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19 février 2014 3 19 /02 /février /2014 15:54
Pour une vision concrète des comptes fantastiques de la Sécu.

Théorie des grands nombres et des grands comptes.

Certains historiens prétendent que la construction du château de Versailles a coûté la bagatelle de 400 tonnes d’or, ce qui fait au cours actuel, la somme rondelette de 12,38 milliards d’euros. (On espère qu’à ce prix là, le mobilier, les jardins, les bassins de Le Nôtre et le grand Trianon étaient compris dans la facture.)

Pourtant l’énormité de ces sommes dépensées par le Roi Soleil qui fut vilipendé par les écrivains des Lumières tout en reportant leur hargne sur le dos du malheureux Louis XVI, fait pâle figure par rapport à celles qui sont consacrées chaque année par la Sécu pour dispenser la population de ses bienfaits.

La loi de financement de la Sécurité Sociale pour 2014, est éloquente à ce sujet. A la fin de l’année 2014, les dépenses devraient approcher les 480 milliards d’euros en intégrant les charges de tous les régimes, soit plus que le budget de l’Etat. Et le déficit devrait « se limiter » à 12,8 Milliards d’euros (soi t autant que le coût du château précité) en baisse de 3 milliards par rapport à 2013, (ce qui représente tout de même l’équivalent de la dépense initiale qui a été consacrée pour construire le porte avion Charles de Gaulle ! Nul n’aura l’insolence de demander le coût supplémentaire généré par le remplacement de son hélice défectueuse.)

Et pour couronner le tout, il y a lieu de rajouter un peu moins de 90 milliards d’euros pour la charge des retraites complémentaires et le reliquat de dette de la Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale prévue à hauteur d’un peu de moins de 130 Milliards d’euros, ce qui correspond à 82% du PIB de l’Irlande en 2013.

Pourtant ces sommes pharaoniques pour assumer les charges de santé, de retraite et d’aides aux familles ne semblent pas traumatiser l’opinion publique. La presse a beau clamer que les jeunes générations devront assumer dans l’avenir à leurs dépens, les charges et les déficits actuels, personne n’est disposé à ce qu’un gouvernement taille les dépenses dans le vif ni n’augmente les recettes.

Les grands nombres parce que trop abstraits ont ainsi pour caractéristique curieuse de n'impressionner que les mathématiciens et lorsqu'ils sont exprimés en termes monétaires, ils ne passionnent que les financiers et les comptables.

Tel citoyen qui redoute d'être interpellé par son banquier pour le découvert excédant 1500 euros qu'il génère sur son compte en fin de mois, ne souffre d'aucune insomnie quand les médias lui apprennent que le budget de l'Etat est présenté avec un déficit jamais inférieur à 70 milliards d'euros et que la dette publique court allègrement vers les 2000 milliards d'euros soit une année de Produit Intérieur Brut. Pourquoi s’inquiéter d’un déficit s’il est toujours comblé en fin de mois ?

Le même, malgré l'énormité de ces chiffres, ne s'étonne même pas que cette dette ne conduise pas immédiatement le pays à déposer un dossier de surendettement auprès de la Banque de France, (ou plutôt devant le FMI) ce qui lui arrive inévitablement à titre personnel s’il n’assume pas son loyer ou ses charges de remboursement d’emprunt.

En outre, cette indifférence de l'opinion vis à vis des dettes et des déficits publics a été renforcée par trois phénomènes.

- Depuis 1974, date du dernier budget de l’Etat en équilibre, (40 ans déjà) aucune catastrophe majeure ne s'est jusque-là produite. Mieux, quoiqu’on en dise et malgré l’augmentation du nombre de chômeurs, le pays a continué à créer des emplois et de la richesse, mêmesi c’est à un rythme insuffisant pour diminuer le chômage et pour enrayer la montée de la pauvreté dénoncée par les associations charitatives. Nous ne sommes pas en Grèce! Pourquoi donc sonner le tocsin en jouant les Cassandre alarmistes?

- Depuis 2001, le Franc à cédé la place à l'Euro, de sorte que notre perception des déficits a été profondément modifiée. Avec une valeur de 6,5567 pour un franc, un déficit de 15 milliards d'euros s’avère moins inquiétant qu'un déficit de 100 milliards de francs! Et qui se soucie d'un déficit libellé en euro, monnaie sans histoire lointaine (et même apatride pour certains) que le corps social ne parvient pas à s'approprier notamment depuis le référendum de 2004 sur la Constitution européenne.

