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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 10:49

Avec Macron, le Léviathan social en course et les partenaires sociaux  au tapis.

Vous connaissez le Léviathan, c'est ce monstre légendaire qui s'occupe de tout en lieu et place du citoyen dans la société et qui peu à peu impose ses vues à celle-ci dans tous les aspects de la vie quotidienne et dans les moindres détails. Et bien dans le domaine social, celui-ci débonnaire, généreux, qui nous protège du berceau jusqu'à la tombe, mais tatillon, est à l'œuvre et avec notre jeune et sémillant candidat qui probablement va gagner la présidentielle, ca n'est pas prêt de s'arrêter.

Le MEDEF et la CFDT la bouche en coeur votent Macron. La CGT et FO appellent à lutter contre le FN. Les représentants des grandes mutuelles idem. Dont acte. Pourtant à y regarder de près, le programme de notre grand exalté ne laisse pas beaucoup de place dans son programme a ces corps intermédiaires encombrants que constituent les partenaires sociaux.

Entre les lignes de ses propositions, l'achèvement du triomphe de l'Etat dans la gestion des affaires sociales est programmé:

- L'assurance chômage pourrait être étendue aux non salariés, ce qui implique que l'Etat prenne le contrôle du système d'indemnisation du chômage. 
- L'assurance retraite devrait être unifiée, ce qui remet en cause la gestion paritaire de l'Agirc-Arrco et des divers régimes gérés par des partenaires sociaux. 
- Le  RSI des artisans et des commerçants sera supprimé et repris en main par l'Etat.  Après tout, il faut mettre fin à cet accident industriel (....décidé par l'Etat!)
- Dans le domaine des prestations sociales, des augmentations substantielles sont prévues sous l'égide de l'Etat
- Le financement de la protection sociale par la CSG-CRDS considérée par le conseil constitutionnel comme un impôt, sera accru et les cotisations sociales diminuées, ce qui achèvera d'affaiblir la légitimité des partenaires sociaux pour intervenir dans la gestion des caisses de sécurité sociale. Si les allocations familiales sont entièrement fiscalisées, les patrons et les syndicalistes ont-ils encore leur mot à dire dans la définition des politiques familiales?
- L'administration de la Santé par l'Etat sera poursuivie pour améliorer le remboursement de l'optique, du dentaire, en pesant sur la Secu et les complémentaires santé...etc

Cette évolution étatiste consacrée par les ordonnances "scélérates de 1967", parachevée par les ordonnances Juppé de 1996 qui a toujours été renforcée par la gauche de gouvernement,  réalisera le vieux rêve des agents de la puissante et pourtant discrète Direction de la Sécurité Sociale au sein de l'appareil d'Etat:

Organiser la sortie de ces représentants des partenaires sociaux si bavards et vitupérants qui au sein des organismes sociaux interviennent dans leur gestion au quotidien en faisant perdre leur temps aux vrais gestionnaires que constituent les services de l'Etat, quel bonheur !

Que de temps et de productivité gagnés quand les Conseils d'administration des caisses nationales et locales seront supprimés! Plus de nomination d'administrateurs, plus de motivations  plus ou moins bien rédigées à lire et à écarter, plus d'avis à faire voter avant de faire passer des décrets sociaux. 
Ce sera le nirvâna pour les cabinets ministériels et les administrations quand elles seront seules à s'écharper sur le social en arbitrage interministériel à Matignon. À ma Gauche les ministères sociaux, à ma droite Bercy. Ça va saigner encore plus que d'habitude, mais à l'abri du regard des partenaires sociaux et sous le seul contrôle des parlementaires. Bref, le paradis bureaucratique!

- Certes, cette évolution n'est pas conforme au principe de la gestion par les assurés sociaux de leur Sécurité sociale par la voie de leurs représentants  et Pierre Laroque doit se retourner dans sa tombe en écoutant de telles hérésies par rapport aux ordonnances du 4 octobre 1945 créant la Sécurité Sociale.
- Certes, des centaines de petits notables du social devront reprendre le chemin de leur entreprise ou de leur administration. Mais que ce sera dur de reprendre le chemin aride du travail quotidien, au lieu de briller dans les diverses commissions des conseils d'administration des caisses de sécurité sociale.
- Certes l'Etat vache à lait sera l'objet d'encore plus de convoitises de la part des assurés sociaux qui se sentiront encore moins comptables de l'équilibre financier de la protection sociale qu'aujourd'hui dans un système entièrement géré par l'administration. 
- Certes les partenaires sociaux devront chercher des adhérents pour financer leurs permanents et  leurs sièges sociaux puisqu'ils perdront les subsides (MEDEF en tête) qu'ils obtiennent en échange de leur participation au fonctionnement des  instances paritaires nationales et locales.

Ainsi finie la gestion paritaire! Elle  est chronophage pour les fonctionnaires qui perdent assez de temps à faire appliquer une législation sociale à la limite du compréhensible. Déjà, il faut s'appuyer "l'ire" des parlementaires qui interviennent pour modifier la législation sociale comme de dangereux amateurs. Si en plus, il faut écouter les partenaires sociaux qui disent non à tous les projets gouvernementaux quelle que soit l'équipe au pouvoir, c'est trop!
Enfin dernier point, les Français veulent de la simplification. L'Etat nomme déjà les directeurs d'hôpitaux. Il devrait faire de même avec les directeurs de caisse de sécurité sociale. Ça serait complet. 

Bref avec Macron l'étatisme dans le social ne sera pas en marche mais en course. Nous avions un mammouth avec l'Education Nationale nous en aurons deux avec le ministère de la protection sociale.

Est ce que pour autant, les intérêts des assurés sociaux seront préservés, comme ceux des douze millions de clients de la rue de Bellechasse, , c'est une autre histoire. Il est normal que l'Etat ne se désintéresse pas du sujet de la protection sociale qui pèse plus de 600 Mds d'euros chaque année. Faut-il pour autant qu'il prenne tout en gestion en écartant les partenaires sociaux? Ce n'est pas si sûr.

Comme quoi on peut se présenter comme libéral et s'imposer comme le promoteur gérant  de l'Etat Providence omnipotent.  Ce n'est  pas plus contradictoire que de souhaiter restaurer la grandeur de la France en l'enfermant dans des frontières étriquées.

Frédéric Buffin, ancien directeur de caisse de Sécurité sociale.

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Frédéric Buffin
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