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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 18:08
A la veille de la grève SNCF du mercredi 9 mars, souvenir de la grève des services publics de 2003.

Une fois de plus, les agents de la SNCF font grève ce mercredi 9 mars 2016. Ils ont la sécurité de l'emploi; un régime retraite et maladie plus qu'avantageux, des conditions de travail et de congé hors pairs, garanties par le RH 77, mais rien n'y fait: la concurrence qui s'annonce en 1999 pour les lignes intérieures ferroviaires dans le cadre de la réglementation européenne, est refusée, de même que celle des cars et de bla-bla car. Rien ne doit être changé dans le statut des cheminots qui ne saurait être remis en cause par la future convention collective du rail. Il y aura donc grève demain à l'initiative de la plupart des syndicats de cheminots. Et si le Président de l'entreprise et le gouvernement ne comprennent pas qu'ils soient de droite ou de gauche, il y en aura d'autres. Peu importe qu'à la suite d'une dépréciation d'actifs, le bilan de l'entreprise 2015 affiche une perte de 12 millards d'euros. Demain, les cheminots en grève contrarieront les plans de centaines de milliers de travailleurs pour ne pas parler de millions. Ce nouvel épisode m'a fait ressortir un papier que j'avais rédigé à la suite de la grève des services publics en 2003 à l'occasion de la réforme Fillon sur les retraites. Il n'a pas pris une ride. Heureusement depuis cette époque, une loi contraint les grévistes à se déclarer dans les services publics. Mais globalement la question de la grève dans les services publics n'est toujours pas traitée. Il faudra bien qu'on y pense, sauf à contraindre les gouvernements de gauche ou de droite à renoncer à toute réforme un peu conséquente.

Gréviste, je ne te dis pas merci.


Aprés la grève de 2003 sur la réforme Fillon. (2003)


Gréviste, j'ai été très patient; j'ai beaucoup écouté tes revendications sur la réforme des retraites. J'ai entendu tes appels à la justice pour éviter de faire peser les efforts sur les seuls salariés et les fonctionnaires pour sauver les régimes par répartition. J'ai même éprouvé à propos des propos émis sur la décentralisation source d’inégalités, quelque sympathie pour ceux qui exprimaient dans ce conflit d'un autre âge, des idéaux égalitaires sur le service public d'éducation.

Mais cette fois, je me suis lassé. J'en ai eu assez d'avoir entendu des manifestants comme toi, proclamer que le droit de grève pouvait être activé sans contrainte. Tu devrais pourtant savoir grâce à tes études et ta haute conscience militante que d'après la constitution de 1958 et son préambule, « il s'exerce dans le cadre des lois qui le réglementent, » propos qui lui fixe une nécessaire limite.

J'en ai eu assez de voir piétiné par ceux qui sont chargés de le faire vivre, le principe de continuité du service public. Je me suis dit que les agents du secteur du même nom pourraient avoir la reconnaissance du ventre vis à vis de cet employeur aussi complaisant qu'est l'Etat. Celui-ci, bon prince, ne manquera pas comme à son habitude de payer les jours de grève pour en finir avec un conflit social qui n'a que trop duré.

J'en ai eu assez de voir des éléments incontrôlés à le recherche du grand soir, tenter dans la rue des actions jusqueboutistes, pour empêcher un gouvernement démocratiquement élu de procéder à une nouvelle réforme des retraites par voie parlementaire.

J'en ai eu plus qu'assez d'entendre des leaders courir après des troupes qu’ils sont incapables de maîtriser, obligés qu'ils étaient d'utiliser des slogans d'extrême gauche bien diffusés par des officines trotskistes qui ne rêvent que de "la grève générale en rupture avec le capitalisme." Pauvre Blondel, plus trotsko que Laguillier! Pauvre Thibaud contraint de suivre les éléments les plus durs et les plus staliniens des militants cégétistes.