- Depuis que les médias et nos gouvernants tentent en vain de mobiliser l'opinion publique dans la lutte contre la dette, la machine sociale a continué à fonctionner à plein pour dispenser ses bienfaits. Les caisses d'assurance maladie continuent à rembourser les assurés, les professionnels de Santé et les établissements de soin, dans des délais de rapidité record (à l’exception des mutuelles étudiantes, les mauvais élèves de la classe.)

Aucun retraité ne fait la queue au guichet pour recevoir sa pension mensuelle auprès de sa caisse de référence. Chaque mois ou chaque trimestre les prestations familiales et sociales sont versées à bonne date par les Caisses d'allocations familiales si les papiers ont été fournis en temps et heure.

Et Pôle Emploi n'interrompt jamais les allocations parce que les caisses seraient vides pour cause de non inversion de la courbe du chômage. Bref, depuis 40 ans, le trou de la Sécu et celui du Social en général sont toujours comblés par la fée Solidarité étroitement contrôlée par ce Léviathan social, mais somme toute débonnaire qu'est l'Etat, puisqu’il se débrouille pour que toutes les traites sociales soient honorées, malgré les déficits.

Pourtant, les presque 13 milliards d'euros de déficit de la sécu pour 2013 et les 130 milliards de dette portées par la CADES ne constituent pas une abstraction relevant du domaine des mathématiques financières. Ils sont bien réels et il faudra bien les rembourser un jour sous peine de défaut de paiement et d'interruption partielle ou totale du service des prestations.

Certes, il faut se réjouir du fait qu’à la mi-février 2014, le dernier emprunt de 5 milliards d’euros effectué par la CADES l’a été au tarif improbable de 1,125% pour un prêt à cinq ans. A ce faible niveau, il facilite très largement les remboursements d’échéance d’une dette si si considérable.

Mais tout de même, le moindre incident sur les marchés obligataires en cas de resserrement de la politique monétaire des banques centrales et notamment de la FED américaine pourrait mettre fin à ce fragile meccano financier du fait de l’ampleur des dettes publiques qui représenteront bientôt une année de produit intérieur brut. Qu’adviendrait-il par exemple si les taux d’intérêt montaient au niveau de ceux des emprunteurs particuliers qui sont rarement inférieurs à 3,5%, soit le triple du taux consenti à la CADES ?



Essai de Pédagogie sur les grands comptes de la Sécu.

Comment donc faire pour que nos gouvernants parviennent à sensibiliser l’opinion et puissent agir sans essuyer de la part de la population des sérieuses rebuffades jusque dans la rue telles que les manifestations de 1995, 2003 et 2010, lorsqu'il était envisagé de réformer les retraites, c'est-à-dire d’en faire baisser le rendement?

Comment faire assez de pédagogie pour faire admettre que l'énormité des déficits et des dettes qui va se compter bientôt en trillons si rien n'est fait au risque de trouver des emprunteurs moins complaisants qu'aujourd'hui?

Comment faire pour que derrière l'abstraction des grands nombres, le bon peuple saisisse que la Sécu alourdie par ses charges solidaires risque de couler en pleine mer?

Fredo la Sécu propose pour répondre à ces trois questions à l’intention des têtes bien pleines qui nous gouvernent, un discours très concret qui donne du sens aux grands nombres sociaux qui n'ont rien de sain ou de saint, fussent- ils parés du sceau de la Solidarité Nationale :

« Mes chers concitoyens et concitoyennes,

Je sais qu’au-delà du milliard d’euros vous avez du mal à réaliser ce que représente l’ampleur des déficits sociaux, puisque vous vous précipitez en masse chez les buralistes ou dans les cafés dés que le gain potentiel mis en jeu atteint 50 millions d’euros. Aussi, est-il compréhensible que vous peiniez à saisir que l’ensemble des dépenses sociales devrait atteindre 475 milliards d’euros à fin 2014, ce qui donne le vertige, avec un montant supérieur au dépenses prévues au budget de l’Etat soit368,9 Milliards d’euros, ce qui est déjà beaucoup.

