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31 juillet 2015 5 31 /07 /juillet /2015 18:42
La boîte de Pandore: l'adhésion de la France à la charte européenne des langues régionales ou minoritaires.

À la veille des élections régionales, nos gouvernants ont l'art de se mobiliser pour des causes dont il n'échappera à personne qu'elles sont vitales pour l'avenir du pays, en l'occurrence les langues régionales ou minoritaires. Il est très probable que le Congrès regroupant sénateurs et députés, sera réuni plutôt que d'utiliser la voie référendaire toujours politiquement risquée.

Certes il y a des sujets prioritaires mais vis à vis desquels les pouvoirs publics témoignent de leur impuissance. Un Congrès pour en traiter ne serait pas de trop:
- Sur le front de l'emploi, plus de cinq millions de chômeurs dont le nombre va croissant depuis sept ans.
- Une augmentation non maîtrisée du nombre de migrants clandestins qui vont bientôt transformer la zone de Calais en citadelle assiégée.
- Une crise sans précédent des éleveurs de porcs et de bovidés qui ne peuvent résister aux nouvelles règles de la politique agricole commune plus basées sur le marché.
- Une dette publique prés de 2000 milliards d'euros qui au premier semestre a crû de 50 milliards, (mais ce n'est pas grave, on a sauvé la Grèce.).

Mais comme sur ces sujets, on n'y peut rien ou pas grand chose, nos gouvernants vont se mobiliser sur la question linguistique. D'ailleurs. C'était dans le programme du candidat président. Et puis adhérer à une charte européenne, il n'y a que ça de vrai quand on se veut européiste sans réussir à respecter les critères de convergence de Maastricht. Et quel mal y-a-t-il à permettre l'expression du breton, du basque du provençal ou du dialecte alsacien?

Oui mais derrière l'angélisme des promoteurs d'un tel projet qui souhaitent nuancer le fait que dans la Constitution le Français est la langue de la république signe de son unité et de son indivisibilité, se cache l'enfer qui comme chacun sait se trouve dans les détails:

Premier point dans le domaine éducatif, alors qu'il serait opportun d'augmenter le nombre d'heures de Français pour éviter que plusieurs dizaines de milliers de jeunes ne soient handicapés par l'absence de maîtrise de la langue nationale, combien d'heures devra-t-on distraire des matières fondamentales pour satisfaire les passions de quelques régionalistes de tout poil qui défendent le projet? Augmenter le nombre d'heures de français, vous n'y pensez pas. Ce serait oublier le projet européen de respect des langues régionales et minoritaires.

- En second lieu, signer la charte, signifie également que les services administratifs devront s'adapter à des questionnaires remplis en langue locale. Outre le coût en moyens humains et techniques pour satisfaire à une obligation aussi scabreuse, combien de contestations auront lieu, quand une mauvaise traduction aura entraîné une erreur de droit. Les agents de l'état-civil, de la sécu et de Pôle emploi apprécieront une lourdeur administrative de plus.

- Croit on en troisième lieu que la justice sera mieux rendue quand les mémoranda des avocats, les plaidoiries et les conclusions des juges devront faire l'objet de traduction en langues locales et minoritaires. Le budget du ministêre de la Justice déjà mal en point, n'y résistera pas. Et trouvera-t-on les interprètes qui seront nécessaires pour réaliser une telle opération?

- Mais le quatrième point qui n'est pas dit, semble le plus important parce qu'il touche à l'identité française, notion qualifiée de nauséabonde ( c'est à dire d'extrême, fasciste et raciste) par certains.

Croit-on un seul instant que les communautés maghrébines qui représentent près de 7% de la population résidant sur le territoire français ne demanderont pas, que dis-je n'exigeront pas, que l'enseignement et l'utilisation administrative et judiciaire de l'arabe soient mis en œuvre? Et dans la foulée, faudra-t-il satisfaire les demandes des Turcs ou des Africains subsahariens dans leurs langues locales? Ouvrir ce débat, c'est évidemment risquer de se lancer dans des querelles sans fin sur ce que signifie langues minoritaires. L'ouverture de la boite de Pandore est en cours avec les désordres qui iront avec.

Pour le développement du "vivre ensemble" il y a mieux à faire que de faciliter la multiplication de l'usage des langues exogènes dans notre pays. Mais il faut croire que la notion d'intégration par la connaissance solide du Français, n'est plus de saison. Les lecteurs séduits par la lecture de "l'identité de la France de Fernand Braudel" apprécieront d'être ainsi rejetés dans le camp de l'extrême droite parce qu'ils s'opposent au projet d'adhésion à la charte européenne sur les langues régionales et minoritaires au nom d'une certaine vision de leur pays comme creuset d'une civilisation.

Les instituteurs de la troisième république et les curés de nos campagnes qui ont combattu l'usage du patois en leur temps, l'avaient bien compris au nom d'une France qui n'avait pas peur de s'affirmer en tant que telle. Ils n'étaient pourtant pas de dangereux nationalistes obtus et fermés à toute ouverture extérieure. En outre dans les années d'après-guerre, c'est justement parce que les soutiens de Pétain et de Laval avaient promu la France des vieilles Provinces, que l'idée régionale et ses idiômes a été combattue par les gouvernants de la quatrième république de gauche comme de droite.

Dernier point et ce sera le cinquième, la charte prévoit l'expression de communautés basées sur l'expression linguistique pour faire valoir leurs exigences. Il m'avait semblé comprendre que le communautarisme dans la République était à proscrire au nom "du vivre ensemble". Mais sans doute n'ai- je rien compris à la tradition de l'état nation qui s'est affirmée sur notre territoire és la deuxième moitié du XVIème siècle par l' ordonnance de Villers-Cotteret en imposant "le François" dans les actes écrits de la vie quotidienne.

Un conseil pour finir, sur cette funeste idée de promotion des langues régionales et minoritaires: la francophonie, c'est une belle idée à développer y compris dans tous les territoires même les plus perdus de la République. Au lieu de perdre de l'argent dans la mise au point de dispositifs coûteux tels que celui-que je critique, commençons par mettre plus de crédits dans le développement du FLE (français langue étrangère dans les quartiers dont les populations ont bien besoin pour s'adapter à leur pays d'accueil qui s'appelle la France avec comme langue d'une exceptionnelle richesse: "le Français." Une saine intégration est à ce prix.
Mais ça, pour les promoteurs d'un pays forcément riche de sa diversité et des cultures qu'il recèle en critiquant la France dite "moisie," , c'est une autre histoire.

Frédéric Buffin,

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Frédéric Buffin
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