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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 19:03
Polar: de quelques crimes des temps perdus ou les enquêtes de Sidonie.



Chapitre 1) un étrange coupe-gorge.


Le dealer du square d'Anvers derrière la palissade d'un immeuble en cours de rénovation, était en pleine négociation nocturne avec ses clients . Il y en avait pour tous les types de consommateurs: crack pour les amateurs de défonce rapide; cocaïne pour les jeunes branchés; héroïne pour les amateurs de voyage en planeur; cannabis pour les petites bourses et les timides en matière de drogue. Mais jamais pour les mineurs. (Quand on vend de la dope, on a ses principes tout de même!)

Même après la proclamation de l'état d'urgence, notre "honnête commerçant" avait su préserver son fonds de commerce, malgré une présence policière renforcée. Il proposait une offre de qualité octroyée par des fournisseurs turcs à peu près réglos et la demande était intarissable. Bref son trafic illégal ne se portait pas trop mal et la hausse régulière de celui-ci ne portait pas la marque d'une croissance exponentielle qui aurait pu susciter une rivalité dangereuse entre commerçants concurrents.

Néanmoins, il discutait ferme sur les prix et parlait haut et fort derrière les planches en bois du chantier laissé libre la nuit à la circulation de toutes sortes de zonards plus ou moins fréquentables et des jeunes des beaux quartiers qui venaient s'encanailler a deux pas de Pigalle et de la Place de Clichy. C'était en quelque sorte un terrain d'aventures de nuit pour amateurs de paradis artificiels assez friqués pour éviter qu'il ne se livre à des coupes de ses produits aux effets sanitaires désastreux. Il vendait de la m... Mais c'était de la bonne!

Notre vendeur de produits illicites avait le verbe haut et ne s'en laissait pas conter face à ses compagnons de la nuit qui le trouvaient toujours trop cher. "Tu veux m'arracher le coeur de me proposer un prix aussi bas. C'est de la blanche d'Afghanistan" première qualité qui vient directement du Pan..."

Il n'eut même pas le temps de prononcer la deuxième syllabe de la célèbre vallée et de ses environs où le pavot s'épanouit si facilement sous la surveillance avisée des seigneurs de guerre et des talibans.

Sous l'oeil incrédule de son interlocuteur un grand black famélique aux deux bras meurtris par la multiplication des piqûres de seringue, le visage chafoin du margoulin marchand de mort blanche se figea.

Un carreau d'arbalète venait juste de lui traverser la gorge en lui transperçant net la trachée au niveau de la pomme d'Adam.

Embrumé par les vapeurs paralysantes de la mort qui s'emparaient si soudainement de lui, il s'effondra en silence les yeux hagards, sur son client effaré par l'issue si surprenante de ce qui ne devait être qu'une simple négociation entre gens qui savent ce que drogue veut dire.

Le client était tellement effrayés d'être couvert du sang de la gorge du dealer qui dégoulinait sur lui, qu'il n'eut même pas l'idée avant de fuir à toutes jambes, de récupérer la marchandise du défunt. "Pas la peine de prévenir la flicaille" s'était-il dit. "Ça ne m'apportera que des ennuis. De plus, mon titre de séjour est en cours de renouvellement. Je n'ai aucune envie de revenir croupir à Bamako. Il fait plus froid à Paris, mais on est plus libre de ses mouvements à l'ombre de la Tour Eiffel. Tout de même, ça devient dangereux de vivre dans la capitale d la Gaul."

Le lendemain, à l'ouverture du chantier, l'ouvrier qui le premier pénétra dans cet espace qui aurait dû normalement être interdit d'accès au public, ne put que constater le macabre spectacle de celui qui venait d'être exécuté comme aux plus belles heures de la fin du Moyen-Age. La rigidité cadavérique avait fait son oeuvre et le visage de la victime portait la marque extatique du passage soudain de la vie au trépas. Pour un peu, il aurait mérité d'être exposé au musée Grévin plus que sur un austère plateau de la morgue.

Le commissaire de l'arrondissement dit "Gros Bill" par les gens du quartier du fait d'un embonpoint prononcé, s'était déplacé en personne, étonné par la nature étrange du crime. "Le flingue dans le quartier c'est plus courant que l'arbalète pour envoyer son prochain dans l'autre monde. Quel est le malade qui a fait ça?" dit-il en examinant le cadavre à la gorge si bien traversée par le carreau fait d'une courte tige de bois entourée d'une pointe d'acier.

"À voir les barrettes de shit qu'il avait dans les poches de son manteau, il ne vendait pas que des bonbons aux gamins du quartier. Mais les règlements de compte entre "junkies", ça ne se règle pas d'habitude avec des armes du XIV ème siècle. En tout cas, il n'a pas l'air d'avoir souffert. La carotide a été tranchée nette. La blessure est franche. Le type qui a fait ça, est un sacré tireur. Guillaume Tell, pas mort!"

"Le légiste aura du boulot pour nous dire à quelle heure ce petit saligaud est mort. Ça en fait un de moins pour la brigade des stupéfiants. De toute façon, elle a du boulot dans ce fichu quartier à deux pas de Stalingrad. Au moins, ça nous sort de l'ordinaire. Les crimes à coup de balles de revolver ou au couteau à cran d'arrêt, ça commençait à m'ennuyer."

Puis Gros Bill quitta les lieux non sans avoir recommandé à ses inspecteurs présents sur les lieux de chercher dans le voisinage, l'arme du crime. "On ne sait jamais, le meurtrier aura peut-être laissé ses empreintes digitales sur l'arbalète. Allez, exécution, trouvez moi des traces de ce taré qui a fait ça. Ce dealer, ce n'était pas un saint, mais tout de même, finir comme ça, ce n'est pas un cadeau."

A suivre entre deux chroniques.

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Frédéric Buffin - dans Polar
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