Et tout ceci au nom de la défense du service public que tant d'agents publics s'acharnent à interrompre à tout moment par des grèves à répétition en prétendant assurer sa défense à grands renforts de manifs et de slogans vengeurs.

Mais cette fois-ci, ce n'est pas aux leaders syndicaux dépassés par les évènements, ni aux habituels appareils de contestation de la politique gouvernementale que j'ai envie de m'adresser. C'est à toi qui as interrompu le travail, c'est à toi qui a battu la semelle entre République et Nation pour crier ta hargne contre les projets de réforme "retraiticides" du gouvernement; c'est à toi qui as bloqué le fonctionnement normal de la poste, des transports et des lycées que j'ai envie de crier ma véhémence de citoyen consterné qui n’en pouvais mais..

Car je voudrais t'expliquer avec moins de rancœur que tu ne l'as exprimée dans la rue, mais avec la seule énergie vinaigrée de ma plume, pourquoi je n'ai pas envie de te remercier de tout le " le bien" que tu prétends m'avoir fait puisque, disent des journalistes complaisants, tu as fait grève pour me rendre service au nom de la "solidarité avec le secteur privé", slogan dévoyé que tu diffuses à toutes les sauces auprès des médias habitués à transmettre de telles sornettes.

Comment peux-tu prétendre défendre mes intérêts en me contraignant à marcher à pied pour me rendre à mon travail ou à rester chez moi sans rémunération pour garder mes enfants faute d'école ouverte pour les accueillir?

Et cerise sur le gâteau, d'après les sondages, je serais d'accord avec toi. Je serais gréviste en te transmettant une procuration. Eh bien, désolé, je ne suis pas gréviste; tu m'en as fait trop voir et causé trop de désagréments. Et si tu étais mon enfant, je t'appliquerais de bon cœur une bonne fessée histoire que tu n'y reviennes pas.

- Je ne vois pas pourquoi, je te remercierais, toi le conducteur RATP qui peut encore partir en retraite à cinquante ans et qui n'était même pas concerné par le projet de loi. Grâce à toi, j'ai marché dans tout Paris (quoiqu'un peu moins qu'en 1995) pour tenter de me rendre sur mon lieu de travail. J'ai même envie de te transmettre la note de mon cordonnier chez qui j'ai fait réparer mes chaussures marquées par une usure prématurée parce qu'elles sont mal adaptées à la marche en milieu urbain. Et je ne compte pas le prix de la sueur ni le manque à gagner d'une carte orange inutilisable. Heureusement que Paris est la plus belle ville du monde et que la météo a été plutôt clémente ces jours ci.

À cause de toi, j'ai été en retard à mon entretien d'embauche que j'ai passé dans les pires conditions; j'ai raté l'avion faute de pouvoir arriver à l'aéroport; je ne suis arrivé sur mon lieu d'examen qu'en me levant à quatre heures du matin et après avoir marché plusieurs heures avec un gros sac pour y parvenir. Pour la concentration, il y avait mieux à faire.

Je sais qu'il est normal que tu partes plus tôt en retraite que moi parce que ton espérance de vie est plus courte que la mienne après vingt-cinq ans en sous- sol. Mais si ton activité est si dangereuse, tu devrais faire grève pour que l'automatisation de la ligne 14 soit généralisée à l'ensemble des lignes du réseau parisien plutôt que de freiner sa modernisation pour conserver ton emploi dépassé. Sais-tu qu’à Lille, Rennes et Toulouse le métro est automatisé sans conducteur ?

Et puis, pourquoi t'arrêter de travailler, alors que ton régime de retraite n'est pas menacé, ce qui est d'ailleurs anormal au pays de l’égalité, si ce n'est pour démontrer ta capacité de nuisance " au nom de la défense du secteur public" qui n'est malheureusement que le faux nez bien commode de la défense de tes seuls intérêts corporatistes?

