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10 mars 2016 4 10 /03 /mars /2016 07:59
Polar suite: de quelques crimes des temps perdus.

10) La tragédie d'un coeur d'artichaut.


Bill et Sidonie prennent la voiture. Cette fois-ci, ils mettent le gyrophare et multiplient les excès de vitesse de Pierrefonds jusqu'à Paris pour se rendre le plus vite possible au centre de santé mortifère.

"Comme publicité pour le centre de santé, il n'y a pas mieux" se dit Sidonie. "L'établissement avec ses murs défraîchis ne donnait déjà pas très envie. Alors qu'est-ce que ça va être avec le bruit genéré par la mort d'un de ses médecins."

Arrivés sur place, après avoir traversé la foule des badauds du quartier qui se sont agglutinés rue Montholon, le commissaire et sa soeur franchissent la barrière de police, pénètrent dans les locaux et montent jusqu'au premier étage où se trouve le cabinet médical, théâtre du nouveau drame qui secoue le quartier. Ils y trouvent à côté de Marcel et Roger les deux inspecteurs, le docteur Morgue, préposé aux constatations légales, (ça ne s'invente pas), en train de s'affairer autour du défunt:

"Le malheureux s'est bien arrangé. Il s'est enfoncé la lame de sa dague d'au moins quinze centimètres. Ça n'a pas fait un pli, il est mort sur le coup. Le collègue ne s'est pas raté! Il a dû en avoir marre de soigner les vivants, alors que moi, je ne me lasse pas de m'occuper des défunts qui ont l'avantage d'être toujours très calmes.

- Vous êtes sûr que c'est un suicide," lui demande Sidonie.

- On ne peut jamais jurer de rien. Mais tous les signes d'une autolyse sont bien présents. La seule chose qui me retiendrait pour conclure rapidement, c'est qu'aucune lettre d'explication n'a été trouvée sur place. Mais telle que je vous connais avec vos qualités de fouineuse invétérée, vous allez bien finir par en trouver une à son domicile.

Il paraît que ces derniers temps, m'a dit l'inspecteur Roger, le docteur Requiem avait une vie sentimentale agitée. Il en a peut-être eu assez d'être sommé de choisir entre ses maîtresses. Ou peut-être a-t-il été traumatisé d'apprendre que plusieurs de ses malades ont été assassinés à l'arme blanche.

- Docteur, un bon lanceur de couteaux pourrait-il tuer un homme à trois mètres de distance?" lui demande encore Sidonie.

- Tout est possible Sidonie, mais si c'est le cas, le tireur a fait montre d'une grande précision et d'une grande puissance. La lame de cette dague est très effilée mais tout de même, il y a des limites à la force humaine. A moins que le ou la coupable ne soit très familière du maniement de telles armes. Je vais tout de même vérifier si sur les vêtements du docteur, je ne trouve pas des traces d'autres tissus non décelables à l'œil nu ou de matière biologique dont l'ADN ne correspondrait pas au sien. Si c'est le cas, ça signifierait qu'il y avait une présence au moment ou immédiatement après le décès. On ne sait jamais."

Bill et Sidonie abandonnent le médecin légiste à ses macabres investigations pour interroger les témoins présents au moment du drame. Ils prennent leurs coordonnées sans être vraiment sûrs de l'utilité de la récupération d'informations sur de tels témoins. Tous les patients présents sont plutôt des paumés qui n'ont pas visiblement la tête de meurtrier.

Un seul paraît digne d'intérêt. C'est un grand gaillard assez agressif qui vient chercher au centre médical sa dose mensuelle de Lexomil pour trouver la sérénité. "Il n'est pas net ce client," se dit le gros Bill en le laissant partir.

De retour au commissariat, Sidonie demande à Roger, s'il en connaît un peu plus sur la secrétaire administrative du centre. "Elle s'appelle Claudine Darmon", lui répond-il "et en fouillant bien, j'ai constaté que sa vie n'avait pas été un long fleuve tranquille.

- Tu peux m'en dire un peu plus sur elle, avant qu'on ne la fasse venir pour l'interroger," lui demande le commissaire devant sa soeur.

