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13 août 2015 4 13 /08 /août /2015 05:41
Vaincre la peur de l’étranger, ce n'est pas gagné et pourtant, il faudra bien qu'on y parvienne.

Sangatte, Vintimille et Paris; les migrants, c'est à dire les clandestins qui ont fui la misère et les conflits du Moyen-Orient, de la corne de l'Afrique et de l'Afrique subsaharienne, arrivent en masse ou pour passer en Angleterre ou pour demeurer en France. Peu d'entre eux bénéficieront du droit d'asile et peu d'entre eux seront expulsés. Ni la Méditerranée, ni les frontières ne les arrêtent, encore moins le dispositif Frontex chargé de faire respecter l'espace Schengen. L'attrait de nos régions et de notre système social protecteur est trop puissant pour que les incitations au maintien sur place dans des pays dévastés, soient efficaces. Et les mafias qui organisent contre finance leurs déplacements font le reste.

Il y a quelques années à intervalles réguliers, la presse évoquait avec indignation l'expulsion de travailleurs clandestins. Elle mettait l’accent sur l’opposition entre les associations de soutien à la cause des immigrés et les forces de polices dépêchées par le Préfet chargé d'appliquer des lois de plus en plus restrictives en matière d'accueil de l'étranger. Cet imparfait se conjugue toujours au présent.

Depuis la situation n'a fait qu'empirer. On peut dire même qu'elle dégénère. Horreur, les migrants ne se contentent plus de s'installer dans des banlieues lointaines, mais sont visibles en plein Paris où ils squattent le moindre bâtiment désaffecté. Et devant cette situation, les pouvoirs publics sont impuissants d'autant plus qu'il y a des femmes, des enfants et des mineurs à prendre en compte.

Face à des militants « droitsdel’hommistes » qui au nom de principes humanitaires légitimes sont prêts à accueillir la terre entière, les élus locaux et les services de l’Etat et au premier chef la police, font ce qu’ils peuvent pour éloigner sans trop de violence des populations que personne n’a vraiment envie de voir venir ni d’accueillir près de chez soi.

Devant le caractère massif de cette migration que d'aucuns considèrent comme une submersion-subversion et face aux réactions très hostiles des populations installées, peu de gens osent encore clamer que l'immigration est une chance pour la France et que l'accueil de l'étranger constitue un devoir évangélique pour les uns et une obligation solidaire pour les autres. Quant à la convention européenne des droits de l'homme, elle est de peu d'effet pour celui qui voit se constituer un campement ou un squat, le plus souvent dans des conditions indignes, à côté de chez lui.

Après la lecture d'un énième article sur ce sujet douloureux, je suis tombé par hasard sur l'introduction magistrale et lumineuse d'un livre intitulé: La peur en Occident, paru en 1979 redigé par Jean Delumeau un grand historien dont peut s'enorgueillir l'université française.

« Au XVI ème siècle, on n'entre pas facilement de nuit à Augsbourg. Montaigne, qui visite la ville en 1580, s'émerveille devant la "fausse porte" qui grâce à deux gardiens, filtrent les voyageurs arrivant après le coucher du soleil. Ceux-ci se heurtent d'abord à une poterne de fer que le premier gardien, dont la chambre est située à plus de cent pas de là, ouvre de son logis grâce à une chaîne de fer, laquelle par un " fort long chemin et force détours" tire une pièce elle aussi en fer. Cet obstacle passé, la porte se referme soudain. Le visiteur franchit ensuite un pont couvert, situé au-dessus d'un fossé de la ville, et il arrive sur une petite place où il décline son identité et il indique l'adresse où il logera à Augsbourg. Le gardien, d'un coup de clochette, avertit alors un compagnon qui actionne un ressort situé dans une galerie proche de sa chambre. Ce ressort ouvre d'abord une barrière - toujours de fer - puis, par le truchement d'une grande roue, commande le pont levis " sans que tous ces mouvemans on en puisse rien apercevoir: car ils se conduisent par les pois du mur et des portes et soudain tout cela se referme dans un grand tintamarre."

