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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 19:27
Polar: fin de quelques crimes des temps perdus.

13. Épilogue: meurtres sur ordonnance.

En pleine nuit, Bill appelle sa soeur qui proteste: "Qu'y a t-il encore Bill pour que tu me téléphones à deux heures du matin? C'est pour me dire que Claudine, sur mes conseils, s'est mise à table et a tout déballé à ton inspectrice de choc pendant l'interrogatoire?

- Oui, mais pas seulement. D'abord, à tout hasard, j'ai fait vérifier les dernières opérations bancaires du docteur Requiem. L'inspecteur qui a récupéré les données s'est aperçu que la veille de chaque meurtre, il s'était fait remettre par son banquier 10 000 euros en liquide. 50000 euros, ce n'est pas une somme mais tout de même, c'est plus de la moitié de ma paye en une année.

- Il jouait peut-être dans un cercle de jeux parisien? Tu sais bien que quand des personnes sont sujettes à une addiction aux jeux de hasard, elles sont capables de se ruiner en une ou plusieurs nuits.

- Non, à mon avis ces dépenses sont directement liées aux meurtres et je vais te dire pourquoi. Tu sais que le jour de la mort du docteur, j'avais trouvé l'un des patients pas très net et j'avais récupéré ses coordonnées, histoire de l'interroger en cas de besoin. Il s'appelle Raoul Marqués et il habite rue Lefebvre tout à côté du métro Saint Georges.

- J'ai fait faire une enquête sur lui, et bingo, j'ai récupéré des informations plus qu'intéressantes à son sujet. Ce sympathique garçon a été militaire de carrière et a fait partie de l'unité qu'a commandée le docteur quand il était officier dans les commandos. Sur sa fiche médicale, il est écrit qu'il venait consulter régulièrement au centre et toujours avec le docteur Requiem. Il se sera disputé avec lui et pour finir, lui aura lancé en plein coeur la dague qui servait d'objet de décoration sur le mur.

- A mon avis, frérot, encore une fois, tu n'y es pas du tout. Et même tu n'as rien compris.

- Trop aimable. Pourquoi me dis-tu ça ?

- C'est tout simple : ta version laisse supposer que c'est le medecin qui a perpétré tous ces crimes. Et dans ce cas, tu ne trouveras jamais pourquoi il a sorti du liquide à cinq reprises, quelques heures avant chaque crime.

- Et quelle est ton hypothèse, madame qui sait tout et qui trouve tout?

- Bon sang, mais c'est bien sûr, comme dans l'émission "les cinq dernières minutes". Le commanditaire et le fournisseur d'armes , c'est le docteur comme nous l'a confessé Claudine avec horreur, et l'exécutant, c'est Raoul contre rémunération. A 10000 euros le crime quasiment rituel, c'est tout de même un bon moyen de booster son compte en banque que tu ferais bien de faire vérifier au plus vite.

- Et la mort du docteur?

- "Je ne sais pas" dit Sidonie, "il suffit que Raoul lui ait demandé une rallonge pour ne pas révéler le pot aux roses et que ce dernier lui aura refusée. Pour vérifier tout ça, tu n'as qu'à le boucler très vite, s'il ne s'est pas encore enfui en pressentant que ça sentait le roussi.

- Sidonie, encore une fois, tu as plus qu'éclairé ma lanterne, je passe te prendre et nous allons rue Lefebvre arrêter ce sympathique garçon avec des spécialistes bien protégés et bien armés de la brigade de recherche et d'intervention. On ne sait jamais, ce genre de type est peut-être prêt à résister à un siège en armure ou à lancer de la poix brûlante et des boulets de pierre sur ses assaillants. Attention aux psychopathes, même s'ils proviennent du XIIIème ou du XIV ème siècle."

Trente minutes plus tard, Bill et Sidonie parviennent jusqu'à l'immeuble de la rue Lefebvre où réside habituellement Raoul Marquès. L'officier de la BRI donne bientôt l'ordre d'investir le deuxième étage. La porte blindée de l'appartement est ouverte à l'aide d'un bélier et les membres de la brigade aperçoivent dans la pénombre le corps sans vie du suspect dont le ventre est traversé par une dague à la lame impressionnante comme celles des samouraïs quand ils se font hara-kiri.

Un des policiers trouve à ses pieds une enveloppe tachée de sang qu'il communique au commissaire. Celui-ci trop impatient de connaître les dessous de cette étrange affaire, saisit la lettre et commence à la lire sans empêcher Sidonie d'en saisir le contenu derrière son dos:

" Monsieur le juge,

Aujourd'hui 25 février, je préfère mettre fin à mes jours que d'affronter le regard du jury, mais surtout de vivre avec ces meurtres d'un autre temps que j'ai sur la conscience. Quand nous étions en opération, mes camarades et moi, pour affronter l'ennemi que nous avait désigné le commandant Requiem, je n'ai eu aucun regret d'envoyer dans l'autre monde des cibles humaines que la raison d'armée m'avait commandé d'éliminer. J'étais alors un soldat fier d'accomplir son devoir jusqu'à tuer.

