Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 15:42
Comment transformer en cataclysme politique abyssal  une lourde défaite électorale par sept mesures affectant la Sécurité Sociale.

Introduction : le charme discret de la défaite en politique.

Veste, rouste, gamelle, piquette, tannée, déroute, débâcle, raclée, tremblement de terre, tsunami, Azincourt, Berezina, Trafalgar, Waterloo, les mots ne manquent pas dans la presse pour qualifier la défaite des partisans du Président de la République aux élections municipales des 23 et 30 mars 2014. Et certains oiseaux de mauvais augure prédisent déjà le pire pour les élections européennes de la fin mai 2014.

Ceci avant même que les autorités gouvernementales n'aient annoncé le détail des 50 milliards d'économies promis pour imposer au pays les injonctions comminatoires des sourcilleux commissionnaires bruxellois.

Pourtant si on se souvient des dégâts collatéraux du plan Juppé de 1995 ou de la réforme des retraites de 2010, il doit être possible de faire encore mieux dans le bide électoral, en prenant des mesures pour réduire le déficit annuel de la sécurité sociale qui malgré une révision à la baisse aura tout de même atteint 12,2 milliards d'euros en 2013. Car n'en doutons pas, dès que les mesures gouvernementales d'économie versus Sécu seront annoncées dans les prochaines semaines, il ne manquera pas de pamphlétaires pour dénoncer les atteintes aux grands principes solidaires des Ordonnances fondatrices du 4 Octobre 1945.

Ils seront nombreux les détracteurs des gouvernants qui « organisent la casse sociale et la destruction des acquis de la Libération, pour se soumettre aux dictats des technocrates bruxellois et des financiers apatrides », à appeler les citoyens spoliés de leurs droits sociaux à battre le pavé afin de montrer l'opposition de la sacro-sainte Rue à toute rationalisation comptable de la Sécu.

Pour promouvoir la défaite politique à un niveau inégalé, voire artistique, lors des prochaines échéances électorales, Frédo la sécu ne saurait trop conseiller au chef de l'Etat et au nouveau gouvernement de prendre sept mesures qui a coup sûr susciteront la désapprobation du plus grand nombre dans les isoloirs:

1) Commençons par la Gouvernance. (Rien de tel qu’un changement dans ce domaine pour susciter l’émotion populaire.)

Supprimer la personnalité morale des caisses locales du régime général serait du dernier chic et ferait très plaisir aux administrateurs des organisations syndicales et accessoirement patronales qui peuplent les Conseils d'Administration de ces organismes parapublics qui depuis des années sont peu à peu privés de toute autonomie par l'administration d'Etat et les Caisses nationales de Sécurité Sociale.

Les raisons ne manquent pas pour prendre une telle décision:

- ce serait un bon moyen de parachever le mouvement de centralisation étatique commencé par les ordonnances de 1967 avec la création des caisses nationales et les ordonnances Juppé de 1996 qui a renforcé les droits du Parlement au détriment des partenaires sociaux.

- cette mesure pourrait participer du choc de simplification annoncé l'an dernier à grand renfort de trompettes médiatiques. Avec des caisses devenues de simples antennes déconcentrées des caisses nationales, la détermination des budgets locaux, le mode de désignation des directeurs, la gestion des ressources humaines, seraient notablement simplifiés. Au moins, le pouvoir de direction et de contrôle des organismes centraux sur les caisses locales, ne souffrirait plus d'ambigüité et la gestion du réseau serait durablement clarifiée.

- dernier point, la mesure serait économiquement rentable: plus besoin de conseils d'administration locaux qui "gèrent les affaires de l'organisme" avec des administrateurs à indemniser pour leur perte de salaire quand ils se rendent à la caisse. Plus besoin de grande salle pour réunir une assemblée locale pléthorique qui ne désigne même plus son directeur et qui se voit corsetée par la COG nationale et la CPG locale. Plus de perte de temps en palabres d’un autre âge pour la fermeture d’une antenne d’accueil que plus personne ne fréquente.

Quant aux Commissions de recours amiable au niveau local, il sera toujours possible de procéder à une désignation de membres par les unions départementales syndicales et patronales pour traiter des recours des assurés et des entreprises.

