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24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 20:02
Trois bonnes recettes pour mettre la pagaille dans le pays.

Trois bonnes recettes pour mettre la pagaille dans le pays.

Notre Président est reconnu comme un maître tacticien pour retourner les situations les plus difficiles à son avantage. Songez qu'à moins d'un an avant les élections présidentielles de 2012, il était au plus bas dans les sondages. Après une bonne primaire, un bon discours au Bourget et une célèbre anaphore devant son rival pour une fois sans voix, il est parvenu à remporter la mise. Chapeau l'artiste!

Cette fois-ci dans cette affaire de refonte du code du travail, la méthode appliquée est remarquable. Elle promet de beaux jours pour le gouvernement, ravi d'affronter une nouvelle tempête sociale après le conflit des taxis, la crise de désespoir des éleveurs qui sent bon le purin et le lisier de porcs ainsi que le désarroi des réfugiés bloqués devant Calais alors que ces derniers ne souhaitent que gagner la perfide Albion.

A ce niveau de talent manœuvrier pour perdre la bataille électorale de 2017, c'est beaucoup de classe et encore une fois , c'est de l'art. La méthode est imparable:

1. Premier point, recrutez une ministre inexpérimentée qui ne connaît dans ses détails ni le droit du travail ni les relations sociales, mais surtout qui ne dispose d'aucun poids politique pour convaincre l'opinion publique et/ou les parlementaires. Comme chacun sait ces derniers sont tous des moutons courtois prêts à faire des courbettes devant les représentants du gouvernement. Au passage, vous mécontentez les partenaires sociaux patronaux et syndicaux conscients du peu d'estime dont ils sont l'objet ,puisque que leur interlocuteur ( trice) est à classer dans les personnages de second rang du gouvernement.

Et comme d'emblée, celle-ci a évoqué, avant de se raviser, l'article 49.3 de la constitution pour forcer la conscience des parlementaires récalcitrants, tout aura été fait pour faire passer ce projet de loi dans un esprit de consensus. Qu'on se le dise, les représentants des centrales syndicales peuvent être encore plus désagréables que Jean-Jacques Bourdin sur RMC questionneur narquois de notre ministre du travail sur le nombre limite de C.D.D. C'est évidemment plus facile de diaboliser madame El Khomri que Robert Badinter

2. Préconisez pendant les premières années de votre quinquennat la nécessité du dialogue social avec vos interlocuteurs du monde du travail; Légalisez après d'interminables palabres ,l'accord national interprofessionnel sur la formation professionnelle. Consultez les à tout instant sur les sujets les plus divers; peuplez les cabinets ministériels de militants syndicaux surtout s'ils sont à la CFDT.

Puis changez votre fusil d'épaule en fin de mandat et annoncez à grands fracas que vous entendez simplifier et modifier le code du travail, mais sans consulter les syndicats qui apprendront le contenu du projet de texte comme "le vulgum pecus." Certes, vous pourrez toujours affirmer que le projet de texte n'est pas définitif, qu'il sera présenté le 9 mars en Conseil des ministres, que des amendements parlementaires pourront modifier le projet de texte.Etc. Soyez en sûr, le mal sera fait et l'opinion de gôoche sera vent debout contre la réforme. C'est fait. Avant même que le projet de loi ne soit présenté, plusieurs dizaines de parlementaires socialistes sont saisi d'un haut de coeur majeur et menacent de ne pas voter la réforme. Certains même parlent de voter la censure, le cas échéant.

3) Pour faire bonne mesure, lancez votre projet de loi sur la réforme du code du travail dans le même temps que se déroule la négociation sur l'assurance chômage et donnez votre point de vue sur la dégressivité des allocations. Vous parviendrez à un double résultat. Les négociateurs de la dite convention vous diront, "de quoi je me mêle," puisque l'Etat n'est pas partie à la négociation bien qu'il soit en permanence sous la table. Quant aux chômeurs susceptibles de voir leurs allocations diminuer, ils apprécieront de voir qu'il est envisagé de libéraliser dans le même temps les conditions du licenciement économique.

Le résultat du lancement d'un tel projet qui concerne au premier chef le monde du travail est parfait. Les syndicats sont à cran. Melenchon, Floche le sont aussi, mais ça ne change rien, car quoique dise ou fasse le gouvernement, rien ne trouve grâce à leurs yeux. Et voici que Benoit Hamon, Martine Aubry enfoncent le cou dans « le Monde » en parlant "d’Inversion de la norme sociale." Pour clore le bal des mécontents l''UNEF vivier de militants socialistes dont certains sont grassement rémunérés par les mutuelles étudiantes, menace de faire descendre les étudiants dans la rue. Le projet de loi modifiant le code du travail, aussi bien que le Contrat Première Embauche pour susciter la révolte des jeunes, c'est très fort.

À quand une prochaine manifestation d'envergure comme celle de 2010 pour la réforme des retraites sous le quinquennat Sarkozy? Certains ministres apeurés déclarent déjà qu'il faut rééquilibrer le projet de texte. Bref une nouvelle synthèse à la sauce hollandaise est déjà dans les cartons pour calmer le jeu. Beau résultat quand on souhaite en période d'état d'urgence, restaurer l'autorité de l'Etat.

Vous avez dit habileté manœuvrière consommée pour gêner la droite en lui piquant ses idées ou suicide politique? Nous le verrons dans les prochaines semaines. Mais rappelez vous, l'actuel locataire de l'Elysée qui est allé grapiller quelques voix en Polynésie française est très habile.


Frédéric Buffin le 23/02/2015

Blog fredericbuffin.fr

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