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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 09:44
Polar suite: de quelques crimes des temps perdus.

9) Un arsenal impressionnant.


Le surlendemain Sidonie et Bill qui a obtenu un mandat du juge d'instruction sans trop de peine à cause de l'émotion populaire engendrée par ces meurtres à l'arme blanche à répétition, partent pour Pierrefonds. Ils sont bien décidés à fouiller la résidence secondaire du docteur Requiem de fond en comble pour trouver les indices dont ils ont besoin pour confondre le criminel.

Après tout, l'un des plus célèbres d'entre eux qui avait tué des candidats et des candidates à l'exil en Amérique du Sud pendant la deuxième guerre mondiale, le sieur Petiot, était bien médecin. Pourquoi pas le docteur Requiem? Même les porteurs de stéthoscope peuvent devenir dingues.

Pour faire un travail d'intrusion bien propre, il sont accompagnés par le serrurier agréé par la préfecture qui de plus, va leur servir de témoin, ce qui ne gâche rien. "Le code de procédure pénale, ça se respecte, n'en déplaise à Sidonie," se dit le commissaire en silence de peur d'agacer sa soeur.

Après les embouteillages classiques de la sortie de Paris sur l'autoroute A1 qu'ils empruntent dans une voiture banalisée sans gyrophare, ils atteignent Senlis, puis ils bifurquent sur Crépy en Valois; ils se dirigent cap au nord vers la forêt domaniale de Compiègne et prennent sur la droite la première route départementale qui les mène directement jusqu'à l'imposant château de Pierrefonds si cher à Viollet le Duc.

"On dit que celui qui fut longtemps le chou-chou de Prosper Mérimée a pris des libertés avec le vrai Moyen-Age," dit Sidonie, mais sans lui les pierres de ce chateau auraient servi de matériaux de construction pour les bâtiments du coin. Sauf que Prosper le conservateur en chef des monuments historiques sous le second empire, à commencer par Notre Dame de Paris, n'est pour rien dans la restauration de ce monument puisqu'il est mort en 1870 et que les travaux de restauration n'ont commencé qu'après sa mort pour s'achever en 1885.

Bougon, son frère se contente de lui répondre: "Sidonie, tu es gentille, néanmoins, on n'est pas venus dans ce trou à rats pour faire du tourisme historique et culturel, mais pour démasquer un meurtrier." Du tac au tac, elle lui rétorque: "je sais que ce n'est pas votre fort dans la police, mais un peu de culture n'a jamais fait de mal à personne." Et Bill se tait pour éviter que le ton de la conversation ne monte inutilement. Les auxiliaires de police bénévoles et compétents, comme sa soeur, ça ne courent pas les rues.

Dans le gros bourg, ils cherchent un moment la maison qui sert de résidence secondaire du docteur Requiem sans pouvoir la trouver. Mais grâce aus renseignements d'un "naturel du pays", ils finissent par trouver à l'écart du village une bâtisse imposante dont la boîte aux lettres désigne sans erreur possible le nom de son propriétaire et ce d'autant plus qu'elle est décorée d'un caducée.

La serrure du portail et celle de la porte d'entrée ne résistent pas longtemps au sollicitations du serrurier très professionnel, ce qui leur permet d'entrer directement dans un grand vestibule. Nos visiteurs intrus sont transportés d'emblée dans une autre époque, celle de Saint Louis, Philippe Le Bel ou Charles VII. Les murs sont couverts de tentures et les sols de tapisseries médiévales. Un massacre de cerf accroché au mur, parachève cette décoration d'un autre temps. S'il n'y avait pas des ampoules électriques au bout des candélabres qui permettent d'éclairer la pièce, on se croirait en plein Moyen-Age.

Les autres pièces du rez de chaussée sont à peu près du même acabit. Une grande cheminée à l'ancienne orne le salon meublé d'une grande table de chêne massif et de chaises rustiques. La cuisine détonne par son réfrigérateur et son imposante cuisinière à gaz. Mais une nature morte avec une coupe de raisin, quelques pommes et deux lièvres pendus à un croc de boucher, ainsi qu'un jambon et quelques saucissons accrochés à un clou, montrent l'attachement du maître des lieux à la nourriture d'antan.