Certes, le principe de la gestion de la Sécurité Sociale au niveau local par les représentants des assurés sociaux et des entreprises sera encore écorné, mais après tout, les partenaires sociaux ne sont-ils pas très attachés à la négociation de branche ou aux grands accords nationaux?

Bref, une telle mesure nécessairement scélérate, serait un moyen infaillible de faire descendre les permanents des syndicats dans la rue, très attachés qu’ils sont à cette parcelle de pouvoir de plus en plus congrue que représente la fonction d'administrateur de caisse locale. Quoi de mieux pour perdre le pouvoir que d'organiser l'unanimité du mouvement syndical contre soi?

2) une deuxième mesure phare recommandée récemment par la Cour des comptes permettrait en second lieu de perdre à coup sûr l'appui de la jeunesse étudiante:

Tout le monde le sait, le régime étudiant qui gère le régime de base et le régime complémentaire en assurance maladie, ne rend pas un bon service et n'a guère de sens sur un plan social. Quelle difficulté y aurait-il à faire payer aux étudiants une cotisation spécifique quand ils ne sont pas couverts par leurs parents couverts par leurs parents et qu’il ils n’exercent pas une activité salariée pour se payer leurs études ? Au moins l’acquisition de la carte Vitale pour cette population volatile, s’effectuerait sans problème, contrairement à la situation d’aujourd’hui.

Il serait donc tout à fait pertinent d'en confier pour le régime de base, la gestion aux régimes de base comme le pratique la caisse de prévoyance et de retraite de la SNCF pour les enfants de cheminots qui suivent une formation dans l'enseignement supérieur, charge aux organismes complémentaires maladie de proposer des services et des remboursements adaptés au mode de vie de cette population.

Hélas, la mesure aurait pour inconvénient de mettre à mal le principe de la nécessaire prise d'indépendance de la jeunesse vis à vis de leurs parents, mais surtout, elle mettrait fin au financement d'indemnités des militants étudiants qui gèrent (mal) les conseils de gestion de leurs caisses étudiantes.

Pour paralyser le fonctionnement de l'Université pendant des semaines au nom du « sac des libertés étudiantes, » et bloquer le boulevard Saint Michel par des manifestations monstres comme au bon vieux temps de Mai 1968, une telle réforme du régime étudiant serait idéale. Rien de tel qu’une bonne révolte étudiante pour réveiller la jeunesse et se payer un bain de jouvence démocratique par le biais de nouveaux leaders politiques dont la France de demain a besoin !

3) un troisième train de mesure susceptible de susciter l'ire de nos concitoyens consisterait à "faire joujou avec la CSG," avec comme cible principale les cadres et les retraités.

Deux pistes fécondes pourraient faire l'unanimité des catégories sociales concernées contre elles:

- la première viserait à renforcer la progressivité de la CSG, mesure qui aurait l'immense avantage de ponctionner fiscalement un peu plus les cadres et notamment les cadres retraités déjà concernés par plusieurs mesures en 2013 telles que la suppression de la déductibilité de la majoration pour enfant de 10% des pensions.

- La seconde aurait pour ambition d'harmoniser la CSG des retraités sur celle des actifs. (6,6% au lieu de 7,5%). Nul doute qu'avec la quasi désindexation des pensions en 2014, les retraités seront ravis de soigner leur arthrose en descendant dans la rue pour crier leur mécontentement.

S'aliéner ainsi les suffrages d'une population de retraités qui votent en proportion beaucoup plus que les jeunes, serait du dernier chic pour des gouvernants pressés de confier les clés du pouvoir à leurs adversaires patentés.

4) une quatrième mesure à laquelle avait renoncé le gouvernement Jospin en son temps devant la levée de boucliers qu'elle suscitait, aurait pour finalité d'imposer des conditions de ressources pour le versement des allocations familiales.

Renoncer au principe suranné de la compensation horizontale des charges familiales au nom d'une politique familiale redistributive au profit des familles modestes permettrait de consacrer une évolution déjà amorcée notamment par la baisse récente du plafond de ressource de la prestation d'accueil du jeune enfant.