Passe encore de monter dans des rames de métro de plus en plus sales, si elles roulent. Mais tu ne sais pas ce que c'est que de rester bloqué, surpressé pendant dix minutes entre deux stations sans lumière, comme ça m'est arrivé la semaine dernière et sans la moindre information sur l'origine de l'incident.

Tu ignores l'effet que cela fait de manquer de tomber sur la voie parce que le quai est bourré à craquer de monde qui attend un hypothétique métro dont tu te gardes bien de me dire à quelle heure il va finir par arriver.

Comme en amour, tout le plaisir est dans l'attente, me diras-tu? Et bien tu risques d'attendre longtemps mes remerciements dont tu te moques d'ailleurs comme d'une guigne, d'autant que je suis destiné à payer le déficit de ton entreprise creusé par tes grèves à la fois en tant que contribuable et d´usager.

- Je n'ai aucune gratitude pour toi le conducteur SNCF, champion toute catégorie de l'arrêt de travail. Tu m'as fait rater tant de rendez-vous précieux dans ma carrière professionnelle, tant de débuts de vacances par des arrêts intempestifs qu'il m'est difficile de ne pas t'en vouloir. Au nom de la défense du statut des cheminots plus intangible que les tables de la loi de l'Ancien Testament, tu es prêt à tout.

Mieux ou pire pour l'usager, ( pour le client on repassera,) tu es le spécialiste de la grève préventive; tu es prêt à t'arrêter à la moindre rumeur de modification de tes horaires de travail, de privatisation, de tout projet de service minimum en cas de grève et de tout ce qui peut te contrarier.

Tu es le professionnel, toi et tes collègues de l'assemblée générale avec vote à main levée de la grève reconductible, "avec l'assentiment de la base" devant un inévitable braséro, télévision oblige, pour défendre les acquis sociaux au nom du service public ( mot magique au point que dans ta bouche, il en devient une incantation quasi religieuse.)

Tout ceci, tu le fais pour défendre l'usager contre le gouvernement et la direction de la SNCF sourds aux légitimes revendications des travailleurs du transport ferroviaire. Si on t'écoutait, on pourrait croire que ton métier est aussi pénible que celui des seigneurs du rail qui conduisaient dans la suie, le froid et la chaleur réunis, les locomotives à vapeur de l'ancien temps. Au moins, ceux-ci ont participé à la reconstruction du pays après la guerre, ce qui n’est pas ton cas.

Mais en réalité tu n'es qu'un chef de guerre sociale au petit pied qui profite du pouvoir exorbitant que tu as de bloquer la vie sociale moderne, en empêchant des dizaines de milliers de travailleurs, de touristes et de simples citoyens de se déplacer et les marchandises de circuler.

Et tu voudrais après ceci, éviter que jour après jour, le particulier continue de privilégier la voiture pour se rendre à son travail; tu souhaiterais que les entreprises arrêtent de préférer la route et le camion pour acheminer leurs marchandises au lieu d'utiliser le ferroutage ? La prise d'otage permanente à ses limites.

Mais rassure toi, continue comme tu le fais; les déficits que tes arrêts de travail creusent année après année, vont continuer et ton entreprise sera condamnée par une inévitable privatisation parce que d'autres sociétés de chemin de fer plus disciplinées auront à partir de 2014, pris le relais grâce à la libéralisation du rail en Europe.

Quand tu distribues des tracts pour m'informer de la légitimité de ta grève, tu oublies toujours de me signaler qu'en tant que futur retraité de la SNCF, grâce à la contribution d'équilibre de l'Etat, le contribuable que je suis te verse avec mes impôts plusieurs milliards d’euros par an pour payer ta retraite que tu prendras bien avant moi.

Mais chez toi, la grève est une seconde nature et mes propos ne feront que t'inviter davantage à cesser le travail. D'autant plus que tu es tout à fait capable de prolonger la grève pour que les heures non travaillées te soient payées. Alors décidément non, il m'est impossible de t'adresser un quelconque merci même si j'apprécie. L'atmosphère bruyante des gares, la vitesse du train et tout particulièrement celle du TGV.

