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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 07:53
Pitié pour la police. (Souvenirs de jeunesse)
Les troubles actuels autour des protestations sur la loi travail avec les inévitables jets de pavés et de gaz lacrymogènes ainsi que les protestations gauchistes sur la "conduite inqualifiable des forces de l'ordre face à de paisibles manifestants," m'ont rappelé Mai 68 et ma jeunesse.
Je me souviens notamment de la manifestation du 11 mai organisée pour protester contre l'intervention de la police à La Sorbonne pour mettre fin à l'ccupation des locaux par les partisans du mouvement du 22 mars. (Un Nuit debout de l'époque) "en violation inadmissible des franchises universitaires."
Nous étions 20 000 à manifester bruyamment notre mécontentement contre une si scandaleuse exaction de l'appareil d'Etat si prompt à réprimer un si vertueux mouvement estudiantin aux aspirations nécessairement pures puisqu'elles étaient révolutionnaires. (Saint Just pas mort!)
Perdu dans la foule, j'ai soudainement éprouvé dans notre descente du boulevard Saint-Michel, un sentiment étrange face au spectacle qui m'était donné. Devant la place de La Sorbonne bloquée par un barrage de gardes mobiles munis de boucliers et de solides matraques, des militants criaient à perdre haleine en se tordant de colère sinon de haine, le slogant suivant: CRS SS" ou encore "à bas l'état policier. " et pour finir "halte à la dictature policière"
Or, ces appels véhéments à la présence des forces de police dont les auteurs voulaient dénoncer la violence intrinsèque me sont apparus d'un seul coup contradictoires avec le comportement pacifique de celles-ci. Ma conscience révolutionnaire en prit définitivement un coup devant cette évidence: "si nous avions eu en face de nous, à moins de 10 mètres du cortège des manifestants, de vrais S.S., il n'est pas sûr que j'en serais ressorti vivant. L'hyperbole langagière antipolicière avait ainsi semé le doute dans ma cervelle de jeune révolté.
Comme cette manifestation avait donné lieu en fin de soirée à des échauffourées, une autre fut organisée le 13 mai plus imposante encore pour protester contre les violences policières de l'avant-veille. Bien encadrée par les gros bras de la CGT guère plus souriants que les gardes mobiles, elle se déroula sur l'avenue plus large qui relie Bastille à République.
Au hasard de mes déambulations, je suis tombé en arrêt devant un cortège d'une centaine de membres dont un bon nombre exhibaient un drapeau rouge avec une faucille et un marteau. Imperturbablement ceux-ci clamaient une litanie presque poétique qu'ils répétaient sans fin:
"vive les travailleurs de Redon, qui ont fichu une raclée
aux CRS du pouvoir antipopulaire, de chômage et de misère."
À ce moment précis, je fus saisi de nouveaux doutes. Ces CRS n'étaient pas si redoutables que ça puisqu'il était possible de leur mettre une raclée. Quand au chômage, il était à cette époque à son étiage avec moins de 350 000 demandeurs d'emplois. Et pour ce qui était de la misère la quasi résorption des bidonvilles témoignait du fait qu'elle était en voie d'éradication.
Ces militants de l'union des jeunesses marxistes léninistes de France très prochinois, protestaient contre un Etat policier qui me paraissait bien débonnaire face à la dictature maoïste. Et je trouvais nos forces de l'ordre bien patientes devant l'expression de telles sottises. Quelques coup de bâtons pour contrer ces défenseurs du "grand bond en avant" et de la révolution culturelle qui firent des centaines de milliers de morts n'auraient fait de torts qu'à ces quelques maniaques de la Révolution.
Malgré les propos des leaders du mouvement de mai 1968, la police du préfet Grimaud, fut remarquablement mesurée dans ses actions de maintien de l'ordre, comme c'est le cas aujourd'hui pour canaliser les mécontentements des manifestants qui s'agitent contre la loi Travail dont certains manient avec une parfaite aisance, la fronde et le pavé.
Il n'y a rien de plus difficile que de mettre en oeuvre des opérations de maintien de l'ordre quand des fauteurs de troubles expérimentés ont décidé d'exercer leur violence dans l'espoir d'une bavure policière qui déclenchera l'indignation du plus grand nombre.
Alors pitié pour la police. En ces temps troubles, il vaut mieux l'acclamer comme en janvier 2015 après les attentats qui ont indigné l'opinion publique, que la critiquer au premier bourrage de pif d'un jeune excité.
La manifestation oui; la casse non. L'ordre républicain ça se pense aussi avec de la police responsable de la sûreté et de la sécurité publique.
Frédéric Buffin

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