Elle aurait pour avantage pour ses promoteurs de davantage cibler les aides aux familles qui en ont le plus besoin, mais surtout de faire baisser immanquablement le taux de fécondité par le signal qu'une telle mesure représenterait pour les familles aisées. Mais après tout à quoi bon faire des enfants, pour que vingt ans après, ceux-ci ne trouvent pas de travail et soient contraints de s'exiler?

Contre une telle mesure, se dresseront toutes tendances confondues, tous les représentants des mouvements familiaux très attachés à un principe fondateur de la politique familiale sur une base d'aide universelle à toutes les familles.

Faire manifester des parents avec des berceaux ou des poussettes sur le pavé, des rues de Paris et des grandes villes de Province, « voilà une idée qu'elle est bonne » pour reprendre une expression de Colluche.

5) Une cinquième série de mesures aurait pour effet de perdre pour longtemps cette précieuse base électorale que constitue le peuple des fonctionnaires. Deux dispositions choc permettraient de parvenir à ce résultat de façon quasi infaillible:

- la première viserait à calculer le niveau des pensions de retraite du secteur public non pas sur le traitement indiciaire des six derniers mois, mais sur le traitement réel des trois dernières années d'activité.

La mise en œuvre d'un mini salaire annuel moyen (25 ans dans le privé) aurait l'avantage non pas de faire beaucoup d'économies mais de limiter de façon drastique les coups de pouce de fin de carrière très inégalitaires selon les corps et les personnes.

Cette moralisation du système des pensions du secteur public qui permet aujourd'hui à un général trois étoiles d'en prendre une quatrième dans les six derniers mois, ce qui lui permet de bénéficier d'une pension majorée pendant toute sa carrière de retraité, aurait pour avantage de procéder à un rapprochement de plus du systéme des pensions du secteur public par rapport à celui du privé, sans obérer les finances publiques par la prise en compte des primes dans le calcul de la retraite..

- Pour achever de mobiliser les fonctionnaires et les inciter à manifester leur mécontentement dans la rue, il devrait être possible d’imposer à tous les salariés du secteur public ou privé un jour de carence d'ordre public en cas d'absentéisme maladie.

Tout le monde sait en effet que l'absentéisme courte durée est une plaie dans les administrations et les entreprises et qu'il convient de lutter contre. De plus, contrairement au discours de la ministre de point depuis quatre ans, , celle-ci a eu des effets significatifs dans les premiers mois où elle a été appliquée.

A coup sûr une telle disposition suscitera l’indignation d'un monde salarié public et privé qui se plaint de la dureté de ses conditions de travail, et qui sera peu sensible au fait qu’ elle permettrait de faire quelques économies supplémentaires et de remettre en vigueur le principe de la valeur travail.

6) Bien entendu, le tableau des mesures d'économie à la sécu ne serait pas complet, si aucune mesure concernant la progression irrésistible des dépenses de Santé n'était prise.

On ne saurait trop conseiller aux princes qui nous gouvernent de s'orienter dans trois directions politiquement incorrectes:

- mécontenter les professionnels de santé libéraux en accélérant la mise en œuvre de la proposition 14 du candidat président de la république, sur la généralisation du tiers payant pour les actes médicaux dans le secteur de la médecine ambulatoire. Les médecins en grand nombre y voient déjà une atteinte au principe majeur de la médecine libérale que constitue le paiement direct des honoraires par le patient. Ils s’opposeront farouchement à la mise en œuvre rapide du dispositif. (A noter que les médecins libéraux presque partout ailleurs en Europe ne font pas payer leurs prestations et n’y voient aucune atteinte à leur statut de pivot central du système de soins.)

- s'attaquer aux classe moyennes supérieures, en imposant une franchise pour les remboursements de soins de ville à partir d'un certain niveau de revenus comme vient de le préconiser le conseil d'analyse économique. Outre le fait que cette proposition est parfaitement contradictoire avec l'engagement 14 sus-cité, les cadres seront ravis d’être soumis à une franchise à partir du moment où leur rémunération dépasse les 3200 euros soit le plafond de la sécu, alors qu'ils assument la CSG sur l'intégralité de leur rémunération.

