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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 06:12
De la difficulté de réformer quand on accède au pouvoir.

Aucun homme politique ne saurait se présenter devant ses électeurs en proclamant ses penchants conservateurs. "Le maintien c'est maintenant" ne saurait faire office de slogan électoral.

Oser dire qu'il ne faut rien changer à l'ordre établi, qu'il soit précaire ou bien en place, est une folie suicidaire pour celui qui souhaite disposer des suffrages de ses concitoyens pour accéder aux manettes du Pouvoir avec un grand P.

C'est pourquoi les discours électoraux sont toujours nourris d'accents lyriques sur la réforme et le changement considérés comme un bien en soi. De la promesse giscardienne ( vous serez surpris par l'ampleur du changement) à l'engagement du candidat Hollande ( le changement c'est maintenant) la réforme est toujours montée au pinacle. C'est l'utopie pour l'électeur sans les contraintes du réel forcément réactionnaire et conservateur.

Une fois les candidats élus, il en va évidemment autrement. Le corps social se met à ruer dans les brancards devant toute initiative gouvernementale qui vise à changer la donne, fût-ce pour le bien proclamé des électeurs des ex -candidats devenus gouvernants.

Tel citoyen cultivant paisiblement son jardin, est prêt à descendre dans la rue pour crier sa colère dés qu'il pressent que la Réforme ne s'organise pas sur le terrain du voisin, mais sur le sien propre. "Vous pouvez labourer comme vous le voulez, mais pas chez moi." semble être le contrat social implicite qu'année après année, la société civile impose au monde politique.

Et voici nos réformateurs fort dépités du fait de l'incompréhension de leurs administrés qui rejettent une projet "toujours juste,même si le dispositif a été imparfaitement expliqué" et vis à vis duquel ses adversaires sont forcément de mauvaise foi.

On n'en finirait pas de citer des réformes tombées dans le caniveau par la grâce de la déambulation des manifestants ayant battu le pavé pour s'opposer à la réforme toujours inique proposée par des gouvernants acharnés à faire du mal aux citoyens: projet Savary d'unification des établissements scolaires en 1984. Projet Villepin sur le contrat premier embauche pour les jeunes. Etc.

À droite comme à gauche, c'est très dur de réformer. La généralisation du tiers payant pour les honoraires médicaux, la libéralisation du travail le dimanche et le projet de réforme du collège fournissent de bons exemples actuels de la réformophobie qui saisit le pays chaque fois qu'un gouvernement s'empare d'un sujet pour le traiter. A croire que " le roi fainéant" constitue le modèle rêvé de gouvernant pour une majorité d'entre nous.

Qu adviendrait-il si un imprudent au pouvoir s'avisait de procéder à une simplification du code du travail, à une réduction drastique des corps de la fonction publique ou bien encore à un simple aménagement de la loi de 1905 sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat?

De temps en temps pourtant, un texte malgré l'énergie des opposants de la rue finit par s'imposer, tel que la réforme de la Sécurité Sociale en 1995, la réforme des retraites en 2010 ou bien celle du mariage pour tous en 2013. Mais pour les hommes de pouvoir, ce sont des victoires à la Pyrrhus, car elles annoncent à presque coup sûr, des défaites électorales cuisantes.

Non seulement le citoyen ne veut rien comprendre à l'intérêt de la Réforme, mais en plus, il est rancunier jusque dans l'isoloir et au fond de l'urne où il dépose son bulletin de vote. Quelle ingratitude pour les promoteurs du changement. Autant rester couché ou aller au café, peuvent dire ceux qui nous gouvernent...surtout quand ils perdent le pouvoir, par le caprice d'électeurs si versatiles.

Mais pourquoi est ce si difficile de réformer "notre douce France" alors que la presse fait état des capacités de changement de bien d'autres pays que le nôtre? Nous le verrons dans un prochain papier.

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Frédéric Buffin
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