Il ne manque en quelque sorte plus que les costumes d'époque pour que Sidonie se prenne pour une princesse et Bill pour un seigneur.
"Je vais voir ce qu'il y a au premier étage", dit-elle en empruntant l'escalier. Le petit musée est peut-être là-haut."
"Bingo" s'exclame-t-elle après être parvenue sur le palier qui done sur plusieurs chambres. Ce sont plutôt des salles puisque chacune porte un nom bien précis: la première porte le nom de "salle des armes de jet. Une fois la porte franchie, Sidonie aperçoit soigneusement accrochés au mur une dizaine d'arcs et cinq arbalètes étiquetés de façon qu'on en connaisse l'origine. Dans un magasin sont rangés des dizaines de flèches et de carreaux d'arbalète et pour finir des frondes en cuir ou en chanvre avec leurs pierres meurtrières qui sont exposées dans une vitrine, afin sans doute qu'elles soient protégées de la poussière. Au fond de la salle figure, un tableau du XIX ème siècle, qui dépeint la conquête de Jérusalem par les armées franques.
Une fois cette salle visitée, elle entre dans une autre pièce qui a pour nom "la salle des massues." Une centaine de masses d'armes impressionnantes sont accrochées au mur. Certaines sont en bois avec une chaîne et une boule de fonte ou de bronze à leur extrémité. D'autres sont entièrement en métal avec des pointes acérées. D'autres encore, d'une taille impressionnante, sont munies de lames de hache pour mieux blesser l'adversaire. Comme dans la première salle, un tableau de siège de chateau-fort datant probablement de la même époque, représente un chevalier en train de massacrer avec un énorme casse-tête, un soudard qui tente de le faire tomber de sa monture. Un troisième espace désigné "salle des épées" renferme dans des belles vitrines, de dagues, de coutelas, de sabres, de glaives, de cimeterres de toute nature. Des étiquettes en indiquent la date de fabrication probable et l'origine. Les plus grands noms des arsenaux médiévaux y figurent: York en Angleterre, Tolède en Espagne, Solingen en Germanie, Saint-Germain en Laye en France etc. Une fois encore, un tableau fixé au mur, dépeint un seigneur au combat en train d'embrocher son rival sans pitié.

Comme quoi le héros de "pourquoi j'ai mangé mon père" qui redoutait la prolifération des armes mises au point par son géniteur trop inventif , n'a pas fait d'émules.
"Il y a de quoi soutenir un siège et d'envoyer dans l'autre monde des dizaines de nos congénères " dit-elle à son frère parvenu à l'étage." Il ne manque plus qu'une catapulte, un tonneau de poix brûlante et des figurants pour monter un film de siège de château fort."

-"Sidonie, je crois que tu as raison, répondit le commissaire, ça vaut peut-être le coup d'interroger le docteur Requiem que le Moyen-Age semble passionner plus que la médecine. J'ai l'impression qu'il dépense tout son argent de poche pour acquérir toutes ces armes des temps perdus et que peut-être elles ne sont pas perdues pour tout le monde ou pour ses victimes.

Un appel téléphonique l'interrompt soudain. Il sort son mobile et le met à son oreille. "Comment vas-tu Roger, quoi de neuf à Paris?" Son inspecteur bien-aimé lui tient des propos que Sidonie n'entend pas, mais qui semblent mettre son frère dans un état de sidération avancée.

Elle le voit en effet blêmir au point de devenir blanc comme un linge et de s'affaisser lourdement sur une chaise qui se trouve fort opportunément sur le pallier, comme accablé par la nouvelle qu'il vient d'apprendre. Après avoir repris son souffle, il se ressaisit et dit à Sidonie:
"Onrentre à Paris tout de suite, on a un nouveau mort sur les bras et pas n'importe lequel."
- "On connaît la victime ou c'est encore un quidam pauvre et malade ?" Demande Sidonie.
- "C'est le docteur Requiem, on ne risque plus de l'interroger, il repose en paix si je puis dire, avec une dague en plein coeur."
- "Pas possible! Suicide?"
- "On ne sait pas encore. Sa nouvelle collègue, et accessoirement sa nouvelle maitresse, qui venait le chercher pour le déjeuner de midi, l'a retrouvé baignant dans son sang. Il était déjà sans vie quand elle l'a trouvé dans cet état. Marcel le collègue de Roger qui était de service, a bouclé le centre de santé où il y avait encore du monde bien que les douze de coups de midi aient sonné depuis un moment. Personne ne peut sortir tant que je ne serai pas sur les lieux. On ne sait jamais. Tous les patients du centre de santé ne sont pas des anges. Il peut s'être battu avec l'un d'entre eux qui l'aura trucidé dans un accès de fureur.
- Et la secrétaire acariâtre, elle fait partie du lot des personnes présentes dans le centre de santé au moment du décès du doc?
-Non, Roger m'a dit qu'elle est en RTT.
-Et...
-Sidonie, tu poseras tes questions à Roger et à Marcel; ce sont de bons inspecteurs. Pour l'instant, il faut rentrer dare-dare. La visite du musée bis de Pierrefonds, c'est terminé pour cette fois-ci. Mais franchement je commence à en avoir ma claque des crimes à l'arme blanche. En attendant nous avons un mort de plus, mais pas forcément un suspect de moins! Le doc, il était peut-être dans le coup."












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Frédéric Buffin - dans Polar
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