- J'aurai toujours du mal à chanter des louanges en ton honneur, toi le postier, pour célébrer les nombreuses journées où j'ai été privé de courrier parce qu'au centre de tri ou dans ton agence tu as décidé de cesser volontairement d'assumer ton service.

A cause de toi j'ai raté des épreuves d'examen par défaut de convocation. J'ai dû payer des agios à ma banque parce que je n'avais pas reçu à temps des chèques de mes clients ; j’ai appris la mort d’un ami proche après son enterrement ; j’ai été surtaxé par les impôts qui n’avaient pas reçu mon chèque du tiers provisionnel et j’attends toujours mon contrat de travail de la Société qui se propose de m’embaucher. De surcroît, j’ai dû essuyer ta réaction revêche quand j’ai eu l’audace de te demander au guichet si mon courrier était arrivé ; à la Poste, l’amabilité est une exception, pas la règle !

Et pour couronner le tout, malgré un service de plus en plus aléatoire, tes patrons ont décidé d’augmenter le prix du timbre de huit pour cent à partir du mois de juin !

Tu devrais pourtant t’inquiéter : tu n’es pas dans la situation des travailleurs de la SNCF et de la RATP qui ont encore les moyens de tout bloquer : Déjà, les colis de plus de 200 grammes peuvent être acheminés par d’autres sociétés que la poste et beaucoup d’entreprises ne se gênent pas pour le faire; Et grâce aux efforts de l’union Européenne et de la Commission, il y a bon espoir que ce seuil baisse encore.

Et puis, grâce à Internet, il y a beau temps que je n’écris plus de lettre. Même dans mon travail, tout est fait pour limiter le courrier au minimum. Les pièces jointes par mail, c’est bien plus rapide et tout aussi authentifiable qu’un document papier.

Même les commandes, les bulletins d’information et tous autres documents sont maintenant effectués sous forme de messagerie électronique; avec un bon antivirus, celle-ci ne fait jamais grève et respecte le principe de continuité du service que tu as cessé depuis longtemps de considérer comme un principe cardinal. Je te le précise tout de suite, ce n’est pas la peine de venir me voir pour les étrennes entre Noël et le Jour de l’An. Ma porte restera fermée quand tu sonneras. J’ai trop souffert de l’irrégularité de ton service qui n’a de public que le nom.

Peux-tu me dire, vraiment à part certains agents de tri qui travaillent de nuit, en quoi ton activité est-elle plus pénible que celui qui doit faire les trois huit en usine ? Peux-tu me dire pourquoi il faudrait que je sois solidaire de ta cause parce qu’un projet de loi sur les retraites te contraint à travailler un peu plus longtemps comme tous les actifs de ce pays ?

-Je ne te baiserai pas non plus les pieds, toi le professeur du collège et du lycée de mes enfants.

Et je tiens même à t’adresser plusieurs griefs, même si je sais que les élèves d’aujourd’hui ne sont plus les enfants de chœur que nous étions au même âge. Je n’ignore pas non plus que la télévision, les jeux vidéo et les loisirs exercent un attrait irrésistible qui rend parfois irréel et impossible l’étude d’un théorème mathématique ou d’un poème d’Eluard ou d’Aragon. Et malheureusement, l’éducation au « vivre ensemble » par les familles de tous niveaux laisse beaucoup à désirer, ce qui ne rend pas ton métier facile.

Passe encore de cesser le travail contre des projets gouvernementaux comme les retraites et la décentralisation lors de journées symboliques pour peser sur les négociations de coulisse entre les dirigeants de la Nation et les représentants légitimes de tes syndicats. On peut dire que ça fait partie du jeu social et que le citoyen que tu es ne doit pas perdre toute occasion de manifester son point de vue entre deux élections.

Mais tout de même, alors que tu es le premier à souhaiter que l’ordre règne dans les collèges et les lycées, tu as tout fait pour montrer que ton attitude ne valait guère mieux que celle des gamins qui prennent un malin plaisir à perturber la vie des classes d’élèves à qui tu dois dispenser le savoir.