- mettre en émois le monde hospitalier en limitant l'Objectif National des Dépenses d'Assurance Maladie à deux fois la progression de l’inflation soit environ, 1,5% au lieu des 3% actuels. Après tout, chacun sait que le nombre des lits par habitant est très largement supérieur à ce qui se pratique partout ailleurs en Europe. Ce freinage brutal de la dépense contraindra, les hôpitaux s'ils veulent survivre, à développer l'hospitalisation de jour à la fois plus économique et plus sûre sur le plan sanitaire. Faire des économies au nom de la prévention des maladies nosocomiales n'est-ce pas une bonne idée?

7) Une dernière série de dispositions d'économies pourrait porter sur la désindexation des diverses prestations sociales jusqu'à un retour à meilleure fortune sur le plan économique.

Grâce à ce système qui commence à être pratiqué dans le domaine des pensions avec un recul de l’augmentation des pensions de base au mois d’octobre avec un espoir d’économies de 800 millions d’euros, les pouvoirs publics seraient assurés de susciter le mécontentement des bénéficiaires de RSA, d’ASPA, d’AAH et des titulaires du minimum vieillesse augmenté au mois d’Avril.

Avec un peu de chance, l’ensemble de ces populations concernées par les minimas sociaux malheureusement touchés par un immense sentiment de résignation ne défilera pas dans les rues. Mais que se passerait-il dans l’isoloir si de telles mesures par nécessité financière étaient prises ?

Conclusion: gouverner en gérant la Sécu sans déficit, c’est très difficile.

Pour faire bonne mesure et s'assurer de l'échec garanti sur un plan électoral, on ne saurait trop conseiller à nos gouvernants de prendre ces décisions " de rationalisation de la Sécu au nom de la justice", dans un temps rapproché. Certains conseillers diront même qu’il vaut mieux une bonne purge qu’un traitement étalé sur plusieurs échéances temporelles.

Après tout, la stupeur qu'elles entraîneront pourrait entraîner autant de résignation que de révolte. Elles conduiront peut-être le citoyen lambda à se rendre dans les urnes pour approuver ou désapprouver une telle politique sociale au nom supérieur de la nation et de la Sécu, ce qui serait une façon démocratique pour le pays d’exprimer ses choix.

La conclusion de ce papier est limpide : Qu'il est dur de gouverner en période de vaches maigres alors que les greniers à grain sont vides. Impossible aujourd’hui sans croissance, de prendre des mesures sociales au profit des catégories les plus modestes sans en retirer aux plus aisées.

« Mais pourquoi ai- je souhaité devenir Pharaon dira-t-on dans les hautes sphères du pouvoir, si ce n'est pour mécontenter la fraction du peuple qui a bien voulu m'élire? Comme Gavroche, j'ai envie de chanter au bord du caniveau, c’est la faute à Bruxelles… » Comme quoi, le pouvoir, c'est souvent l'impuissance.

Frédéric Buffin le 7 avril 2014.

Blog fredericbuffin.fr

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Cabot 14/04/2014 08:21

Excuses pour les fôtes ! Je me suis relu qu'après envoi . Jp

Cabot 14/04/2014 08:20

Cher Frédéric ,
Ton investissement est a ton honneur .Cependant ton blog perdra avec le temps son écho .D'autres avant toi,un certain directeur de cpam de Nantes entre autres ,ont comme toi cru pouvoir faire passer un message . Le splendide isolement atteint rapidement ses limites . Tu partage les valeurs de la cftc . Nous avons le Snadeos qui a un écho certain dans l'institution .Tu pourrai travailler avec nous .Egalement cftc cadres (ex Ugica) qui aurai bien besoin de renouveau . Je te propose de travailler avec nous ,au sein d'un équipe sympathique qui peux en 2017 gagner de manier pérenne la représentativité cftc de la confédération a notre modeste niveau . Amitiés

Frédéric Buffin 14/04/2014 13:52

Je ne suis pas contre, mais le syndicalisme retraités trouve aussi ses limites. Si j'écris ces papiers, c'est aussi parce que l'écriture est un exutoire. Si l'organisation à besoin d'une plume, je peux apporter mon concours (même en tant que nègre.)