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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 17:11

 

Un concept (souvent de gauche) redoutable: la contextualisation.

Il est brillant Alexis Corbière le porte- parole de J-L. Mélenchon et de surcroît plus avenant que son patron grand spécialiste du coup de gueule médiatique. Je viens de l'entendre sur Radio-Classique.

Mais quand on l'interroge sur l'admiration sans borne de son maître irascible vis à vis de Robespierre d' Hugo Chavez et de Fidel Castro, il utilise un peu trop l'argument "du contexte" ( historique, social, économique etc,) pour justifier des politiques liberticides plus ou moins meurtrières et terroristes que ces grands hommes ont conduites. Certes ils ont eu des comportements de dictateur, mais c'était à leur corps défendant. 

Dans son discours, affleure un vieux fond marxiste inconscient d'explication du mouvement de l'Histoire par la lutte (violente) des classes. Ce courant de pensée régnait en maître dans l'université française quand j'usais les fonds de culotte sur les bancs de la Sorbonne en qualité d'étudiant. Et ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est que ce penchant idéologique est toujours présent dans la tête de nombre de nos concitoyens.

En fonction du contexte de la fin du XVII Ième siècle, il était légitime que Girondins et Montagnards avant de s'entretuer quelques mois plus tard, préconisent la levée en masse pour lutter contre l'envahisseur étranger qui voulaient protéger la monarchie française.

Au nom de ce même contexte, la grande Terreur, la loi des suspects les persécutions contre le clergé catholique étaient nécessaires pour mettre en selle la république naissante.

Et depuis que Clémenceau a dans les années 1920 indiqué au Parlement que "la Révolution est un bloc," il reste difficile de critiquer les excés révolutionnaires toujours justifiés par le contexte historique de l'époque.

François Furet historien célèbre put le mesurer quand après la publication de son ouvrage critique "penser la Révolution française, il fut l'objet de polémiques virulentes parce qu'il avait osé prendre ses distances avec l'oeuvre révolutionnaire et ses excés les plus sanglants.

Paix à son âme, sans conteste!

La même contextualisation a été utilisée jusqu'à l'overdose par l'intelligentsia de gauche pour justifier les massacres de la dictature communiste du début à la fin du XXème siècle.

Tout y est passé en terme d'argumentations contextuelles:

- Contre toute raison pour qui a un peu lu la littérature léniniste, nos doctes professeurs m'ont enseigné que ce n'est pas à cause de sa doctrine sur le bolchévisme et la dictature du prolétariat que Lénine a du faire oeuvre de violence révolutionnaire. C'est à cause de la guerre, de la résistance des russes blancs et des forces tsaristes et de l'état d'arriérarion mentale et religieuse du peuple russe, qu'il a ordonné des mesures extrêmes comme la famine organisée en Ukraine dans les années 1920.

Que la paysannerie russe refuse dés 1918 la collectivisation des terres, mais quelle ignorance et quelle honte sociale! Elle n'avait rien compris au contexte. Il fallait donc en éliminer une partie par le froid et la faim, ce qui fut fait.

Je passe sur la terreur stalinienne de 1924 à 1953 qui fut longtemps justifiée par les thuriphéraires marxiste, par la nécessité de développer le pays à marche forcée dans un contexte hostile et guerrier "des forces impérialistes et nazies."

Le contexte, toujours le contexte, rien que le contexte, pour justifier la dictature et l'assassinat de masse. Le rapport Kroutchev de 1963 qui en Russie soviétique dénonça le premier de façon officielle cette mascarade argumentative, sonna le glas "du contexte bon à tout faire, tout emprisonner, tout massacrer."


Il ne me semble pas que nos braves enseignants de gôoche aient eu la même pudeur contextuelle pour évoquer les horreurs de l'Inquisition, le développement de l'esclavage justifié par le "code noir" et de la colonisation à partir du XVIIéme siécle.

Le massacre des communards par les Versaillais en 1871, le génocide arménien en 1915, les massacres de la guerre d'Espagne à partir de 1936 par les troupes franquistes, la shoah des années 1940-1945 par les nazis, etc, ne m'ont jamais été présentés comme des éléments de contexte propres à diminuer la culpabilité  des assassins qui les ont accomplis!

Et les bombardements anticités de Dresde et de Hambourg décidés par Churchill , ainsi que les bombes atomiques de Truman sur Hiroshima et Nagasaki trouvent aujourd'hui peu de grâce contextuelle. Elles sont présentées comme des horreurs en tant que telle que l'humanité ne doit pas reproduire.

À part Jean Lacouture qui jusqu'à son dernier souffle eut tant de mal à critiquer le génocide cambodgien et Alain Badiou toujours vivant et loquace rue d'Ulm à l'ENS, qui n'a toujours pas renié la Révolution culturelle chinoise et les millions de morts qu'elle a entraînés, toujours au nom du contexte, qui peut justifier au nom d'une telle excuse, le génocide des Tutsis au Rwanda et les actuelles horreurs commises par les autorités syriennes aux dépens des populations syriennes?

Alors de grâce, Alexis Corbière, je vous aime bien pour vos indignations légitimes vis à vis de l'extension de la pauvreté, même si je ne voterai pas pour votre champion, mais ne parlez plus de ce concept dévastateur pour l'humanité qu'est "le contexte," sinon je sors non pas mon révolver comme Goebbels dès qu'il entendait parler de "Kultur" mais ma machine à critiquer vertement ceux qui justifient tous les massacres au nom de ce "contexte diabolique." Ça fait moins mal.

Frédéric Buffin le 17 mars 2017

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