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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 08:20
Polar: de quelques crimes des temps perdus. Suite

8. Scène de ménage.

Cette fois-ci, le commissaire est parvenu à convaincre sa soeur de venir à l'heure au rendez-vous qu'il lui a fixé dans son bureau. (Un peu d'autorité ne fait jamais de mal à personne.) D'emblée, il s'adresse à son enquêtrice parallèle sur un ton de reproche:

"Sidonie," dit le gros Bill, "tu peux me raconter ce que tu es allée faire au centre de santé de la rue Montholon? Tu m'as demandé de faire une recherche officielle sur le docteur Gustave Requiem et tu ne m'as même pas dit pourquoi. Je veux bien demeurer dans le brouillard pour les besoins de l'enquête, mais il y a des limites.

- C'est assez simple à comprendre, toutes les victimes de notre affaire ont fréquenté le centre de santé avant leur mort comme l'a indiqué ton inspecteur. De plus, après ma consultation médicale, j'ai fait vérifier par Roger ton inspecteur, auprès de la secrétaire administrative du centre qu'elles étaient soignées par ce docteur, ce qui était bien le cas. C'est quand même une coïncidence troublante.

- Oui je sais, Marcel Morgue le medecin légiste du coin, qui sait faire parler les morts comme pas un, m'a confirmé que non seulement les victimes étaient dominées par des pratiques addictives diverses, mais aussi qu'ils consommaient du médicament comme les enfants mangent des bonbons. Le cocktail drogues, alcool, tabac, médocs ne leur valait rien. Le toubib habitué à examiner des horreurs à l'Institut médico-légal a conclu en me disant que dans une certaine mesure, l'assassin avait abrégé leurs souffrances. Tous étaient dans l'antichambre de la mort.
Mais toi, n'as rien trouvé de plus? Une clientèle de toxicos, c'est une indication mais ce n'est pas une preuve pour découvrir celui qui a perpétré ces meurtres. Avant de mettre ces crimes sur le dos du docteur Requiem, il m'en faut un peu plus, sans compter que nous ignorons toujours le mobile.

- Si, si, je suis sûre que nous approchons du but. J'ai vu dans le cabinet médical une superbe dague du XIII ème siècle exposée au mur et Roger qui a interrogé le lendemain de ma visite, la secrétaire ascétique, s'est aperçu que dans la salle d'attente, il y avait des revues intitulées : "A la grande époque du Moyen-Age."

- Jusqu'à maintenant, proposer de telles revues à la clientèle, n'est pas plus délictuel que d'exposer Elle, Marie-Claire ou le Figaro Madame. Tu n'as rien de plus intéressant à me proposer?

- Si, frérot, je suis allée revoir les commerçants des trois magasins spécialisés dans Paris et les trois m'ont affirmé se souvenir de la venue récente d'un client à la joue balafrée qui ressemble fort à celle du docteur. C'est visiblement un collectionneur, car il se fournit régulièrement en armes de tous types qui sont typiques de la grande époque des croisades et de la guerre de Cent ans.

-Collectionner n'est pas tuer, Sidonie. Encore faudrait-il qu'on puisse trouver la collection pour placer le toubib au rang des suspects. Pour l'interroger sans l'effrayer, il va m'en falloir un peu plus. Je n'ai pas envie d'avoir son avocat sur le dos. Il va crier à l'interrogatoire arbitraire.

- Tu n'as rien trouvé d'intéressant au fichier central sur ce grand macho désagréable?

- Pas grand chose: c'est un ancien médecin militaire qui a participé à la guerre du Kosovo pour le compte de la Croix-Rouge à la fin du siècle dernier. Visiblement, il a trouvé dans l'Histoire avec un grand H un dérivatif puisqu'il est aujourd'hui President de la société des études médiévales du IX ème arrondissement dont le siège se trouve rue Milton en face de l'école élémentaire. Il habite dans un trois pièces rue de Londres tout près de la place de Budapest et mène une vie sans histoire. Pour finir, il possède à côté du célèbre château de Pierrefonds restauré par Viollet le duc en 1885, une grande résidence secondaire qu'il tient de ses parents aujourd'hui décédés.

