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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 17:01
Et si comme le pape Benoît XVI, notre président de la république démissionnait par lassitude.

"Parfois le pouvoir ne se prend pas, il se ramasse."

Imaginez un Président de la République "anormal" qui se présenterait un jour devant les téléspectateurs ébahis pour leur tenir le discours qui suit.

Françaises, Français,

Après plusieurs années passées à l'Elysée parce que vos suffrages m'y ont placé en tant que premier locataire de notre bonne République, malgré la cantine exceptionnelle qui m'a permis d'y bien manger, je tiens avec franchise à vous exprimer mon impuissance à procéder à l'amélioration du pays et à la vôtre.

- Je vous avais promis de réformer l'Europe afin qu'elle soit moins l'esclave de la finance et l'apôtre de l'austérité. La récente crise grecque témoigne du fait que je n'y suis point parvenu. J'aurais bien voulu effacer une partie de la dette hellène, mais qu'aurait dit l'épargnant français, hollandais ou allemand?

Et quel mauvais message aurais-je donné aux emprunteurs à qui leurs banquiers répètent qu'un prêt doit être remboursé. Il faut dire aussi que fréquenter Bruxelles et Strasbourg et discuter avec tous ces eurocrates qui connaissent mieux le traité de Lisbonne que vous, au bout d'un moment, ça lasse.

Et puis loin de ma dernière petite amie, en présence de tous ces encostumés européistes, je m'ennuie. A l'Elysée, c'est très difficile d'avoir une relation sentimentale discrète. Mais je ne suis pas un moine, que diantre!

- J'avais espéré avec vous que les chiffres du chômage allaient s'inscrire à la baisse. Ils sont toujours en hausse et sous mon règne 500 000 nouveaux chercheurs d'emploi sont venus frapper à la porte de Pôle Emploi. J'ai augmenté le nombre d'emplois aidés. J'ai créé le CICE pour inciter les entreprises à embaucher. J'ai demandé et obtenu des partenaires sociaux qu'ils réforment la formation professionnelle, mais il faut bien constater que ça n'a pas marché. Les entreprises ne me font pas confiance et elles préfèrent reconstituer leurs marges qu'augmenter leurs effectifs. Résultat une partie des jeunes que nous avons formés à grands frais dans nos établissements d'élite, va chercher du travail à l'étranger.

- Je vous avais fait entrevoir l'avènement d'une France apaisée et pacifique. J'ai fait la guerre comme jamais, depuis des années notamment en Afrique et au Proche Orient. Et malgré les moyens déployés, je n'ai pu empêcher les actions terroristes se développer sur notre territoire et l'insécurité dans de nombreuses cités n'a pu être maîtrisée. Lors des fêtes traditionnelles, il n'y a jamais eu autant de voitures brûlées dans les quartiers. Heureusement que les médias sur mes conseils, ont cessé de diffuser des informations sur ce témoignage de la désespérance de la jeunesse des quartiers. Depuis longtemps la police et les représentants des services publics ne se déplacent dans certaines zones qu'avec tact et circonspection tant elles sont devenues des espaces de non droit. Je ne vais tout de même pas décréter l'état d'urgence pour revenir à une situation normale?

- Et puis comprenez moi, les migrants qui arrivent en masse à Vintimille Calais ou à Paris me donnent la migraine. J'ai beau dire comme Rocard que la France ne peut accepter toute la misère du monde. Les clandestins arrivent, ou pour s'installer chez nous, ou pour passer en Angleterre. Distinguer parmi ces réfugiés de la misère ou de la peur de la guerre, ceux qui doivent bénéficier du droit d'asile et ceux qui n'ont pas vocation à rester chez nous, c'est d'un compliqué!

Si vous étiez à la place, vous auriez le coeur de renvoyer chez eux tous ces "sans dent" manu militari? Je sais parfaitement que chacun de vous est prêt à être généreux à accueillir les damnés de la terre, mais le problème, à condition que ce soit dans le quartier du voisin!