Pour mémoire les dépenses de la Sécu(annuelles) représentent plus de six fois la valeur du stock d’or de la Banque de France soit 2435 tonnes (en 2012) au cours actuel de 30900 euros le kilo.

Alors je vais tenter sans violence, mais avec fermeté, de vous ôter la peau de saucisson que vous avez sur les yeux et qui vous empêche d’apprécier à sa juste et terrible valeur la situation financière de la Sécu, avec quelques exemples très concrets :

Parlons d’abord assurance maladie :

-En 2014, malgré un gros effort de rationalisation des dépenses de soins avec une réduction de l’objectif national (ONDAM) à 2,4%, celles-ci vont augmenter de 4,7 milliards d’euros pour atteindre près de 170 milliards d’euros.

Cette seule augmentation représente deux fois le Budget du Ministère de la culture, 10% de celui du ministère de l’Education (hors enseignement et recherche), l’achat de seize Airbus A 380, ou de 57 avions Rafale (que nous avons tant de mal à vendre.)

-Comme chaque année à mon grand regret, le déficit de l’assurance maladie, même s’il sera réduit de plus de un milliard par rapport à 2013, est prévu à hauteur de 6,1 milliards d’euros. Pour l’assumer, c’est comme il nous fallait emprunter pour payer 19 viaducs de Millau à 320 millions pièce ou 200 rames de TGV à 30 millions l’unité que le Président de la SNCF rêve (un peu trop à mon grès) de voir circuler dans tout le pays. Qu’il fasse circuler les trains régionaux, ce ne sera déjà pas si mal.

-Tout le monde est d’accord pour disposer d’un hôpital avec le meilleur plateau technique à deux pas de chez soi. Mais savez vous que les établissements de Santé vont représenter en 2014 75,5 milliards de dépenses soit plus que le ministère de l’Education et de l’enseignement supérieur et de la recherche réunis, alors qu’ils sont la priorité n°1 du Gouvernement (environ 72 milliards).

Qu’on ne vienne pas m’accuser de ne je ne sais quelle logique comptable qui par mes propos signifierait qu’on ne p (v)eut plus soigner les grands malades. Mais tout de même, personne ne peut se satisfaire que d’après la dernière estimation de la Fédération hospitalière de France, le déficit des hôpitaux public , soit estimé à 400 millions d’euros en 2013 soit l’équivalent de la somme consacrée par le Qatar pour faire l’acquisition du centre de conférence international avenue Kleber à Paris ou… l’achat de six fois le club du Paris Saint Germain ! Heureusement qu’on manque de grands stades en région parisienne !

Réjouissons-nous, l’espérance de vie n’a jamais été aussi élevée en France et nous sommes dans le peloton de tête des pays où la population vit longtemps en bonne Santé. Mais si celle-ci n’a pas de prix, celle-ci a un coût qu’il nous faut mieux maîtriser dans l’avenir au risque de voir s’effondrer notre système d’assurances solidaires.

Abordons maintenant les grands nombres de la retraite.

Même s’il y a encore des progrès à faire pour améliorer le niveau des petites pensions, il faut être conscient des masses financières que constituent les retraites. Elles sont tout simplement impressionnantes : malgré cinq réformes en 1993, 2003, 2008 2010 et 2013 la réalité des grands nombres ne trompe pas : pour un peu moins de 13,2 millions de retraités, les régimes de retraite de base représenteront en 2014, la coquète somme de 221 milliards d’euros et si j’ajoute les 86 millards des régimes de retraite complémentaire, cela fait plus de 307 milliards d’euros. Cette somme représente 90 pour cent du Produit intérieur brut de la Belgique en 2013 et 97% de celui de la Suède.

Pour l’anecdote, avec le déficit prévu en 2014 en voie de réduction rapide du fait des efforts consentis et notamment le blocage provisoire des pensions, ( 1,7 milliards d’euros,) il serait possible si le pays disposait de cette somme d’augmenter le budget de la Culture de 40% ou d’acquérir une quinzaine de tableaux les plus célèbres et les plus chers du monde tels que le cri d’Edward Munch, le bal du moulin de la Galette de Pierre Auguste Renoir, le portrait d’Adèle Bloch-Bauer de Gustave Klimt ou le portrait du docteur Gachet tous chefs d’œuvres dont le prix tourne autour de 100 millions d’euros.