Aussi, quand le docteur Requiem m'a proposé de mettre fin aux jours des victimes qu'il m'avait désignées sans me dire auparavant qu'elles étaient des malades au même titre que moi qui fréquentais régulièrement le centre de santé, en échange d'une rémunération destinée à régler mes dettes de jeux, j'ai pensé que je serais toujours empreint de la même désinvolture devant la mort et ce d'autant plus que les armes utilisées avaient l'immense avantage d'être silencieuses.

Mais ce n'est pas ce qui s'est passé, du moins pour la dernière victime. Quand je me suis aperçu que celui ou celle que je venais de transpercer de plusieurs flèches acérées, était le patient qui, dans la file d'attente, était juste devant moi, j'ai compris que le docteur Requiem avait décidé de s'en prendre à ses malades et que j'étais donc complice de sa folie.

Il m'avait persuadé en effet que les personnes à éliminer avaient commis des fautes impardonnables au regard de la justice et qu'il convenait par un traitement radical qu'elles payent leur dette à la société. Jamais je n'aurais pu imaginer en commettant ces meurtres que j'avais mis fin à la vie de simples malades innocents. Coûter cher à la secu n'est tout de même un crime. Les contrôleurs URSSAF sont rudes, mais tout de même.

Quand je suis allé le voir et que je lui ai demandé des explications, il m'a simplement répondu qu'il n'avait rien à me dire et que comme Judas, j'avais perçu les deniers de la mise à mort de cinq personnes. En quelque sorte, je n'avais plus qu'à me taire et à vivre avec ces morts sur la conscience. Et je devais être bienheureux de ne pas terminer en prison le reste de mes jours.

Face à l'ex-officier inflexible qui venait de retrouver son autorité d'antan, je n'ai pu rien objecter, comme si j'étais redevenu simple soldat. Et c'est quand j'ai tourné les talons que j'ai aperçu la dague accrochée au mur. D'un seul coup, une folie homicide s'est emparée de moi. J'ai sorti l'arme de son fourreau, je me suis retourné et comme dans les opérations de commando où j'avais excellé et les meurtres récents que j'avais commis, je l'ai lancée sur le docteur Requiem qui l'a reçue en plein coeur. Je suis parti tout de suite après comme si de rien n'était, croisant simplement la secrétaire du centre de santé qui venait de l'arrière de l'immeuble.

Depuis ce jour, ma vie est devenue insupportable. Je ne dors plus au souvenir des victimes que j'ai tuées avec des armes excentriques mais redoutables. Chaque heure , chaque minute de la nuit, je me dis qu'au bout du compte, je n'aurai été qu'un misérable tueur et ce sentiment m'est insupportable

Et comme je crains que la secrétaire du centre ne m'ait dénoncé, je sais que je serai tôt ou tard arrêté. Devenir grâce à la Presse, l'assassin du neuvième arrondissement, le monstre froid du Moyen-Age, le soldat dévoyé par un médecin fou, m'est impossible. Je préfère mettre fin à mes jours par respect pour mes victimes et pour abréger les souffrances morales qui m'accablent.

Quant à la société, Monsieur le juge, elle me remerciera d'avoir mis fin à la vie d'un monstre et d'avoir permis d'économiser des frais de procès. J'espère simplement que dans mon cercueil, je n'aurai pas à vivre l'épreuve du frère d'Abel condamné au remords éternel, racontée par Victor Hugo dans la légende des siècles que j'ai apprise en classe de sixième et dont je me souviens au seuil de ma mort: "L'œil était dans la tombe et regardait Caïn."

Adieu!"

Sidonie ne peut s'empêcher de dire à son frère: "ce n'était pas un enfant de chœur, mais sa mort a du style".

- Style ou pas, Sidonie, au moins, cette affaire est terminée et la pression va baisser du côté du quai des Orfèvres. Avec un peu de chance, j'aurai droit à une médaille pour avoir résolu cette affaire.

- Merci qui pour avoir débloqué la parole de Claudine et découvert le vrai tueur fou du Moyen-Age?

- Ne te vante pas Sidonie, Sinon, je ne t'appellerai plus pour la prochaine affaire.

- Gros menteur Bill, tu ne peux pas te passer de moi et de mon intuition féminine.

-Tu m'énerves à la fin.

Je sais. A la prochaine."

Fin.

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Frédéric Buffin - dans Polar
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