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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 14:05
De la difficulté de toucher à une vache sacrée, même si elle ne dispose plus de lait à force de trop la traire.

Commentaire décalé sur le baromètre annuel d'opinion de la DREES sur la Santé, la protection sociale et les inégalités. Résultats 2013

Les plus hautes autorités de l'Etat l'on dit et donc nous devons nous y soumettre: "il faut faire cinquante milliards d'économie dans les dépenses publiques et dans ces dernières figurent celles de la Sécurité Sociale au même titre que celles de l'Etat et des collectivités territoriales.

Vaste programme auquel s'attelle le Président de la République flanqué du Conseil stratégique de la dépense publique en vue de préparer les arbitrages qui seront présentés dans deux mois en même temps que le détail du pacte de responsabilité pour relancer l’Entreprise en France source de richesses et d’emplois..

Pour présenter une purge sociale aussi digeste possible pour le corps social, nos gouvernants seraient bien avisés de lire et de relire le récent baromètre annuel d'opinion de la DREES sur la Santé, la protection sociale et les inégalités. Ce travail réalisé à la demande de la Drees par l'Institut BVA depuis 2004 et qui existe depuis 2000, permet de mesurer les évolutions de l'opinion dans les domaines susvisés. Or, il en dit long sur les limites des changements que sont prêts à supporter les assurés sociaux en matière de système de protection sociale.

Les 4000 personnes interrogées représentatives de la population française, ne sont vraiment pas disposées à encaisser un grand soir systémique susceptible de bouleverser l'économie actuelle de la Sécu. On peut même dire que les agents des caisses peuvent être rassurés à quelques exceptions près sur la pérennité de leurs emplois tous régimes confondus.

Les sept points forts du sondage au regard de la Sécu

- Ce qui transparaît dans tout le rapport, et qui peut être rassurant pour la capacité à agir des gouvernants, c’est d’abord la légitimité de l’Etat (avec la Sécu et Pôle emploi comme bras armé à intervenir dans le domaine social, même si l’écart entre les personnes estimant qu’il n’intervient pas assez et celles qui pensent qu’il intervient trop s’est resserré avec le temps de façon significative. De prime abord, ceci peut être considéré comme rassurant pour les ministres sociaux.

- deuxième point même si la tendance est à la baisse, les Français demeurent très portés vers un système universel de protection sociale qui profite à tous. Concrètement ceci implique qu’ils continuent à être attachés au caractère public de l’assurance maladie et qu’ils continuent pour les deux tiers à adhérer au mode de financement de la protection sociale tant par l’Etat que les entreprises. Les tenants d’un système d’assurance privée qui peut séduire quelques indépendants irrités par les ratés du RSI, en seront pour leurs frais.

Le seul tempérament à cette affirmation, c’est le partage croissant de l’opinion entre ceux qui voient dans la protection sociale un amortisseur de crise et ceux qui y voient un facteur de frein à la reprise économique. Cette tendance s’accompagne d’une réticence croissante à cotiser d’avantage tout en refusant des baisses de prestations. (Ce qui détermine bien des limites à l’action publique pour rééquilibrer un système social en déficit.)

- Les Français en troisième lieu demeurent très attachés à leur système de Santé. Ils considèrent aux deux tiers, que l’accès aux soins est le même pour tous, même s’il n’y a qu’une forte minorité pour penser que la qualité des soins est identique quelque soit le revenu et son lieu d’habitation.

Personne ne s’étonnera tout de même, que les taux d’insatisfaction les plus élevés quant à l’accès au soin concernent les urgences hospitalières et les maisons de retraite ni non plus que les patients sont plus optimistes sur l’évolution de la qualité des soins en cabinet médical qu’à l’hôpital.

Dans une proportion de huit sur dix, les Français demeurent très attachés à la Sécurité Sociale tout en estimant que les dépenses de Santé sont trop élevées parce que le système serait mal géré. Aux deux tiers la notion de Solidarité continue d’être plébiscitée, même si la tendance au maintien du statu quo a tendance à baisser.

- Quatrième point, les mesures de réduction des dépenses de Santé et de réforme de l’assurance maladie donnent lieu à des résultats partagés : Comme par hasard, les personnes interrogées ne semblent pas prêtes à considérer qu’elles ont une responsabilité dans l’envolée des dépenses de santé par leur comportement atrabilaire, même si pour la moitié d’entre eux, le principe des participations forfaitaires à la vertu « responsabilisante ,» est accepté.

A une écrasante majorité, elles estiment que les mesures de réduction des dépenses doivent principalement concerner les professionnels de Santé. Les médecins pour lesquels la modération tarifaire est plébiscitée, sont appelés à diminuerr leurs prescriptions et à favoriser les examens les médicaments moins onéreux. Une petite moitié se prononce pour la limitation de la liberté d’installation et pour la diminution de remboursement de certaines prestations.

La réduction de la prise en charge des longues maladies et l’augmentation des cotisations fait l’objet d’un refus à 80%. Quant on sait que 10% des patients font 50% des dépenses d’assurance maladie, il est facile de saisir qu’emprunter cette voie par n’importe quel gouvernant s’avère… très difficile.