- On pourrait peut- être y faire un tour pour voir s'il n'a pas monté dans sa résidence un musée en forme de stock d'armes blanches des temps perdus.

- Sans mandat, tu veux que j'en termine avec mon job de commissaire?

- Trouve moi plutôt un bon serrurier. Je ne vais pas perdre mon temps avec un juge qui va commencer par dire qu'il faut que je débarrasse le terrain, parce que je n'ai pas d'autre titre que celui de "soeur du commissaire". Après tout, on est en état d'urgence, la police pour enquêter a les mains plus libres qu'avant les attentats du 13 novembre 2015..

- Le respect de la loi ne t'étouffe pas Sidonie. Tu sais qu'en République, on n'entre pas comme ça chez les gens.

-Je suis pressée de découvrir le pôt aux roses. C'est tout. Et puis ce médecin chauve et balafré m'a paru bizarre avec sa façon agressive de s'en prendre à mon embonpoint. Si c'est lui qui a fait le coup, je serai ravie qu'il se fasse coffrer.

-L'intuition machophobe, c'est bien, les preuves c'est mieux Sidonie. Ce n'est pas un crime d'aimer le Moyen-Age et de soigner des malades souffrant d'addictions diverses. Et encore une fois, le mobile de ces crimes, tu le perçois? Moi, pas. Il ne dépouille même pas ceux et celle qu'il fait passer dans l'autre monde. Les tueurs désintéressés, ce sont les plus difficiles à découvrir. Celui-ci ne s'attaque qu'à des pauvres gens malades de surcroît. Il ne fait tout de même pas ça pour faire faire des économies à la Sécurité Sociale!

- Si je t'ennuie, je peux arrêter mes investigations. J'aurais un peu de temps pour commencer mon régime alimentaire.

- Bon, va pour la visite de Pierrefonds, Mais pas avant que je me fasse couvrir par le juge. Cette affaire est maintenant trop médiatisée pour que la police puisse travailler en toute discrétion. Le secret de l'instruction, c'est pour les gogos quand BFM TV parle du tueur fou du Moyen-Age tous les soirs.

Roger entre alors soudain dans le bureau du commissaire tout essoufflé pour dire: "chef, chef, par les ragots de voisinage, j'en sais un peu plus sur la vie privée du docteur Requiem et ça pourrait vous intéresser.

- Dis toujours. Sors ton scoop.

- J'ai appris par un malade qui fréquente le centre pour un suivi diabétique, que le docteur s'est récemment fâché tout rouge avec la secrétaire qui criait colle une quasi démente dans le hall d'accueil. Les murs en auraient tremblé tant ils étaient en colère tous les deux.

- Tu peux me dire le rapport entre une bonne engueulade professionnelle et nos victimes?

- Je n'en sais rien, mais j'ai appris à cette occasion que le médecin venait de changer de maîtresse en quittant celle qui gère l'administration du centre au quotidien pour s'acoquiner avec une des collègues médecins du centre arrivée récemment. D'après le témoin c'était inévitable. La première est aimable comme une porte de prison et la nouvelle doctoresse par ses sourires et ses rires met un peu de joie dans un centre à l'atmosphère plutôt lugubre. Le doc a craqué, c'est humain.

Emilie reprit:

"- Les hommes ont souvent un coeur d'artichaut. Ils cèdent au premier parfum nouveau qui passe devant leur nez. À vrai dire, je le comprends un peu. La secrétaire est un éteignoir de concupiscence qui semble rétive à toute tendresse."

- Trouvez moi des infos sur la secrétaire" conclut Gros Bill, "on ne sait jamais. En attendant notre visite à Pierrefonds, je te laisse Sidonie, j'ai un pince-fesses à la préfecture. Pour une fois que je vais quai des orfèvres pour manger des petits fours, plutôt que pour se prendre des horions, ça va me changer, même si je sais que je vais être pressé de questions par les collègues sur l'état de notre enquête sur ces crimes des temps perdus."







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Frédéric Buffin - dans Polar
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