mais attention, si le programme annoncé le 14 janvier, n’est pas suivi d’effets sur le social et l’emploi par des mesures appropriées, nos responsables à force d’immobilité, pourraient si d’aventure la Sécu était mise en cause, être hantés par le remord de Caïn après le meurtre d’Abel , en relisant « l’alexandrin de la Légende des siècles », le plus célèbre de Victor Hugo: « l’œil était dans la tombe et regardait Caïn. » Après tout, il y a toujours un peu de transcendance dans l’exercice du pouvoir.

P.S. « Le conseil stratégique de la dépense publique » qui se réunit aujourd’hui 23 Janvier 2014, s’écrit en douze pieds. C’est l’annonce peut-être, d’un temps idyllique ?

fredericbuffin.fr. Le 23 janvier 2013

Et si on évoquait la Sécu en alexandrins ?

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