Mais rassurez vous je ne vous ferai pas l’injure de vous annoncer que pour combler les déficits retraite, nous serions prêts à nous dessaisir de ces monuments artistiques du passé que représentent la Joconde, le sacre de Napoléon, la République guidant le peuple, la Victoire de Samothrace ou la Vénus de Milo. Nous n’en sommes pas encore à vendre les bijoux de famille et le « Régent » le plus beau bijou du Louvre, ne se négocie pas encore sur la place des diamantaires d’Anvers !

Qu’advient-il donc des dépenses de Prestations Familiales soumises à la pression des retraités et des malades ?

Je sais que les esprits chagrins diront que les dépenses pour aider les familles ne représentent plus que 15% environ des dépenses sociales alors qu’elles en constituaient 40% dans les années qui ont suivi la Libération. Je sais aussi que la base de calcul des allocations familiales et le barême des allocations logement ont subi toute une série de désindexations partielles au cours du temps contrairement au mode d’évolution des retraites, mais tout de même : 40 milliards d’euros d’aides directes, par ans ce n’est pas rien. Près de 10 milliards d’euros pour financer les retraites des parents au foyer et les majorations pou enfant non plus.

A titre de comparaison, avec 40 milliards d’euros, pourraient être construits 2500 kilomètres de lignes TGV, ce qui ferait plus que doubler le nombre de lignes. Avec 10 milliards d’euros, il serait possible de construire 1600 kilomètres d’autoroutes supplémentaires !

Mais ce qui soucie enfin les pouvoirs publics, ce n’est pas tant le niveau des dépenses sociales que leur progression toujours supérieure à l’évolution du PIB

En 2014, alors que des efforts importants de rationalisation des dépenses et d’augmentation des recettes ont été imposés à tous, Les dépenses de la Sécu augmenteront de 11,2 milliards et les recettes de 15,4 milliards d’euros. Et le déficit même en baisse devrait tourner autour de 13,3 milliards. Qu’adviendrait-il si les dépenses de l’Etat progressaient à un tel rythme ?

Pour mémoire, 15,4millards représente la moitié des recettes pour financer la défense nationale si essentielle à la Sécurité extérieure du pays. . 11,2 milliards de dépenses supplémentaires c’est à peine moins que les 12 milliards que le pays consacre à sa sécurité intérieure.

Conclusion : les grands nombres ont beau être abstraits parce que trop grands comme la valeur de Pi qui se déroule à l’infini dans la rotonde du Palais de la Découverte à Paris, ils n’en constituent pas moins une réalité très concrète et pesante pour les entreprises et les particuliers.

La terre a beau être à 149 597 870 km du Soleil, (et donc à 149,597870 milliards de mètres) la présence de celui-ci n’en est que très réelle et vitale pou notre planète malgré son éloignement . Gardons nous donc de penser que les presque cinq cent milliards de dépenses sociales, les 10 milliards de déficit en 2014 et les 130 milliards de dettes restant à amortir de la CADES, ne sont que des abstractions désincarnées. Le pays devra les prendre en compte pour demeurer en tête dans le concert des Nations. Sinon, il traînera ces grands nombres comme un boulet.

Et pour finir sur une note aux accents optimistes quoique papistes chers concitoyens, chères concitoyennes : pour sauver la Sécu malade de ses déficits : n’ayez pas peur, entrez dans l’espérance, le gouvernement s’attèle à cette noble cause, malgré la loi des grands nombres, faite d’indifférence et d’impuissance.

P.S. J’offre une Lamborghini Veneno à 4,1 millions d’euros (la voiture la plus onéreuse du monde) à celui qui me donnera la bonne idée de réformer ce pays sans qu’il ne se soulève. Pour faire 12,8 milliards d’économies et mettre la Sécu en équilibre dans le calme et la sérénité,, ce n’est pas cher. Cette voiture n’est pas française me direz-vous. Il faut bien soutenir l’économie de nos voisins italiens. »

Le 19 Février 2014

frédéricbuffin.fr

Pour une vision concrète des comptes fantastiques de la Sécu.
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