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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 11:07
Pourquoi à la RATP, la CGT est  mal fondée en se lançant dans une grève illimitée à partir du 2 juin 2016.
Cette fois ça y est, la CGT RATP a décidé de se lancer dans un mouvement de grève illimitée à partir du 2 juin 2016. Elle a pour se lancer dans une telle justification au moins trois bonnes raisons pour agir ainsi:

- Concurrencée par Sud sur sa gauche et par l'Unsa sur sa droite, la CGT perd élections après élections des voix et des sièges dans les différentes instances de représentation du personnel. Avec à peine plus de 30% des voix, elle demeure certes, la plus importante organisation syndicale à la RATP, mais pour combien de temps encore? Une réaction combative pour inverser la tendance est donc nécessaire.

- L'occasion d'une bonne bagarre dans le cadre de "la convergence des luttes et de la démonstration du rapport des forces, " en langage post-marxiste est donc toute trouvée grâce à la mauvaise promotion par le gouvernement de la loi Travail. Peu importe que le statut des agents de la RATP ne soit nullement menacé par le projet de texte. Peu importe que les conditions d'un accord qui modifierait forcément en mal, les conditions de travail et le régime des horaires très avantageux en cours à la RATP n'ait aucune chance d'être obtenu par l'employeur faute d'une majorité syndicale pour ce faire. Grève il doit y avoir, grève dure il y aura.

- Pour ses promoteurs, la grève apparaît d'autant plus légitime, que les négociations salariales n'ont donné que de piètres résultats.nAutrement dit, le discours sur le fait que les agents de l'entreprise ne seraient pas récompensés de leurs efforts, ne peut que recevoir un certain écho auprès des personnels. Le préavis est clair: "La direction, soutenue par le gouvernement, persiste à ne pas augmenter la valeur du point statutaire, seule garantie d'une mesure générale sur l'ensemble des salaires», se plaint Bertrand Hammache, délégué central adjoint. Le syndicat déplore le gel, pour la deuxième année consécutive, de la valeur de ce point servant à calculer le salaire des agents (hors primes), malgré des «bénéfices records» (437 millions d'euros, +47%).

L'organisation majoritaire passe évidemment sous silence des mesures sur les bas salaires et des primes acceptées par l'UNSA ét la CGC lors des négociations du 11 mars 2016. L'entreprise a évalué à ce sujet, l'augmentation moyenne de la rémunération des agents de l'entreprise à 2%, ce qui n'est pas si mal en période d'inflation presque zéro.

A y regarder de plus près, le patron de l'entreprise et/ou le représentant du gouvernement, devraient gentiment envoyer les promoteurs de ce mouvement de grève qui s'annonce, sur...les roses qui par les temps qui courent n'ont plus guère de piquants:

- Pour ces syndicalistes qui ont le mot service public en bandoulière à chaque instant, il est toujours étonnant de constater qu'ils ne sont jamais plus heureux que quand celui-ci s'interrompt grâce à un "légitime" mouvement de cessation du travail pour défendre les acquis sociaux des travailleurs de la RATP."

Il conviendrait donc en premier lieu de leur répondre que la prise d'otage de millions de voyageurs au nom de la défense des salaires (donc du service public) constitue un scandale qui rendra nécessaire dans les années qui viennent, la mise en oeuvre de mesures nouvelles visant à limiter le droit de grève dans les transports publics pour calmer les usagers excédés. Ce n'est pas politiquement correct de s'exprimer ainsi, mais il faut que les choses soient dites et faites, sans forcément renoncer au droit de grève.

- En second lieu, il convient de rappeler aux organisateurs de la grève que le régime salarial qui a été accordé aux agents de la RATP, aura été sur plusieurs années plus favorable que celui des agents de la fonction publique dont la valeur du point n'a pas augmenté depuis quatre ans. A noter par ailleurs que le salaire moyen qui sert de base à la détermination des pensions (hors primes) est bien plus confortable qu'à la SNCF.

Et pour aborder la question des garanties sociales qualifiées de salaire indirect, il y aurait lieu de rappeler que l'entreprise reste très généreuse puisqu'elle finance très largement un système de médecine de soin et de protection maladie bien plus favorable que celui de l'assurance maladie pour les salariés du régime général. Quant au départ en retraite, il s'effectue en moyenne à 55 ans dans des conditions très proches du taux plein. Bref en matière sociale, la RATP demeure une très bonne boîte pour ses 45 000 agents.

- Enfin, nos gouvernants devraient insister sur "là où ça fait mal". Aujourd'hui, parce que le caractère non concurrentiel des activités de la RATP à été admis par les services de la Commission de Bruxelles, le régime spécial de retraite est refinancé à plus de 50% par l'État pour un montant supérieur à 619 millions d'euros en 2014. Cette contribution d'équilibre devrait atteindre plus de 645 millions d'euros en 2016. (source DSS). Qu'en serait-il si aucune réforme n'avait affecté le régime en 2008 et en 2011?

Autrement dit, contrairement au régime de la SNCF, la RATP n'assume dans ses comptes aucun surcoût lié aux avantages spécifiques du régime retraite de ses agents. Pour des agents qui partent en moyenne à 55 ans, l'État se montre donc fort généreux.

Il n'y a donc pas lieu de faire un effort supplémentaire. Les Provinciaux seront ravis d'apprendre au passage que les Parisiens sont ainsi largement financés par l'État pour payer leur ticket de métro ou leur Pass Navigo au niveau actuel.

En outre si la RATP devait financer les avantages spécifique du régime spécial de ses agents, elle aurait mangé plus que son bénéfice constaté en 2015.

Sans aller jusqu'à de telles extrémités, la RATP devait au moins assumer un surcroût de cotisation de 12% comme le fait la SNCF pour financer les avantages du régime spécial de retraite. Si c'était le cas, ses charges patronales pour la retraite en 2014 de seraient montées à 310 millions d'euros au lieu de 276 millions.

Alors mesdames et messieurs de la CGT RATP, n'en faites pas trop. Vos agents qui certes en Ile de France gèrent un réseau de transport complexe et multiforme, dans des conditions pas toujours faciles, ne sont pas les damnés ni de la terre, ni du sous-sol.


Frédéric Buffin ancien directeur de la Caisse de retraite des personnels de la RATP.














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