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24 mai 2015 7 24 /05 /mai /2015 14:14
Trois grandes raisons qui expliquent la difficulté de nos gouvernants à réformer.

1) Vive la Révolution.

La première raison de cette incapacité du pouvoir à mettre en musique les réformes qu'il a promises, c'est qu'en France l'idée de Réforme sera toujours moins sexy que celle de Révolution. 1789, 1848, la Commune de Paris en 1871 et même 1917 dans la sainte Russie bientôt soviétique, sont passées par là. Ces années de rupture ont fait germer dans notre inconscient collectif que "l'utopie"même au prix de bains de sang détestables, font davantage progresser l'Histoire et le développement de l'humanité ou du pays que la lente et résistible réforme qui ne fait rêver personne.

Pendant les événements de Mai 1968 qui ont formé la conscience mentale de beaucoup de nos dirigeants d'aujourd'hui, se faire qualifier de réformiste par de jeunes supporters de Lénine ou de Mao, était une façon d'être jeté dans les poubelles de l'Histoire aussi sûrement que de se faire traiter de réactionnaire ou de conservateur.

Bref, l'amélioration progressive mais lente et partielle de l'ordre social ne fait pas rêver et ceci d'autant plus que la réforme dans l'Armée ou à la SNCF peut être associée à une mise à l'écart du fait d'une inaptitude physique. La condition de réformé même assortie d'une pension, ne soulève l'enthousiasme de personne! Or sans enthousiasme ni soutien populaire, aucune Réforme n'est facile à mettre en œuvre.

2) c'est compliqué de réformer

Mais au delà de ces considérations sémantiques, il y a une autre raison qui rend la Réforme difficile: la Révolution fait table rase du passé et ne s'encombre pas des législations existantes qu'elle entend mettre à bas pour le bien de l'humanité, même au prix de la guerre et de la terreur. Grâce à la dictature qu'elle instaure, elle constitue le plus souvent un choc de simplification majeur qui permet d'avancer sans trop de peine sur les décombres Du passé forcément obscurantiste.

La Réforme doit payer le prix de ses prétentions humanistes, démocratiques et pacifistes. Elle respecte les institutions et les procédures qui vont avec. Elle tient compte de l'avis des corps intermédiaires. Elle tente de tenir compte autant que faire se peut, de l'état de l'Opinion publique. Elle ne saurait s'appliquer à elle même le proverbe: "les chiens aboient, la caravane passe. Elle s'insinue dans le labyrinthe de la loi,, du règlement et du droit. Elle doit passer sous les fourches caudines des parlementaires, ces dangereux amateurs qui représentent le peuple a l'Assemblée Nationale comme au Sénat et dont la distance critique est sans égale.

Elle tient compte parce qu'elle ne peut faire autrement, de l'avis de ces instances à droit de veto que constituent le Conseil d'Etat et du Conseil Constitutionnel. Bref la Réforme est une course d'obstacle qui a tous moments peut faire choir ses promoteurs. Et quand enfin elle est organisée en firme de textes, il faut qu'elle soit mise en application par des agents publics qui ont le plus grand mal à l'imposer face à une société civile rétive qui crie à l'abominable complexité qu'elle recèle. Lisez pendant vos nuits d'insomnie le code de la Sécurité Sociale, celui de l'aide sociale, celui de l'urbanisme et bien d'autres et vous comprendrez aisément que la Réforme ne saurait se présenter avec la simplicité rédactionnelle de l'ancienne et terrible sentence judiciaire suprême: "tout condamné à mort aura la tête tranchée." En fin de compte, à tout promoteur du choc de simplification, il faut aujourd'hui une énergie herculéenne ou une bonne dose d'inconscience pour lutter contre le mouvement naturel de nos société vers la complexité.

3) Réformer c'est lent et long.

La troisième raison qui empêche nos concitoyens de considérer la Réforme comme l'horizon indépassable du changement, c'est sa lenteur de mise application et l'incertitude des résultats qu'elle produit. Lorsque la nuit du 4 août 1989 l'abolition des privilèges dévolus à la noblesse et au clergé fut abolie, le résultat fut immédiat et durable. Il en fut de même pour la loi Lechapelier en 1791 qui en interdisant les corporations mît à bas un système de relations du travail plusieurs fois centenaires.

Quant à la très clivante constitution civile du clergé, elle fut appliquée sans faiblesse et rapidement.

On peut en dire autant des grandes réformes de la troisième république publique, telles que la généralisation de l'école publique, l'autorisation des syndicats en 1884, la liberté d'association en 1901 et évidemment la séparation de l'église et de l'état en 1905, même dans un environnement très conflictuel.

Quant à la cinquième République organisée pour créer un boulevard a l'exécutif en vue de faciliter "les réformes", si en elle a vécu d' importantes qui ont profondément modifié le pays depuis 1958, elle semble aujourd'hui à bout de souffle pour surmonter notamment le défi du chômage.

La loi sur la formation professionnelle n'a pas réorienté ses priorités vers les sans emploi. Le CICE fait pour aider les entreprises, tarde à produire ses effets en matière d'embauche et la loi ALUR ne semble pas être en mesure de relancer la construction de logements au point que le salon de l'immobilier vient d'être annulé, faute d'acheteurs. Toute réforme semble aller dans le pays à une vitesse d'escargot alors qu'il faudrait passer la surmultipliée pour mettre fin à la désindustrialisation du pays.

Bref, les résultats des Réformes se font attendre et l'opinion publique est comme soeur Anne, elle ne voit rien venir. Et nos gouvernants de droite comme de gauche cherchent la martingale pour qu'enfin le changement se déroule sous nos yeux.

Alors la Réforme est elle impossible? Sommes nous condamnes à l'impuissance? Faut il se dire qu'il n'y a de changement que dans le bouleversement chaotique de la Révolutions? Nous verrons ceci prochainement.

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Frédéric Buffin
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