Tu t’es déjà payé un ministre de l’Education de gauche, certes un peu rugueux ; tu es en passe d’en faire sauter un autre, de droite, parce qu’il t’a envoyé un livre que tu t’es permis de brûler, ce qui est un symbole qu’on n’avait plus vu depuis les beaux jours de l’Allemagne des années 35.

De surcroît, tu l’empêches de s’exprimer partout où il se déplace pour tenter de s’expliquer. C’est tout de même un Ministre de la République et la République, que je sache, tu es pour !

Tu as troublé pendant plus d’un mois la vie des établissements scolaires par des grèves à répétition en empêchant parfois leur accès pour bien marquer ton exaspération. Et tu te plains après cela de voir se développer l’absentéisme scolaire !

Pire, alors que tu le veuilles ou non, tu es un élément de l’autorité de l’Etat, dont tu réclames tant de t’abriter sous son ombre tutélaire, tu t’es permis d’empêcher dans un certain nombre d’établissements scolaires, des élèves d’accéder aux salles d’examen ; tu as bloqué des voies ferrées, des dépôts de bus, des accès au péage des autoroutes. Bref, tu t’es lancé dans une contestation radicale de l’autorité démocratique dont tu constitues un maillon essentiel au service de tous les jeunes dont tu as la charge.

Ne t’étonne pas si, à la prochaine rentrée scolaire, les conditions de ton travail empirent encore. A force d’apprendre aux élèves les méthodes de contestation de toute autorité publique, tu seras en première ligne encore plus que tu ne l’es aujourd’hui dans ta classe !

Seras-tu vraiment fier d’avoir perturbé les épreuves du baccalauréat comme tu te prépares à le faire ? Tu sais bien que tu gênes les élèves les plus fragiles qui n’ont pas leurs parents pour les aider à réviser l’ensemble des matières qui sont prévues à l’examen, ni les moyens d’acheter quelques bons ouvrages de révision ou de surfer sur le net. Quant à tes enfants, grâce à ton réseau personnel ou à une discrète inscription dans un établissement privé, je ne suis pas inquiet sur leurs capacités à franchir cette grande épreuve d’initiation avec succès.

En définitive, ton action pour améliorer le « service public de l’Education » aboutit au contraire du but escompté. Par le climat pestilentiel qu’il crée dans les établissements et les salles des professeurs, ta révolte pourrit l’atmosphère éducative de ton lycée. Or, tu le sais bien, seul un effort quotidien pour parvenir à un meilleur état d’esprit plus serein peut permettre aux élèves d’accroitre leur niveau de culture et d’éducation.

Et puis, bien que je n’y connaisse pas grand-chose, je suis confondu d’entendre tes propos sur la décentralisation qui serait synonyme de privatisation et d’inégalités.

Qui a négligé, jusqu’en 1982, les bâtiments des lycées et collèges, sauf quelques grands Etablissements de Paris et de province ? C’est l’Etat Central. Qui les a rénovés ? Ce sont les régions riches ou pauvres dans des opérations exemplaires. Qui entretient les écoles primaires ? Ce sont les communes et personne n’y trouve rien à redire.

Trouves-tu normal que tes intérêts de carrière soient gérés par un « big-brother » national sur lequel tu n’as aucune prise ? Trouves-tu correct que l’entreprise Education Nationale dépasse le million de personnes comme les pires entreprises soviétiques, sans aucune souplesse ni autonomie de gestion réelle au niveau local ?

Dans le secteur social, personne ne trouve à redire au principe de la gestion de l’aide sociale aux personnes âgées par les départements avec bien entendu des normes nationales strictes. Pourquoi ne pas prévoir des règles de fonctionnement identiques avec des règles de péréquations financières et des grandes règles légales ?

