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7 mars 2016 1 07 /03 /mars /2016 11:23
Polar de quelques crimes des temps perdus.

7) Un poignard encombrant.

Le lendemain, Sidonie " envahit" le commissariat pour interroger les inspecteurs chargés de l'enquête. Elle tombe sur Roger qui n'a pas inventé la poudre, mais qu'elle sait opiniâtre avec son côté casseur de tas de cailloux. "Il n'a pas son pareil pour trouver un gramme d'or dans le lit d'une rivière avec un simple tamis," se dit elle. "Il va bien me trouver le détail qui va bien pour nous mener sur la piste du malade qui fiche la panique dans le quartier avec ces armes d'un autre temps."


"-Dis moi Roger, tu n'as trouvé aucun point commun entre ces victimes? S'il y en avait un, nous aurions peut- être une petite chance d'avancer.
-Écoute Sidonie, j'ai peut-être une petite idée, mais ce que je vais te dire, ça peut partir en eau de boudin: tu as remarqué que la plupart des victimes souffrait plus ou moins d'addiction à la drogue, au tabac ou à l'alcool.
- Apparemment pas notre Saint-Sebastien de la Trinité?
Si, son sac était bourré de neuroleptiques à assommer un éléphant en rut. Mais je continue. Pour l'instant, sur les effets de tous ces macchabées qui ne roulaient pas sur l'or, j'ai trouvé au moins quatre tickets d'attente du dispensaire de la rue Montholon. Le dealer ne consommait pas que des bonbons à la menthe. La fumeuse devait avoir les poumons bouchés comme une cheminée à la fin de l'hiver de sorte qu'elle devait souffrir de bronchite chronique. La prostituée devait sans doute se surveiller pour éviter d'attraper la syphilis ou le sida et le transsexuel devait se bourrer de tranquillisants pour supporter son état. Quant au clochard, la fraise qu'il portait en guise de nez, démontrait à l'évidence que son foie était marqué par une cirrhose avancée. Le gros rouge qui tâche à haute dose, ça fait rarement du bien à l'organisme. Il n'avait pas de ticket sur lui, mais ca m'étonnerait qu'il n'ait jamais fréquenté la rue Montholon. C'est le repaire des alcoolos qui veulent se soigner quand il est déjà trop tard. En plus, l'hiver ça leur permet de se mettre au chaud quelques heures.
- Je vais aller faire une visite à ce dispensaire. On ne sait jamais.
-Tu sais Sidonie, n'y vas pas trop fort dans ce centre de santé. Ils accueillent toute la misère du monde. Les médecins qui y travaillent sont des gens bien. Il faut vraiment avoir le feu sacré pour fréquenter une telle clientèle qui ne sent pas toujours la rose. Ne fonce pas dedans comme un pachyderme en colère. Tu ne vas tout de même pas nous bousiller une des rares institutions sociales du quartier plus connu pour ses boîtes de nuit et ses hôtels de passe.
- Ne t'inquiète pas Roger, je vais y aller comme une simple malade. Après tout, il faut bien que je commence à soigner mon embonpoint. Je vais bien trouver un toubib du centre pour me prescrire un régime.
- Je vais appeler pour t'obtenir un rendez-vous rapidement. Je leur envoie souvent des clients qui ont besoin de soins sans qu'il soit nécessaire qu'ils aillent aux urgence. Ça ira plus vite pour ton enquête qui est aussi la nôtre. Ça serait bien que tu trouves le fou qui fait ça. Je n'ai pas envie de changer de commissaire!

Le gros Bill, il est paraît-il sur un siège éjectable avec tous ces meurtres dont on ne trouve pas le ou les auteurs. C'est la rumeur qui court. "

Vingt minutes plus tard, Sidonie se présente devant le centre de santé Montholon dont Roger lui a recommandé les thérapeutes pour leurs qualités humaines et sociales.
"Le bâtiment de trois étages aurait besoin d'un sérieux coup de ravalement," se dit-elle en y entrant par un portail métallique à la peinture défraîchie. A l'intérieur le hall d'accueil à la peinture jaune et délavée, ne donne pas vraiment envie d'y passer son temps pour attendre son tour. La moquette brune est hors d'âge et les banquettes métalliques ne sont pas confortables au point de n'éprouver aucun désir d'y poser ses fesses et de préférer demeurer debout. Rien à voir avec une clinique du XVIème arrondissement.
Quelques patients mal habillés, mal rasés aux yeux décavés et des mères avec leurs enfants braillards, achèvent de faire de ce lieu, une zone à éviter absolument. On dirait que tout est fait pour qu'une atmosphère très "médecine de la misère" règne dans ces saints lieux, pense Sidonie en tendant sa carte Vitale à la secrétaire maigre jusqu'à passer pour anorexique. Sa mine revêche et sa voix peu aimable, sont de nature à faire fuir tout client en capacité de payer le ticket modérateur dans une officine médicale ordinaire.