"D'abord, elle a vécu un drame dans son enfance. Elle a perdu ses deux parents dans un accident de voiture quand elle avait douze ans. Quand on vit un drame pareil dans sa vie, on ne doit pas avoir le coeur à la rigolade. Elle a eu la chance d'avoir été recueillie par sa grand-mère qui habitait avenue Trudaine. Elle était gardienne d'immeuble et vivait dans un petit logement. Claudine a suivi une scolarité normale au lycée Chaptal où elle a passé le bac, sans histoire. Mais comme sa grand-mère est tombée malade quand elle avait dix huit ans, elle a dû abandonner ses études faute de ressources. Quelques temps après, celle qui l'avait recueillie, est décédée.

De petits boulots en petits boulots, elle a pu suivre des études de secrétariat au cours Pigier qui lui ont permis d'obtenir ce poste de secrétaire au centre de santé où elle est en poste depuis vingt ans.

- Elle aurait dû être contente de son sort," dit Sidonie, "elle dispose d'un CDI et dans ce centre, elle ne risque pas de tomber au chômage. Il y a du boulot et vu la clientèle, il y en aura toujours.

- Laisse moi terminer Sidonie," dit Roger. "Tu ne sais pas encore tout. Il y a une quinzaine d'années, elle avait trouvé un chéri qui disposait d'une situation en or. Il était directeur d'agence à la banque d'à côté. Il paraît qu'à cette époque, m'on dit les anciens du quartier, elle avait retrouvé le sourire. Seulement, ça n'a pas duré, parce qu' à l'occasion d'une mutation professionnelle, son amant s'est fâché avec elle et l'a larguée.

En prime, il lui avait laissé un petit cadeau de départ. Elle était enceinte. Elle aurait pu se consoler d'attendre un enfant conçu dans les délices de l'amour, mais la malheureuse a fait quelques semaines plus tard, une fausse couche. Et dans la foulée, elle a fait une énorme déprime qui lui a valu trois mois de séjour à l'hôpital psychiatrique de Sainte Anne. Pour une fois qu'elle passait sur la rive gauche, ce n'était pas pour un lieu de plaisir!

A sa sortie, Claudine calmée aux anxiolytiques et aux psychotropes, n'était plus tout à fait la même personne. Celle que les gens du quartier avaient connu plutôt ouverte et aimable, malgré ses malheurs, ne l'ont plus reconnue. Elle était devenue triste, acariâtre et presque méchante à la moindre contrariété, incapable de sourire et agressive dés qu'au centre, les patients ne présentaient pas leurs papiers de Secu comme il fallait.

- Et avec le docteur Requiem, Comment ça s'est passé?

- Il est arrivé au centre, il y a cinq ans. Au début, Claudine était comme avec les autres médecins, tendue, désagréable, comme si elle ne pouvait pas supporter de travailler avec des hommes qui n'étaient que des copies de celui qui l'avait lâchée pour sa carrière professionnelle. Mais petit à petit, le docteur Requiem a su l'apprivoiser. Il était bien fait, sa calvitie lui conférait de l'autorité et sans doute sa maturité de quarantenaire lui avait permis de résister aux coups de griffes de Claudine.

Enfin, les voies du coeur sont impénétrables puisqu'il en a fait assez vite sa maîtresse jusqu'à l'an dernier. Bien qu'ils n'habitent pas au même endroit, il emmenait Claudine partout où il pouvait: dans ses soirées du club médiéval du 9ème arrondissement, dans son manoir de Pierrefonds et aussi dans son club d'armes anciennes du vieux Senlis. Pour un peu, les habitués du centre, trouvaient qu'elle était presque redevenue aimable, jusqu'à ce que tout change au mois de mai.

- C'est quoi ce club d'armes anciennes?

- C'est un club, où des amateurs s'amusent à lancer des projectiles avec des armes du moyen-âge. C'est une bande de foldingues qui s'amusent à organiser des concours de lancer de flèches, de carreaux d'arbalète, de couteaux, de massues et des haches qu'ils projettent sur des cibles en forme de soldats du Moyen-Age. Il y a même des lancers de fronde. Il faut vraiment avoir un grain pour faire ça.

