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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 08:19
Suite du polar: de quelques crimes des temps perdus.

3) Frappe dans le dos.

L'histoire commence par une scène de la vie quotidienne dans un café populaire du 9ème arrondissement: " mais tu vas arrêter de fumer comme un sapeur, Josette. Ma terrasse de café avec toi, ne ressemble plus qu'à un cendrier plein de tes mégots. A ce niveau tu n'es plus une fumeuse" dit Jo le cafetier, "tu es une cheminée d'usine ou un pot d'échappement de locomotive à vapeur. Si ça continue, je vais perdre tous les clients du haut de la rue des Martyrs qui en ont marre de marcher sur un tapis de mégots quand ils entrent dans mon café.
Qu'est ce que ce serait s'il était inscrit sur les paquets de cigarette, "fumer c'est bon pour la santé? Tu veux vraiment finir à l'hôpital Gustave Roussy à Villejuif avec une bonne chimio et des tuyaux dans la bouche avec en prime un poumon artificiel."
"T'inquiète, bonhomme" lui répondit elle. "Le tabac c'est mon problème et j'assume. En plus t'es quand même un peu faux cul de me reprocher de fumer alors que je suis ta premiere cliente de cigarettes Marlboro."
"Au moins si tu fumais des Gauloises, tu fumerais français," lui dit Jo satisfait d'emprunter les chemins d'un poujadisme franchouillard très en vogue chez les cafetiers, pour clore ce dialogue houleux.

Pourtant Josette savait bien que l'herbe à Nicot était le plus sûr artisan de sa déchéance. L'abus du tabac l'avait peu à peu rendue grise comme les blouses des écoliers des photos de Doisneau. A force d'avoir les mains jaunies, les dents noires et de sentir le tabac froid, elle avait perdu son boulot d'hôtesse d'accueil dans une boutique de téléphonie du quartier. Le clinquant des couleurs du magasin s'accordait mal avec sa mine cireuse et ses cheveux sombres et filasses qui auraient mieux convenu au temps du noir et blanc.
Depuis, elle traînait de petits boulots en petits boulots en sachant qu'aux yeux des autres, elle était plus proche de la ménopause que de la quarantaine qu'elle venait pourtant à peine d'atteindre. Versée dans le commerce, son charme féminin déclinant avec l'âge et ...le tabac, elle avait de plus en plus de mal à trouver un emploi et des subsides réguliers.

Et côté coeur, elle avait fini par décourager tous les représentants de la gent masculine qui de temps en temps s'étaient intéressé à elle. Son haleine fétide dont la cause était sa consommation tabagique annihilait à chaque fois la libido de ses prétendants qui osaient entrer dans son misérable petit logement qui fleurait fort la nicotine. On dit souvent que les hommes n'ont pas d'odorat. Avec Josette, cette affirmation ne collait pas pour cause de tabacomanie avancée.
Seul avantage de son vice, elle ne risquait pas l'obésité puisque la fumée lui servait de plat de résistance quotidien. Pour un peu, on aurait pu croire qu'elle mangeait ses mégots.
Elle était même d'une maigreur à faire peur à tel point que ses voisins de terrasse de café l'avaient affublée du doux surnom de "sac d'os."
Agacée par l'algarade avec le cafetier qu'elle aimait pourtant bien, elle avait décidé de rentrer chez elle pour continuer à se livrer dans sa chambre de bonne, à son culte consacré au Dieu Nicot. Il faisait nuit, les magasins s'étaient vidés de leurs clients qui en ces temps d'état d'urgence se faisaient rares dans le haut de la rue des Martyrs une fois la nuit tombée.
Elle savait aussi que ses crises d'asthme répétées qui l'épuisait jour après jour, ne devait rien à la nature....." Je commence à coûter cher à la sécu, avec tous les soins dont j'ai besoin. Elle me doit bien ça après toutes les cotisations sociales que je lui ai versées. Ça vaut bien quelques consultations chez le médecin." se disait elle en silence.

Elle marchait d'un pas rapide en descendant la rue pour rejoindre son havre gris de fumée qui était à deux pas de Notre Dame de Lorette, quand soudain, au croisement de la tour d'Auvergne, elle sentit une présence derrière elle. Elle voulut se retourner, mais elle n'en eut pas le temps, stoppée net par un énorme coup dans le dos qui lui fit perdre définitivement connaissance.
Le dos fendu par une hache, fauchée par ce projectile d'un autre temps, elle s'effondra en embrassant le bitume les bras en croix sans même comprendre que la Parque venait de couper son fil de vie bien avant les métastases du cancer au poumon dont Jo le cafetier la menaçait chaque fois qu'elle fréquentait son établissement.
La triste vie de Josette la fumeuse et l'enfumeuse du quartier, touchait à sa fin, par la violence assassine d'une arme médiévale lancée par un meurtrier pourtant bien d'aujourd'hui.
Bref récit d'un une fin extraordinaire pour une habitante du quartier bien ordinaire.


Le lendemain, prévenu par l'épicier du quartier horrifié par le spectacle du cadavre de Josette la hache plantée dans le dos, le gros Bill une nouvelle fois sur les lieux pour cause de crimes médiévaux à répétition, s'exclama: "mais ils vont me rendre chèvre, le où les meurtriers qui utilisent ces armes des temps perdus. Un jour un dealer avec un carreau d'arbalète, un autre un alcoolo bourré comme un coin avec une lance, un autre une fumeuse invétérée avec une hache d'antan. C'est pas humain de tuer les gens comme ça. Vous avez vu cette horreur; la colonne vertébrale de cette malheureuse qui pue la nicotine à plein nez, a été complètement sectionnée par cette hache du Moyen-Age. L'assassin n'y est pas allé de main morte.
Le gros Bill encore tout ému par ce spectacle macabre, ajouta: "et en plus, j'ai tout le monde sur le dos. Le préfet hurle au téléphone en m'ordonnant de régler cette affaire au plus vite. La presse parle du tueur fou qui rôde dans le 9ème arrondissement de Paris. Les patrons de boîte de nuit viennent se plaindre de la moindre fréquentation du public pour cause de meurtres dingues. Et pas un indice pour trouver le ou les malades qui ont fait ça.
En tout cas, mon Q.I n'est pas suffisant pour trouver le fil rouge qui relie ces trois affaires. Je ne suis pas Sherlock Holmes, ni Hercule Poirot. Mas je n'ai pas dit mon dernier mot. Si ça continue, je vais sortir mon arme fatale, même si elle est un peu encombrante et bruyante."

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Frédéric Buffin - dans Polar
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