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14 août 2015 5 14 /08 /août /2015 06:53
La semaine de mes contradictions avant la rentrée.

En pleine vacances, je médite sur mon transat un verre de jus d'orange à la main, sur la cohérence de mes comportements passés et présents à la veille d'une nouvelle année qui s'annonce dés le mois de septembre. Et je me complais à revisiter une année de mes comportements qui manquent parfois singulièrement de cohérence: sur un mode littéraire pratiqué par d'autres de "la semaine de mes contradictions"

Lundi, plein de véhémence je revendique des augmentations de salaire à mon patron et je milite pour l'amélioration des conditions de travail au sein de mon entreprise au nom de la lutte contre "la souffrance au travail". Voici une semaine qui commence bien me dis-je avec la bonne conscience du militant bien inséré dans une centrale syndicale.

Mais je proteste le soir même devant ma femme de ménage qui menace de me quitter si je ne majore pas d'un euro son heure de travail et je lui reproche de ne pas se déhancher suffisamment pour aller chercher la poussière dans les recoins de mon appartement. "Elle exagère de vouloir m'imposer de telles prétentions salariales, alors qu'elle fait a peine le job," me dis-je.

Mais au fond de ma conscience, mon ange gardien me suggère que dans ce genre de circonstances, je ne vaux pas mieux que mon patron à qui je reprochais la veille sa pingrerie du fait de son refus d’augmenter ma rémunération et son manque de respect vis à vis des travailleurs de l'entreprise.

Mardi je manifeste à l'appel de mon syndicat, dans la rue contre la vie chère, la précarité de l'emploi, la mondialisation, la financiarisation de l'économie et la politique d'austérité du gouvernement. Au passage, je maugrée contre les agents du métro qui ont interrompu le service public du transport urbain ce qui m'oblige à me rendre à pieds à la manifestation.

Après la manif, je vais voir mon banquier pour lui demander un placement de mon épargne au meilleur taux sans trop me soucier de la destination de mes fonds et sans voir que je participe à la politique apparamment aveugle des marchés qui favorisent les plus actifs sans se soucier du financement des plus fragiles.

Les agences de notation sont condamnables, mais si elles peuvent m'éviter de contribuer à un fonds d'obligations pourries grecques, qui risque de ne jamais me rembourser les sommes que j’ai investies, pourquoi pas!"

Bref, le matin, je défends le monde du travail, et le soir, je défends mon épargne, c’est à dire le Capital.

Mercredi, à la machine à café, ce lieu stratégique de l'entreprise où on refait le monde, je n'ai pas de mots assez durs pour la faiblesse du taux d'intérêt du livret de la caisse d'épargne en omettant que plus ces taux sont élevés, plus le financement du logement social est cher et donc compromis.

En tant qu'épargnant, j'oublie les sans logis, mais quand même, 0,75% d'interêt, c'est vraiment une misère. Puisque c’est comme ça, je vais faire l’acquisition d’un Plan d’Epargne en Actions. L’assurance vie, je l’ai déjà. Quant à l'épargne solidaire, on verra après.

Jeudi, je signe la pétition qui me demande de soutenir la cause des travailleurs migrants qui ne parviennent pas à obtenir des papiers de régularisation de leur situation. La défense des droits de l’homme, et la défense des plus démunis, ça me connaît.

Mais quand ma femme en plein après-midi me prévient que la mairie a donné son autorisation pour qu’un groupe de Roms installe ses caravanes et son campement dans le terrain vague qui se situe à deux pas de l’immeuble cossu où nous habitons, je vois rouge et je prends, bien que je sois encore au travail, tous les contacts pour organiser la mobilisation collective contre cette scandaleuse initiative du premier magistrat de la ville. Les Roms, il faut les accueillir sur des aires de nomades le plus loin possible de chez moi. Dans la commune d’à côté, ce sera très bien. Au bout du compte, trop de solidarité, tue la solidarité.

Vendredi, je défends devant mes collègues les vertus de l’école publique injustement attaquée de toute part, que ce soit à l’école primaire, au collège ou au lycée. Le mélange des populations scolaires quelles que soient les catégories sociales, je le salue comme un grand progrès démocratique et républicain comme ce fut le cas lorsque le service militaire rassemblait tous les jeunes mâles de la Nation.

Mais je me garde bien de dire à mes collègues, que pour mes enfants, j’ai choisi l’enseignement privé dans leur intérêt. Je ne leur dit pas non plus que je dois me rendre le soir même à une réunion de l’association des parents de l’enseignement libre au cours de laquelle on n’hésitera pas à parler de savoir, de morale et de discipline. On ne plaisante pas avec l’instruction de sa descendance !

Samedi, j’accompagne ma femme à l'hypermarché le plus proche de mon domicile en achetant les produits dont j'ai besoin, le moins cher possible. J'oublie que je participe à la ruine des petits producteurs locaux de mon pays et du tiers monde, du petit commerce ainsi qu'à la désindustrialisation de la France au profit de la Chine par le biais des centrales d'achat des grandes firmes du commerce de masse.

Le consommateur du week-end que je suis, oublie qu'il est producteur de biens ou de service pendant la semaine. Mais le porc à moins de dix euros le kilo, c’est tout de même assez confortable surtout pour moi qui adore l'andouillette et le filet mignon, même si à ce prix, c’est la ruine assurée pour les éleveurs.

Dimanche, je vais dans un centre commercial ouvert le jour du repos dominical sans trop me soucier des salariés qui pour m'assurer ce service, sont obligés de sacrifier leur vie familiale. "Je ferais mieux d'aller à la messe ou de faire un tour en forêt," me dis-je, mais c'est tellement commode de commercerle dimanche." Et tant pis si je ferme les yeux sur la face sociale cachée de mes courses le jour du Seigneur.

Comme quoi, il n'est pas si facile de vivre sa conscience citoyenne sans contradiction: tel qui s'indigne du niveau de la pollution, prend sa voiture à la première occasion; le pamphlétaire du nucléaire se chauffe à l'électricité et se garde bien d'abandonner le tarif protégé d'EDF; le même qui se fournit en légumes bio auprès d'une AMAP, ne manque jamais de prendre son 4x4 pour aller chercher ses fruits et légumes cultivés sans traitement chimique. La voiture française, c'est le top, mais l'automobile allemande c'est la classe, alors je roule en berline germanique.

On pourrait multiplier de tels exemples sauf peut-être en matière de vins et de fromages produits bien français encore qu'il n'est pas facile de convaincre l'amateur de sheddar et de lambrusco qu'il porte atteinte à la nation agricole française en consommant de tels produits "venus de l'étranger."

Alors c'est promis, je prend la résolution des mon retour au travail d'être tolérant vis à vis des contradictions des autres afin de vivre plus sereinement les miennes tout en évitant si possible la déchirure de mes adducteurs par de trop grands écarts entre mes actes et mes paroles.

PS. Cinq minutes après cette intense séance de méditation, ma femme me dit avec une ironie féminine sans égal: " dis moi chéri, hier tu nous as sorti une grande tirade sur l'égalité de l'homme et de la femme. Ça t'ennuierait de faire la lessive et le ménage, je pourrais enfin aller me promener dans la pinède écouter le chant des cigales. C'est bien gentil de penser, mais les tâches domestiques ne se font pas toutes seules."

Frédéric Buffin

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Frédéric Buffin - dans Société
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