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29 juillet 2015 3 29 /07 /juillet /2015 18:56
Panem et Circenses encore et toujours, malgré les déficits et les dettes.

Enfin un élu responsable ( mais c'est aux E-U, pas en France). Le maire de Boston vient de jeter l'éponge en déclinant la candidature de sa ville pour l'organisation des jeux olympiques en 2024 par respect pour ses contribuables. Il craint en effet que la première manifestation sportive du monde soit une remarquable machine à perdre de l'argent et à créer du déficit, ce qu'il ne souhaite pas ni pour sa ville, ni pour ses habitants.

On aurait aimé que la Maire de Paris et ses soutiens gouvernementaux accomplissent un tel geste de gestion budgétaire aussi raisonnable, malgré le désir électoraliste de s'acoquiner les mouvements sportifs et leurs affidés. Car Paris vaut bien des jeux fussent-ils olympiques quoiqu'il en coûte, plus qu'une messe!

Certes c'est être pisse-vinaigre que d'être sceptique sur le rayonnement touristique accru qui en résulterait pour la France et sa capitale si elle était choisi pour les jeux et les retombées financières d'un tel évènements dans les circuits économiques.

C'est aussi vraiment jouer les rabat-joie que de se comporter en comptable sourcilleux des deniers publics que de refuser une fête de renommée mondiale qui permet à tous les sportifs de la planète de se transcender avec le drapeau des cinq anneaux pour emblème. Il n'y a qu'à voir les jeux d'Athènes en 2004 pour comprendre que le coup de fouet qu'ils ont procuré à la ville n'a fonctionné que comme un éphémère feu de paille.

Mais comme les empereurs romains qui avaient compris l'intérêt des jeux de cirques pour leur popularité et la paix sociale, nos élu ont bien saisi l'inestimable intérêt de cet opium du peuple que constitue le sport.

Même si Paris est plus une ville de culture et de musées qu'une cité dévolue à la gloire du sport, les élus au pouvoir estiment qu'il n'y a pas de projet plus mobilisateur pour le peuple que les Jeux olympiques.

Il paraît que nous sommes en guerre en Afrique, au Moyen-Orient et même chez nous, mais ça ne fait rien. "Vivent les jeux chez nous! "Quant au surplus financier dans un tel contexte de tensions, lié aux consignes drastiques de sécurité nécessaires pour qu'un attentat ne gâche pas la fête, il sera bien temps d'y réfléchir en temps utile.

Bien sûr dira-t-on, il faut que la France et Paris sachent tenir leur rang dans le concert des nations et des grandes agglomérations mondiales et l'organisation des jeux olympique, ça sert aussi à ça. Il serait préférable que ce rang soit tenu dans le domaine de l'emploi, de la sécurité et de la propreté qui laisse à désirer et particulièrement dans le métro. Mais ça, c'est une autre histoire.

Du côté des finances, peu importe que le projet architectural de la Philarmonie de Paris, se soit avéré deux fois plus cher que prévu, ce qui démontre notre incapacité à respecter le cadre budgétaire des chantiers d'investissement que les collectivités publiques mettent en œuvre.

8 milliards d'euros pour les jeux, (une estimation en forme de blague tant elle est ridicule et fantaisiste,) c'est tout ce que ça coûtera juré craché. On notera que c'est une misère à côté de l'argent qui manque pour rénover les équipements sportifs d'Ile de France qui ont besoin d'un sérieux coup de peinture, voire de rénovation totale. Mais qu'importe! Que pèse le sport pour tous comme projet collectif, face au rassemblement de l'élite sportive du monde entier?

Prions donc pour qu'une des villes concurrentes nous fasse le coup de Londres qui a su ne pas perdre d'argent en 2012. Ça permettra si Paris n'est pas retenu une fois de plus, n'en déplaise au mouvement olympique, d'affecter des crédits à des causes plus utiles. Elles ne manquent pas:

La joie d'un enfant sorti de son bidonville pour rejoindre un appartement décent est peut- être préférable à celle d'un spectateur heureux de la victoire de son champion ou de sa championne à domicile.

Mais il faut croire qu'il est plus électoral et plus facile de mobiliser d'énormes fonds pour un loisir universel de trois semaines que de décréter la lutte contre l'habitat insalubre comme grande cause nationale.

Juvénal en son temps dénonçait le goût des Empereurs romains pour les jeux de cirque. La voix de nos intellectuels aujourd'hui est bien faible pour dissuader nos élites de mobiliser des fonds pour des causes aussi futiles, plutôt que d'orienter ceux-ci pour des besoins fondamentaux qui concernent des millions de gens.

À quand par exemple, un plan Marshall pour les quartiers sensibles plutôt que des jeux olympiques sans autre ambition que quelques médailles, la satisfaction de quelques dirigeants sportifs et le bonheur d'élus pas trop respectueux des électeurs contribuables qui n'en peuvent plus de payer des impôts?

Frédéric Buffin 28 juillet 2015.

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Frédéric Buffin
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