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11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 08:53
Polar suite de quelques crimes des temps perdus.

11) Une anguille électrique dans la nasse.

Après ce dernier événement dramatique, le samedi et la journée du dimanche se déroulent sans autre épisode que la perquisition du domicile de Claudine, la secrétaire en fuite. Malheureusement, les deux inspecteurs dépêchés par Gros Bill, ne trouvent rien d'autre comme arme qu'un coupe papier décoré d'une fleur de lys. Pas de quoi tuer son prochain avec un tel outil tranchant!

Ils y trouvent aussi sur un petit bureau directoire quelques photos de Claudine et sa grand-mère. Ils en dénichent une autre où elle se trouve avec feu le docteur Requiem déchirée dans une corbeille à papier. Ils allument un ordinateur dont ils constatent que les données ont été vidées. Pas de cahier décrivant ses mémoires, pas de journal de coeur; pas de planification écrite de meurtres en série. "Ça aurait été trop facile" se disent-ils entre eux.

Le seul détail intéressant qu'ils ont repérés, ce sont les diplômes de divers concours de lancer d'armes que Claudine a obtenus lors des fêtes de Senlis. Un mur de sa chambre en est presque tapissé, ce qui démontre son habileté au tir. À part cette décoration bien instructive, la disparue a tout d'une secrétaire normale et sans autre histoire que ses récents démêlées sentimentau.

Le dimanche soir, toutefois, Gros Bill est appelé par l'agent de service à se rendre d'urgence au commissariat. Le coeur battant, en bon patron toujours sur la brèche, il s'y rend immédiatement pour aller aux nouvelles, en espérant qu'un nouveau drame ne s'est pas produit. Arrivé sur les lieux, il n'a même pas le temps de passer aux questions d'usage sur les dernières tuiles de la maison.

"Commissaire, commissaire," dit le policier en tenue tout excité, "Lucien et moi nous avons retrouvé votre protégée qui figure sur l'avis de recherche que vous avez lancé il y a quarante huit heures et nous l'avons même embarquée jusqu'au poste.

Mais elle s'est débattue comme une diablesse. Elle a voulu filer comme une anguille et quand nous l'avons attrapée, elle s'est tellement débattue qu'elle est parvenue à me mordre le poignet jusqu'au sang. J'espère au moins qu'elle n'a pas la rage, sinon je suis bon pour la vaccination antirabique.

Nous l'avons mise à l'isolement. Elle a tellement la rage qu'elle serait capable d'électrocuter ses compagnons de cellule. Une vraie furie, cette femme. Elle est maigre comme un clou, mais elle dispose d'une force peu commune. A deux, nous avons eu toutes les peines du monde à la maîtriser."

Le commissaire demande: Et vous l'avez trouvée dans quel endroit?

- C'est le bedeau de l'église Saint Louis d'Antin qui nous a appelé au secours. C'est un ancien de la maison à la retraite qui consacre ses vieux jours à l'entretien de la paroisse. Il a du mérite avec les clients qui passent dans ces lieux.

Il nous contacte de temps en temps quand il ne parvient plus à évacuer des fidèles indésirables qui tardent à partir après l'office. D'habitude, nous venons plutôt déloger des clochards ou des marginaux qui veulent rester dans l'Eglise la nuit pour rester au chaud. En général la seule vue d'un uniforme suffit à les faire partir.

Mais cette fois-ci, elle ne voulait pas sortir du confessionnal où elle s'était réfugiée. Il a fallu empoigner cette dingo pour la faire sortir de son abri. A force de me démener pour la maîtriser, j'ai fini par trouver qu'elle ressemblait fort à la photo de votre avis de recherche.

C'est pourquoi, une fois menottée, nous avons décidé de l'emmener au poste. Après tout, mon bras mordu jusqu'au sang, c'est une violence à agent de la force publique et c'est passible des tribunaux.