Dans ces conditions vous êtes tous mécontents: Les associations me reprochent d'avoir un coeur de pierre et l'opinion me reproche, chaque fois que je libère des locaux publics pour accueillir ces malheureux, d'être laxiste et d'inciter à la venue de nouveaux venus. Bref, je suis pris entre Charybde et Scilla.

- Je vous ai pourtant beaucoup écouté depuis le début de mon mandat. Dés que vous avez tapé du poing sur la table, j'ai cédé devant vos exigences légitimes. Vous les Bretons, vous avez commencé à démonter les portiques visant à mettre en oeuvre l'écotaxe, j'ai cédé;

vous les conducteurs de taxi, vous avez bloqué les routes, maltraité des passagers, cassé des voitures qui ne vous appartenaient pas, j'ai cédé;

vous les éleveurs de porcs et de bovins, vous avez gâché les vacances de touristes qui ne vous avaient rien fait à grands renforts de tracteurs sur les autoroutes, ; vous avez jeté du fumier devant les préfectures; vous avez entravé la liberté de circulation des marchandises en vidant des camions de celles-ci lorsqu'elles venaient de l'étranger, j'ai cédé aussi et vous accordant de nouvelles subventions pour calmer votre ire.

Qu'auriez vous dit si j'avais fait donner la troupe? Nous ne sommes plus à l'époque de Clémenceau en 1910 et de Jules Moch en 1948 ce socialiste méconnu, qui matèrent les mineurs au nom de l'intérêt supérieur de la Nation et de la République . Mais je sais qu'il est plus facile d'envoyer des soldats au Mali et au Niger que de réprimer des mouvements sociaux en France. Et taper sur des mécontents même s'ils violent la loi, ça me fait horreur.

- Je sais aussi que j'y suis allé un peu fort avec les Impôts et les cotisations sociales. J'ai du les augmenter au détriment des entreprises dont beaucoup ferment ou se délocalisent quand elles le peuvent, au dépens des familles dont j'ai restreint les avantages du quotient familial, des salariés qui bénéficiaient d'heures supplémentaires et des classes moyennes supérieures dont j'ai rogné le pouvoir d'achat.

En réponse, vous m'avez bien puni. Vous avez continué d'épargner jusqu'à 15% de vos revenus au nom du principe "on ne sait jamais ce que notre président va nous inventer en matière de prélèvements fiscaux." Vous refusez de consommer et votre pessimisme malgré mon optimisme congénital plombe l'activité économique. Je sais, vous me l'avez déjà dit, notre fiscalité fait fuir les riches et attire les pauvres et elle décourage votre capacité à entreprendre. Mais tout de même, vous auriez pu faire un effort.

Je n'ai pas réussi malgré mes poignées de main et mes sourires au cours de mes déplacements à remonter votre moral de contribuable pressuré qui est inférieur à celui des Espagnols et des Portugais. Un comble!

- J'ai pourtant tenté de vous redonner la voix au chapitre en procédant à une nouvelle réforme de la décentralisation. J'aurais souhaité supprimer les départements, simplifier le mille feuille territorial, faire des régions le nouveau pivot de l'action dans les territoires, mais trop d'élus craignaient de perdre leur poste, trop de parlementaires avaient leur idée sur la question et les services de l'Etat ne souhaitaient pas perdre leurs prérogatives.

Résultat, je sais que ma réforme n'est pas très lisible et que les compétences entre les métropoles, les régions, les départements maintenus, les communes et leurs communautés ne sont pas très bien définies. Mais que voulez vous, je n'ai pas eu l'inconscience d'un De Gaulle pour demander votre avis par référendum. Nous sommes en démocratie parlementaire et les députés ont tout de même le dernier mot pour faire voter la loi.

De toute façon, si je vous avais demandé votre avis, je sais que vous auriez dit non.