Sauf que dans le quartier, les médecins conventionnés sans dépassement d'honoraire, ça ne court pas les rues. Bref, le malade ne fréquente ce dispensaire que s'il ne peut pas faire autrement. On y fait la queue longtemps, l'accueil n'est pas chaleureux, on a toute chance d'attraper les maladies infectieuses des autres patients, mais au moins, c'est gratuit. Un vrai petit service d'urgence en miniature fréquenté par les seuls cas sociaux du neuvième arrondissement.

Au bout de trois quart d'heures d'attente, notre supplétive du Commissaire est appelée dans le cabinet médical. "Enfin" se dit-elle excédée par ce délai. Elle entre dans un local fraîchement repeint en vert sans doute pour calmer les patients nerveux à force de "patienter."

Le médecin est en blouse blanche avec des manchons en lustrine comme dans les années cinquante. Une vraie caricature de médecine sociale. Il téléphone sur son portable et ne la regarde même pas, semblant oublier qu'en principe le malade doit être roi comme le client. Il trône derrière un vieux bureau métallique comme on n'en voit même plus dans les caisses de sécurité sociale. "Faire pauvre semble être la règle d'or de ce centre de santé" pense tout haut Sidonie. "A ce niveau, ce n'est plus un principe, c'est une philosophie et un projet d'entreprise."

Au bout de quelques longues minutes, le thérapeute, un grand gaillard athlétique complètement chauve et dont la joue gauche est marquée par une cicatrice peu esthétique, daigne enfin raccrocher. Il regarde Sidonie fixement avec ses yeux bleu acier presqu'effrayants et daigne enfin lui adresser la parole:
"- Docteur Requiem pour vous servir. Vous venez me voir pour quoi ma petite dame?
- " Je ne suis pas une petite dame, mais je suis trop grosse et j'ai une varice à la jambe droite qui me fait mal " lui répond-elle, amusée par le nom du medecin qui conviendrait mieux à un agent des pompes funèbres qu'à un disciple d'Esculape.
- Ça j'avais remarqué que vous n'étiez pas maigre. Vous êtes même franchement forte. Pas de diabète?
- À ma connaissance non" fit-elle estomaquée par la familiarité du toubib.
- "Mettez vous sur la balance qui est derrière vous, je voudrais connaître votre poids."
Touchée par sa délicatesse, elle se retourne pour mesurer sa masse corporelle et se fige sur l'instrument de mesure quand elle aperçoit une dague de bonne taille accrochée au mur en guise de décoration.
Comme son regard ne décroche pas de cette arme blanche qui lui fait face et qui semble lui donner une solide piste pour son enquête criminelle, le docteur Requiem la rappelle à l'ordre: "Bon, vous n'allez pas y passer une heure sur cette balance. Vous allez finir par me la casser. Vous pesez combien.?
- 90 kilos.
- Continuez à manger n'importe quoi et vous atteindrez bientôt le quintal" lui dit-il sur un ton péremptoire. Je suis sûr que vous préférez les pommes de terre aux carottes et la charcuterie bien grasse au poisson. Dans votre cas, il vaut mieux éviter le beurre, le coca et le Nutella.

Sidonie qui n'a pourtant pas la langue dans sa poche, éprouve une sérieuse envie de "claquer le beignet" à ce goujat qui traite ses patients de façon d'autant plus irrespectueuse, qu'ils sont présupposés être de condition modeste voire misérable. Elle n'en fait rien pour ne pas l'effaroucher dans l'intérêt de l'enquête et joue à la patiente soumise devant l'autorité médicale. Elle récupère des mains du docteur, la énième ordonnance où figurent un traitement au daflon, une cure d'amaigrissement, une glycémie et un régime sans sel. "Au moins, il ne me propose pas de traitement miracle propre à me déglinguer la santé, ce mufle".
Elle quitte le centre de santé contente de sa visite. "Ce poignard en guise de décoration, c'est tout de même un indice. Quant à ce goujat de medecin, si méprisant vis à vis de ses patients, je vais demander à Bill s'il ne figure pas dans un fichier de la police. On ne sait jamais. Il a peut- être fait un voyage dans le temps comme Blake et Mortimer dans le piège diabolique. Ça doit être traumatisant de se retrouver en pleine guerre de cent ans comme dans la B.D.! Il y a de quoi devenir fou."

" Il me reste à retourner dans les trois magasins pour vérifier si l'un d'eux ne vend pas des flèches à l'empennage marqué de fleurs de lys comme je l'ai vu sur ce malheureux transsexuel. On pourra peut-être me dire au passage si notre médecin balafré figure au nombre de leurs clients. Après tout avec un nom pareil, il est prédestiné pour faire un parfait assassin.
Si c'est lui le coupable, il va falloir que j'arrive à comprendre pourquoi un médecin qui a prononcé le serment d'Hippocrate, soigne ses patients le jour, pour les faire passer dans l'autre monde la nuit, et en sus avec des armes d'un autre temps. En général, les tueurs en série officient avec le même engin de mort. Dans notre affaire, ce sont des ustensiles différents d'une même époque mais tout aussi efficaces pour envoyer ses congénères "ad patres". Et pourquoi s'en prendre à des paumés du quartier en mauvais état de santé? C'est vraiment une étrange enquêteque doit résoudre mon frérot. Heureusement que sa grande soeur se décarcasse"

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Frédéric Buffin - dans Polar
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