Chaque année, ils organisent une grande fête en costume d'époque. J'y suis allé une fois, parce que j'avais reçu une invitation. On y trouve, la fine fleur des nobliaux de la région très genre "fin de race". La dernière fois, les organisateurs ont monté un spectacle avec un tournoi à la Henry II avec des chevaux, des armures et des lances. C'était très réussi. Il ne manquerait qu'une chasse aux cerfs pour que la fête soit complète.

- Il faut de tout pour faire un monde et notre tueur fait peut-être partie de ce club. Et que s'est-il passé au mois de mai, comme tu me l'as dit tout à l'heure?

- L'an dernier, le directeur du centre de santé à reçu l'ordre de la Mairie de Paris son premier financeur après la Sécu, de féminiser le recrutement du corps medical. Comme dans la clientèle il y a une forte proportion de femmes maghrébines qui rechignent à se faire soigner par des médecins en pantalon, le calcul n'était pas tout à fait idiot pour conserver une patientelle suffisante. En plus, en ces temps de glorification de la parité hommes-femmes, c'est dans l'air du temps. C'est à ce moment là qu'est arrivée Josie.

- Qui est-ce?

- Josie, c'est la doctoresse qui a remplacé le vieux docteur Poiraud au mois de mars de l'an dernier. Je ne sais pas si le directeur, l'a recrutée au sex-appeal, mais Josie, c'est non seulement un bon medecin aux dire de ses patients, mais c'est une vraie bombe dotée d'une poitrine de rêve et de deux yeux de braise, propres à ranimer un vieux moine en fin de vie.

Son charme est d'autant plus redoutable qu'elle est souriante et attirante sans être aguicheuse. Une vraie sirène tombée au hasard dans ces locaux à l'atmosphère lugubre. Face à cette splendide représentante de l'espèce du genre féminin qui avait dix ans de moins qu'elle, Claudine qui venait d'atteindre les quarante ans n'a pas fait longtemps le poids aux côtés du docteur Requiem.

Il n'a pas fallu trois mois au docteur Requiem pour se détourner de celle-ci et goûter une chair plus fraîche et surtout plus aimable et souriante. Bref, notre malheureuse secrétaire, s'est fait larguer une deuxième fois remplacée dans le coeur d'artichaut du toubib par Josie.

- D'où la récente scène orageuse entre Claudine et le docteur Requiem dont tu m'as parlé.

- Exactement." conclut l'inspecteur.

- Dis moi, Bill, dit Sidonie, ça commence à sentir bon le crime passionnel, cette affaire?

-Pour le docteur d'accord, si le légiste quand il aura terminé ses investigations, exclut la thèse du suicide, mais il reste les autres meurtres qui pour l'instant demeurent inexpliqués.

- J'ai ma petite idée, mais je crois qu'avant toute chose, ce serait bien d'interroger Claudine.

- Elle est introuvable. Elle n'est pas chez elle, rue de la tour d'Auvergne.

- Ça c'est plutôt bon signe pour notre enquête. Ça signifie qu'elle ne se sent pas les fesses toutes propres. Tu dois avoir assez d'indics dans le quartier pour la trouver.

- Ça ne va pas être facile," dit l'inspecteur. "Claudine à part sa maigreur, dispose d'un physique ordinaire. Elle est difficilement repérable. Elle est presque grise et se confond avec les murs. Elle peut très bien avoir quitté le Paris.

-"Ça m'étonnerait," dit Sidonie . "Quand on vit depuis l'enfance dans le même quartier, on ne le quitte pas aussi facilement. J'en ai l'int...

- "Ton intuition, je me la mets où je pense Sidonie," lui répondit le gros Bill agacé. " Je fais diffuser un avis de recherche avec sa photo, ça sera plus sûr. Sept morts, sur fond d'ordonnances médicales, ça commence vraiment à faire beaucoup."














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Frédéric Buffin - dans Polar
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