- Je pourrais vous parler de l'Education Nationale qui malgré mes efforts et ceux du gouvernement n'a toujours pas trouvé la martingale pour éviter qu'à la fin de leur scolarité plusieurs dizaines de milliers de jeunes en situation d'échec scolaire sont à peine capables de lire ou d'écrire. Mais réveiller le mammouth, c'est impossible et d'autres s'y sont cassé les dents.

-.Je sais parfaitement aussi que vous avez mal à votre justice que vous estimez trop laxiste alors qu'avec plus de 50000 détenus en prison il n'y a jamais eu autant d'incarcérations. On ne va tout de même pas réinventer le bagne!

- Mais mon plus gros échec, ce qui me contraint à renoncer aux devoirs de ma charge, c'est la question de l'identité. J'avais fustigé en son temps la volonté de mon prédécesseur de lancer ce débat que j'estimais dangereux pour l'unité de la Nation. J'estimais que se focaliser sur l'identité française était porteur de repli sur soi et de nationalisme étriqué.

Mais je dois constater aujourd'hui que les extrêmes s'invitent à la table de ce débat sans que personne ne les y ait invités.

Je ne suis pas parvenu à trouver de consensus sur le principe de laïcité source de liberté pour les uns et d'oppression religieuse pour les autres.

Je n'ai pas obtenu de discussion sereine sur la place des religions dans la République et notamment de l'Islam dont certains voudraient imposer tous ses codes au nom de la Umma. Je souhaite qu'elle soit compatible avec la démocratie, mais je n'en suis plus si sûr, quand je visite certaines banlieues ou certains ghettos des centre-villes.

Je ne suis pas non plus parvenu à faire la synthèse entre la tradition chrétienne et celle issue de la Révolution française qui partagent pourtant ben des valeurs communes et notamment celle de l'égalité à laquelle j'ai toujours attaché beaucoup d'importance, sans pouvoir la mettre en oeuvre, tant la tâche était rude.

J'ai développé le concept de "vivre ensemble" sympathique, voir irénique, mais je vois bien, vu du château, qu'il est une utopie et que jour après jour, chacun de vous entendez vivre dans votre jardin à l'abri de la différence des autres qui fait peur et engendre le repli sur soi. En ces temps de mondialisation, ce n'est pas une bonne idée.

En conclusion, je suis désolé de vous le dire mais je suis las de toutes vos querelles, de vos douleurs et de vos peines. Je ne parviens plus à les porter ni à les supporter et je ne suis pas Sisyphe capable de porter sans fin le poids du monde, de l'Europe et de la France au sommet de la montagne.

C'est pourquoi je vous remets ma démission dés ce jour. Et lors d'un prochain scrutin, vous pourrez vous interroger sur le fait de savoir s'il est humain de faire supporter à un seul homme dans le cadre des institutions de la cinquième république, la responsabilité effrayante de faire changer un pays dont toutes ses composantes n'acceptent de modifications que si elles s'organisent dans le champ du voisin.

Mesdames et Messieurs les Français, je vous dit au revoir, comme un de mes prédécesseurs en son temps. Je vais désormais cultiver mon jardin comme Candide héros du conte de Voltaire, après avoir vu et subi dans ma tête toutes les horreurs du monde. Je souhaite bien du courage à mon successeur qu'il soit de droite ou de gauche. S'il se sent disposer de l'énergie d'Hercule pour diminuer les déficits et les dettes publiques sans porter atteinte à notre modèle social, grand bien lui fasse.

Et qu'il se dise bien que s'il est élu, ce sera pour en suer.

Frédéric Buffin

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Frédéric Buffin
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MARQUES 11/08/2015 10:55

Excellent , magnifique résumé de ces 3 années de pouvoir ... pouvoir , expression bien mal à propos pour un président qui ne peut pas grand chose.... " Moi Président...".
La conclusion relève bien sûr de la fiction car - bien au contraire - le président en redemande! A condition que le chômage baisse ..Sans doute va-t-il un peu baisser mais déjà la France est dans les cordes avec un taux de chômage qui grimpe depuis 3 ans alors que celui de nos voisins diminue .

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