- Cinquième point, la responsabilité de l’Etat dans le domaine du traitement du handicap est affirmée par près de 60% des sondés. Toutefois cette même responsabilité vis-à-vis du traitement des conséquences de la dépendance des personnes âgées, a perdu du terrain par rapport à à 2008 au profit des enfants et des familles. (42% au lieu de 52.) Cette évolution va de pair avec le rejet grandissant de l’hypothèse d’un séjour en maison de retraite et l’accroissement du nombre des sondés prêts à épargner pour une assurance dépendance ou la création d’une cotisation spécifique. (48%)

- sixième point, l’Etat doit conserver une responsabilité majeure dans le traitement de la précarité notamment dans le domaine des prestations sociales et du logement. A ce sujet, le montant du RSA est jugé insuffisant et ses modalités d’application sont critiquées.

- le septième point des retraites qui devrait susciter l’attention des pouvoirs publics est révélateur d’un pessimisme d’ensemble qui laisse à penser que les futures générations à la retraite seront moins bien traitées que celles d’aujourd’hui. La retraite est de plus en plus considérée comme une étape dans la marche vers la pauvreté, ce qui va de pair avec une acceptation croissante du recul de l’âge de la retraite pour bénéficier d’une retraite à taux plein, même s’il n’y a qu’une faible minorité pour estimer que celui-ci doit dépasser l’âge de 65 ans.

Le système actuel de la retraite par répartition reste privilégié par plus de la moitié des sondé (57%), même si ce taux a baissé de plus de 11points en 12 ans. Bref l’épargne retraite individuelle pour financer sa retraite ne remporte pas un grand succès.

Conclusion en forme de défi :

A la lecture de cette enquête, le grand soir de la Sécu n’est pas pour demain. Le sondage révèle quatre grandes tendances dans un climat emprunt de pessimisme :

- le principe de Solidarité obligatoire avec l’Etat comme premier acteur demeure privilégié comme moyen de traiter les fléaux sociaux, plus que celui de responsabilité individuelle et d’assurance.

-La structuration actuelle de la Sécu comme bras armé de l’Etat, même si «sa mauvaise gestion» est évoquée, n’est pas remise en cause.

- A aucun moment, le questionnaire ne semble révéler que « les excès et les abus de la Sécurité Sociale dénoncés par le Président de la République lors de ses vœux pour l’année 2014 soient de nature à remettre en cause l’édifice élaboré depuis 1945. On peut d'ailleurs s'étonner à ce sujet que le sondage ne comporte aucune question sur la fraude, susceptible de subvertir la philosophie sociale de la Sécu.

- Même si les résultats sur dix ans montrent une longue tendance vers l’individualisation des comportements, et le souci d’une minorité croissante de sondés souhaitant réserver les prestations sociales à celles qui en ont le plus besoin, l’attachement à des solutions collectives demeure un phénomène d’opinion très important.

Moralité, malgré des déficits sociaux jamais inférieurs ces dernières années à 13 milliards d’euros et à une dette sociale d’environ 180 milliards d’euros en 2014, la marge des pouvoirs publics pour modifier cette situation financière sans heurter l’opinion publique, sans conflit ni manifestation de protestation, est très limitée. L'ombre portée des manifestations de janvier 1995 pour protester contre le Plan Juppé plane toujours sur nos gouvernants.

Frédo la Sécu tient à rappeler que la loi de financement de la Sécurité Sociale pour 2014 prévoit déjà 6 Milliards d’économie grâce à:

- à un objectif national des dépenses d’assurance maladie réduit à 2,4% qui contraindra au premier chef les dépenses de l’hôpital,

- un décalage de six mois dans l’indexation des retraites des régimes de base et une sous indexation des régimes de retraite complémentaire.

-une révision à la baisse des conditions d’obtention des prestations familiales,

- un objectif d’économie de gestion des caisses de 500 millions d’euros.

Ces économies en ont fait déjà hurler plus d’un à la fin de l’année 2013. Il est probable que de nouvelles mesures de rationalisation en feront encore crier beaucoup soit qu’ils affirmeront la fin du plan français de 1945 sapé dans ses fondements, soit qu’ils annonceront la mise en cause de la qualité des soins et de l’encadrement social de la population.

On aura donc une certaine indulgence devant le fait que devant ces travaux de Sysiphe ou d’Hercule, les pouvoirs publics aient annoncé que le détail du Pacte de Responsabilité et son train de mesures d’économie sur la Protection Sociale, ne serait annoncé que dans deux mois( pour cause de préparation mais surtout d’élections).

C’est le charme de la Démocratie que de voir nos gouvernants avancer lentement pour convaincre une opinion publique composée de tant d’électeurs, qui ont la tête au moins aussi dure que l’ampleur de la dette publique.

Frédo la Sécu qui bien que retraité, n’est pas encore un vieillard gâteux, sénile et podagre. Il suivra avec intérêt les mesures concernant cette noble Institution (qui du berceau à la tombe concerne l’ensemble de nos concitoyens) bien au-delà des 4000 sondés mobilisés pour ce baromètre d’opinion sur la vision de notre système social, que paraît-il, malgré ses dettes, le monde entier nous envie.

Frédéric Buffin Blog frédéricbuffin.fr le 11 Février 2014

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