Au delà du pont-levis s'ouvre une grande porte, " fort espesse qui est de bois et renforcée de plusieurs lames de fer." L'étranger accède par elle à une salle où il se trouve enfermé seul et sans lumière. Mais une autre porte semblable à la précédente lui permet d'entrer dans une seconde salle où, cette fois, "il y a de la lumière" et où il découvre un vase de bronze qui pend par une chaîne. Il y dépose l'argent de son passage. Le (2ème portier) tire la chaine, récupère le vase, vérifie la somme déposée par le visiteur. Si elle n’est pas conforme au tarif fixé, il le laissera « trenper jusqu’au lendemein ». Mais s’il est satisfait, « il lui ouvre de mesme façon encore une grosse porte pareille aux autres, qui se clôt soudein qu’il est passé et le voilà dans la ville ». Détail important qui complète ce dispositif à la fois lourd et ingénieux : sous les salles et les portes est aménagée « une grande cave à loger cinq cents hommes d’armes avec leurs chevaux pour parer à toute éventualité ». Le cas échéant, on les envoie à la guerre « sans le seu du commun de la ville ».

Précautions singulièrement révélatrices d’un climat d’insécurité : quatre grosses portes successives, un pont sur un fossé, un pont levis et une barrière de fer ne paraissent pas de trop pour protéger contre toute surprise une ville de soixante mille habitants, qui est à l’époque la plus peuplée et la plus riche d’Allemagne. Dans un pays en proie aux querelles religieuses et tandis que le Turc rôde aux frontières de l’Empire, tout étranger est suspect, surtout la nuit. En même temps, on se défie du « commun » dont les « émotions sont imprévisibles et dangereuses ». Aussi s’arrange-t-on pour qu’ils ne s’aperçoivent pas de l’absence des soldats d’habitude stationnés sous le dispositif compliqué de la « fausse porte ». A l’intérieur de celle-ci on a mis en œuvre les derniers perfectionnements de la métallurgie allemande du temps. Grâce à quoi une cité singulièrement convoitée parvient sinon à rejeter complètement la peur hors de ses murs, du moins à l’affaiblir suffisamment pour qu’elle puisse vivre avec.

Les savants mécanismes qui protégeaient jadis les habitants d’Augsbourg ont valeur de symbole. Car non seulement les individus pris isolément mais aussi les collectivités et les civilisations elles-mêmes sont engagées dans un dialogue permanent avec la peur. »

Ces deux premières pages m’ont révélé de façon lumineuse que la peur des habitants d’Augsbourg à la fin du XVIème siècle et la nôtre devant ce que certains, mal intentionnés, appellent « l’invasion des étrangers » sur le territoire national à cent lieues d’une mondialisation heureuse, est fondamentalement la même :

Il n’y a plus aujourd’hui de porte de fer pour barrer l’accès des villes aux plus pauvres venus d’ailleurs. Il n’y a plus non plus de douaniers au sein de l’union européenne pour empêcher la venue des migrants chassés de chez eux par la misère engendrée par la corruption de leurs dirigeants et les conflits armés.

Mais nous avons remplacé la porte d'Augsbourg par des barbelés de papier qui sont censés empêcher les migrants de s'installer alors qu'ils s'implantent coûte que coûte.

Et l'argument selon lequel les nouveaux migrants viennent nous retirer le pain de la bouche fait mouche. En période de chômage jamais aussi élevé, en ces moments de progression continue de l'islamisme, nous avons collectivement peur de cet autre qui s'installe à nos côtés sans que nous l'ayons désiré.

Or, quelle que soit l'équipe gouvernementale en place, il faudra bien qu'une politique massive d'intégration et d'accueil soit mise en place. La peur de l'étranger doit cèder le pas devant les potentialités de ces nouveaux venus qu'il convient d'exploiter dans leur intérêt et le nôtre.

Or, par réalisme devant cette situation de crise, il faut changer de braquet malgré les contraintes budgétaires et ne pas se contenter de dire que la question est européenne, ce qui est vrai mais ne résout rien.

Bon courage messieurs les gouvernants pour convaincre la population à la veille d'importantes échéances électorales, qu'une politique d'accueil renforcée voire massive, doit prendrele dessus sur des stratégies répressives qui ne fonctionnent pas.

De Gaulle avait compris en son temps que l'Algérie française ne pouvait perdurer. Il nous faut un homme d'une telle trempe pour prendre à bras le corps le phénomène des migrants qu'il nous faut intégrer au nom d'une humanité bien comprise et dans le respect de nos valeurs et de notre culture.

Prions!

Frédéric Buffin

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Frédéric Buffin - dans Société
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