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12 septembre 2015 6 12 /09 /septembre /2015 06:51
Le latin au service du discours politique. Une idée neuve ou vieillotte?

Le latin au service du discours politique. Une idée neuve ou vieillotte?

Nos gouvernants ont tort. Dans la réforme du collège, ils veulent "mordicus" réduire l'enseignement du latin à la portion congrue. Nos chères têtes blondes et celles qui le sont moins, déclineront donc de moins en moins "rosa" à tous les cas et le verbe "amo"à tous les temps et à tous les modes. Elles ne sueront plus sur les versions de la guerre des Gaules menée par Jules César, ni sur les histoires de Tacite et de Tite-Live. Tant pis pour cet abandon supplémentaire de l'enseignement des humanités classiques en apparence si peu adaptées aux réalités du monde moderne. Internet et la Mondialisation n'ont que faire de la langue parlée par les dignitaires de la Rome antique.

L'Eglise fut critiquée en son temps par Brassens pourtant peu calotin qui alla jusqu'à chanter: "sans le latin, la messe nous emmerde." Voici maintenant que l'Education Nationale fait de même en faisant de l'enseignement du latin, sauf pour une infime minorité d'élèves, "tabula rasa" comme nos révolutionnaires d'antan qui en chantant l'internationale clamaient à la terre entière, "du passé faisons table rase."

Pourtant, il est regrettable que les rédacteurs des discours de nos hommes politiques, ne soient plus de fins latinistes, car ceux qui président à nos destinées et leurs opposants pourraient très utilement s'affronter à grands renforts de citations latines, ne serait-ce que s'ils avaient la simple idée de consulter les pages roses du dictionnaire.

Les débats au Parlement y gagneraient en hauteur et en tenue; face à l'inexorable montée du chômage et à l'atonie de la croissance, affirmer en outre devant des millions de téléspectateurs en latin que le pouvoir, c'est l'impuissance, (habeo potestas, sed non possum,) ça aurait du chien même en complétant tout de suite après que l'opposition n'avait pas fait mieux quand elle était aux manettes.

Tout le monde sur l'échiquier politique y trouverait son compte:

- Les détracteurs du libéralisme pourraient exprimer leur détestation du libéralisme par d'éloquents "vade rétro Satanas" (retourne toi Satan et va-t-en) en continuant d'oublier qu'ils n'ont pas eu la même aversion pour le communisme infiniment plus mortifère.

- Les députés frondeurs de la majorité parlementaires opposés à la politique de l'offre matérialisée par le pacte de compétitivité qu'ils souhaitent réorienter en relançant la demande des ménages, pourraient clamer haut et fort: "Errare humanum est sed perseverare diabolicum" ( se tromper est humaine mais continuer est d'essence diabolique,)

Ils pourraient aussi crier un tonitruant "non possumus" (nous ne pouvons pas) devant les velléités gouvernementales de réformer le code du travail, Faire tabula rasa des 35 heures, du SMIC ou du CDI, impossible.

- Les écologistes feraient de fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, et de la réduction de la production d'énergie nucléaire, de magistraux "sine qua non". (Conditions sans lesquelles c'est non) pour revenir au gouvernement où personne d'ailleurs ne les attend avec enthousiasme.

- L'opposition de droite aurait beau jeu de dénoncer le "Festina lente" ( hâte toi lentement) organisé par le chef de l'Etat pour faire des réformes de structures avec lesquelles chacun de nous est d'accord, pourvu qu'elles soient faites dans le champ du voisin. Elle pourrait rappeler au président ex candidat, les promesses non tenues dans son programme en utilisant avec profit "verbal volant, scripta manent" (les paroles volent, les écrits restent).

Encore qu'avec Internet et You tube, il est facile de conserver les engagements d'hier non tenus même à grand renfort de langue d'or qui devient alors une langue de plomb pour ceux qui les ont prononcés. On remarquera toutefois que "la langue est la meilleure et la pire des choses" est un dicton prononcé par un Grec du nom d'Esope. Il n'y a donc pas de citation latine pour exprimer cette vérité.

La même opposition se dit d'ailleurs déjà en coulisse qu'"acta est fabula" ( la pièce est jouée) sans savoir encore quel acteur principal défendra ses couleurs. Et pour le désigner, chacun sait que l'affrontement se fera en mode: "homo homini lupus" ( l'homme est un loup pour l'homme.)

- Quant aux centristes, ils diront comme d'habitude: "In médio stat virtus" (la vertu est au milieu) avec la conviction que la France doit être gouvernée au centre, ce qui reste à démontrer.

- Mais, le latin par excellence, c'est la langue du pouvoir. C'est pourquoi il est incompréhensible que nos gouvernants veuillent en minimiser l'enseignement.

Pour insister sur le fait que le locataire de l'Elysée est bien en place jusqu'à la fin du quinquennat, il pourrait s'il méprisait moins la langue de Cicéron rappeler qu'en démocratie "vox populi, vox dei" ( la voie du peuple est la voie de Dieu.) Et sans verser dans la morgue, il ne devrait pas manquer d'indiquer sans le dire à son rival qu'il est depuis 2012 comme César après la bataille de Pharsale: "Veni vidi vici." (Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu, alors que quelques mois avant, il était à 3% dans les sondages.

Et comme l'élection d'un Président de la République, c'est le choix d'un chef de guerre, il pourrait rappeler utilement le proverbe: " si vis pacem para bellum" ( si tu veux la paix, préparé la guerre.) En outre, nous avons trouvé dans le terrorisme et l'Etat islamique au Levant, la quintessence du mal absolu, de sorte qu'il ne lui serait pas difficile dire à son peuple au lieu de "Delenda est Carthago", (il faut détruire la cité de Carthage) qu'il faut éliminer Daesh, bien que nous n'en ayons guère les moyens.

Sur le plan de la politique intérieure et de ses épreuves au quotidien, au lieu de rappeler qu'il a le cuir tanné, notre premier édile ferait mieux d'employer la devise parisienne: "Fluctuât nec mergitur," l'équivalent d'un "il plie mais ne rompt pas." Cette locution serait d'ailleurs méritée du fait de sa résistance exceptionnelle à une série de sondages catastrophiques qui l'exclut a priori du second tour de l'élection présidentielle.

Face à ses opposants et même devant une majorité parlementaire rétive, il peut toujours rétorquer: "Dura Lex sex Lex": la loi est dure mais c'est la loi, ce qui entre parenthèse, confirme le penchant de nos gouvernants pour l'utilisation de l'arsenal législatif pour réformer plus que pour le contrat entre partenaires de la société civile.

Et devant les piètres résultats de la politique gouvernementale en matière d'emploi, faute de pouvoir demander à ses concitoyens, "Plaudite cives (applaudissez citoyens,) le Président de la République pourra toujours avouer en se la jouant modeste:"Hoc non erat in votis." (Cela n'était pas dans mes vœux.)

Mais comme il est taraudé par l'irrésistible désir de se représenter en 2017, il ne manquera pas de faire savoir aux prétendants de son bord: "Oderint dum metuant" (qu'ils me haïssent pourvu qu'ils me craignent.)

Quant à chacun de nous, contribuable électeur, s'il nous reste assez d'énergie pour résister au langage convenu des politiques souvent dépassés par les événements, nous pouvons toujours leur dire quels que soient leurs propos, la formule cartésienne signe d'indépendance et de liberté: "cogito ergo sum" (je pense donc je suis.) Les impôts ne baisseront pas pour autant, mais ça nous fera du bien.

De l'île de la Réunion, où on parle beaucoup créole, Frédéric Buffin.

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Frédéric Buffin - dans Culture
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