J'avais donc un bon motif pour la faire monter dans le panier à salade et c'est ce que nous avons fait. Pendant le trajet, j'ai failli la bâillonner tellement elle hurlait. Depuis, elle s'est calmée, mais elle semble complètement abattue. C'est sans doute le calme avant une nouvelle tempête. À mon avis, elle est candidate à l'asile."

Le commissaire dit encore au policier: "Bravo les gars, cette fois, nous la tenons et nous allons pouvoir l'interroger. Pour la faire parler, je vais faire venir Agathe la seule inspectrice de la boîte. Avec une femme, elle sera plus en confiance notre cliente, qu'avec des gars nourris à la testostérone. Et n'oublie pas d'aller voir un toubib après ton service pour te faire soigner ta morsure. On ne sait jamais, ce genre de blessure ça peut s'infecter.

J'appelle quand même Sidonie, mon arme fatale pour la mettre au courant de la bonnes nouvelle. Elle pourra sans doute me donner des idées, quand notre cliente aura été interrogée."

Pour une fois, sa soeur répond sans délai à son appel et le rejoint dans la demi-heure. Mise au courant de l'arrestation de la ténébreuse Claudine, elle se propose de l'interroger sans délai. Gros Bill lui fait remarquer que la procédure est tout à fait illégale car seuls les fonctionnaires de police sont autorisés à interroger des suspects. Et Sidonie s'insurge:

"Pourquoi m'as tu appelée , si c'est seulement pour la regarder, frérot?

- Je te laisse écouter l'interrogatoire derrière la glace teintée, c'est déjà beaucoup. J'ai simplement besoin de tes lumières pour savoir si elle va raconter des histoires quand on va l'interroger mais pas plus.

- Et qui va la passer à la question?

- J'attends qu'Agathe et l'avocat commis d'office pour commencer la procédure. Ils ne viendront que vers 8 heures. Ça ne sert à rien de les faire venir alors qu'on est encore en pleine nuit.

- Mais Agathe, ton inspectrice, elle est bien gentille, mais elle est sans expérience pour une affaire comme celle-ci. Quant à l'avocat commis d'office, si tu en trouves des huit heures, tu auras bien de la chance. Les gens du barreau ne sont pas des matinaux. Alors, je te propose autre chose.

- Qu'est-ce que tu vas m'inventer encore?

- Enferme moi dans sa cellule avec elle.

- Tu as envie de te faire electrocuter par cette torpille?

- Si tu m'entends crier à la mort, tu viendras me chercher en urgence. De toute façon, c'est ça ou je m'en vais.

- Autant te jeter dans la fosse aux lions. D'après mon agent qui l'a mise en cage, c'est une sacrée garce quand elle entre en furie.

- Je te répète qu'à mon avis Agathe est trop nunuche pour tenir un interrogatoire avec cette furieuse. Elle va se faire manger toute crue et elle n'obtiendra rien d'elle."

De guerre lasse, Le gros Bill finit par dire à sa soeur: "bon d'accord, mais, ce sera sans garantie du gouvernement. Et surtout pas de gaffe. Tu ne connais personne dans la taule.

- Osk, je vais fonctionner sans filet comme d'habitude. Merci de ta sollicitude. Allez, demande à ton agent de faction de m'emmener dans la cage aux fauves, les menottes aux mains, histoire pour moi de faire "celle qui a fait une bétise aux regard de la loi." Ça nous rapprochera toutes les deux pour engager la conversation.

- Bon courage Sidonie, tu as vraiment de drôles d'idées! Il n'y a plus qu'à faire des prières pour que ça marche. Et surtout ne te pique pas, les anguilles de ce type, ça brûle très fort."

L'agent de service passe les menottes aux poignets de Sidonie. Il la conduit jusqu'à la porte du local vitré où est enfermée la secrétaire et la libère de ses entraves. Et là détective de choc se retrouve bientôt enfermée à trois heures du matin dans une cellule avec une suspecte susceptible d'avoir commis six meurtres!













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Frédéric Buffin - dans Polar
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