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3 février 2016 3 03 /02 /février /2016 14:40
En politique, se prendre les pieds dans le tapis, c'est un art.

Les pieds dans le tapis.

Il faut se méfier des couloirs de l'Elysée; ils sont pleins de beaux tapis sur lesquels ceux qui les foulent sont susceptibles de trébucher. L'art présidentiel de se prendre tout seul les pieds dans le tapis s'exprime à merveille dans le sujet actuel de la déchéance de nationalité qui doit prochainement faire l'objet d'une modification de la constitution.

Plus on avance, plus la gauche et la droite sont mécontentes et moins l'opinion publique ne saisit les subtilités byzantines d'un débat qui concerne potentiellement quelques renégats qui ont décidé de cracher sur la Republique.

La presse, lors de l'annonce du Président de la République, avait salué son habileté dans ce coup de billard à trois bandes : il muselait la gauche tout en corsetant la droite. Quelle maestria! Elle prend désormais peu à peu ses distances vis à vis d'une mesure qui stigmatiserait trois millions de bi-nationaux. Et tous les acteurs de cette partie très politique s'accordent pour penser qu'elle occulte le débat sur la politique de l'emploi, autrement plus lourd d'enjeux économiques et sociaux, ce qui est une évidence.

Remarquable résultat de ce projet de révision constitutionnelle proposé par le très honorable locataire de l'Elysée. Il se transforme en bourbier pour son promoteur. Il ne manque pourtant pas de gens intelligents autour de lui pour travailler ses dossiers, qui auraient pu le convaincre que proposer une mesure d'indignité nationale pour les personnes convaincues de terrorisme aurait contenté le plus grand nombre des parlementaires et de nos concitoyens.

Mais la parole du chef ne pouvant être remise en question, celui-ci se débat en vain dans le problème qu'il a lui-même créé en proposant cette fameuse déchéance de nationalité. A mesure que l'émotion consécutive aux attentats du 13 novembre diminue, la peine infamante apparaît plus comme une habileté politique que comme une mesure symbolique pour lutter contre ceux qui veulent mettre à mal la Republique.

Si ça continue, il n'y aura même pas de réunion du Congrès si une majorité des trois cinquièmes des parlementaires risque de ne pas être obtenue sur la modification de la Constitution qui butte sur cette mesure de déchéance.

Au moins, fera-t-on l'économie de la réunion des Parlementaires à Versailles. Certains esprits fins estiment déjà qu'il aurait fallu passer par la voie du référendum. En terme d'organisation la procédure aurait été encore plus onéreuse. En période de vaches maigres, un sou, c'est un sou. On n'appellera donc pas le peuple souverain à voter sur cette question, non seulement parce que dans le passé, il a mal voté comme en 2005 contre le traité européen , mais parce que ça coûte horriblement cher de faire voter tant d'électeurs dans toutes les communes de France pour des questions constitutionnelles auxquelles il n'y entend goutte.


Frederic Buffin

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Frédéric Buffin - dans Politique
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