Tu te plains sans cesse des « innovations pédagogiques » sorties de ton Ministère, des programmes sur lesquels tu n’as pas prise et en même temps, tu critiques une régionalisation qui pourrait apporter autonomie et expérimentation. Alors il faudrait savoir ce que tu veux !

Et enfin, sans être méchant, avec ton niveau de diplômes et de culture, j’ai envie de te dire ceci : Si tu n’es pas content de ton boulot de professeur qu’il est difficile de faire à moitié devant des élèves vite déchaînés, quitte-le et trouves-en un autre comme je l’ai fait il y a vingt-cinq ans, lorsque, enseignant titulaire, je me suis rendu compte au bout de deux ans que l’Education nationale était un dinosaure en voie de fossilisation et qu’aucune énergie humaine n’était en mesure d’amender.

Quand je t’entends à trente ans parler de ta retraite future, je m’inquiète de ton état d’esprit et je crains pour l’avenir de mes enfants que tu es chargé d’instruire.

Les projets du gouvernement ne sont pas parfaits ; ils méritent d’être amendés sur de nombreux points, mais ils ont le mérite de prendre à bras le corps deux dossiers difficiles, celui de l’Education Nationale et des retraites, ce que n’a pas voulu faire l’équipe précédemment au pouvoir.

Je ne voudrais pas qu’ils soient retirés par ton action d’opposition systématique, et je suis même prêt le moment venue de descendre moi aussi dans la rue pour éviter leur retrait. Mais je n’ai en aucune façon envie de m’opposer aux C.R.S. en montant des barricades comme certains gauchistes qui te manipulent au gré des vents mauvais de la contestation.

Toi le conducteur RATP, le conducteur SNCF, le Postier, le Professeur de l’Education Nationale, il a fallu que tu m’en fasses voir pour que je réagisse en écrivant ce poulet un peu véhément.

Mais cette fois-ci, ça suffit. La grève, non merci ! Gréviste, laisse la démocratie représentative s’exprimer librement comme elle doit le faire au Parlement et au Gouvernement.

Tu me permettras enfin de préférer ce monde qui exige beaucoup de compétitivité tant des entreprises privées que des administrations publiques telles que celle qui t’emploie, à celui préconisé par l’extrême-gauche dont tu as tendance à suivre aveuglément les mots d’ordre.

Le collectivisme à tout va est une utopie dangereuse qui n’a jamais produit ni paix, ni richesse, ni égalité. Il n’a semé que la haine de l’autre, la pauvreté, la guerre et les inégalités les plus fantastiques qu’on ait jamais créées.

Enfin, laisse donc la France marxiste exprimer ses derniers soubresauts de colère ; regarde le monde qui bouge autour de toi, réalise que nous n’avons en France pas d’autre énergie à vendre que notre seul travail ; admets que nous ne vivons pas sur une île et qu’il nous faut vivre dans un monde ouvert pour vendre nos services et nos productions ; accepte qu’à trop prélever la richesse des entreprises pour « faire du social », elles partent à l’étranger et reprends dans ton service public la charge que tu as l’honneur d’exercer pour le compte de la collectivité.

Pense à l’avenir de nos enfants qui ne supporteront pas longtemps, et ils auront raison, ni le carcan éducatif d’une administration sclérosée par son jacobinisme pathologique, ni le poids excessif des retraites que nous risquons de leur imposer vu le grand âge qui nous est promis.

Et sois optimiste, surtout devant les jeunes ; le monde n’est pas si horrible que cela. En France, nous qui sommes issus du baby-boom, nous n’avons connu ni la guerre, ni la faim, ni l’angoisse du lendemain comme nos parents et grands-parents. Nous avons simplement à travailler pour que notre société laisse sur le bord du chemin un peu moins de monde qu’aujourd’hui, ce que comme toi, je constate et regrette.

Or, aucune grève n’a jamais produit de richesse pour parvenir à éviter la marginalisation des plus fragiles, le travail, le tien comme le mien, si.


Juin 2003 Frédéric Buffin











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