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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 10:35

L'âge aidant, chacun est fondé à penser que "c'était mieux avant" en songeant à un âge d'or définitivement révolu. Sans remonter à Mathusalem ; il n"est pas sûr que  cette affirmation péremptoire soit des plus pertinentes:

- Qui n'a pas connu dans son enfance  la roulette mécanique sans anesthésie  pour soigner une carie, ne peut apprécier à sa juste valeur les progrès effectués dans l'art dentaire. Peu ou pas de douleur. Dents bien nettoyées, couronnes bien posées; etc. Pour un peu, on irait chez le dentiste avec plaisir. Exit la torture d'antan. Celui qui n'a pas fréquenté les élèves maladroits de l'école dentaire à Paris, ne peut saisir les progrès accomplis dans cette discipline. 

- Qui n'a jamais pris une escarbille de charbon dans l'oeil parce qu'il avait eu l'imprudence d'ouvrir la fenêtre du compartiment dans lequel il voyageait, ne peut mesurer à quel point il est plus confortable et rapide de voyager en TGV plutôt qu'en wagon trainé par une bruyante et salissante machine à vapeur. 3h10 pour faire Paris-Marseille, c'est tout de même mieux que 10 heures, même si c'est plus cher. Et de surcroît finie la silicose pour les cheminots conducteurs!

- Qui critique avec véhémence l'usage de l'électricité pour chauffer l'intérieur de nos domiciles,  semble avoir oublié que l'utilisation massive du poêle à charbon, polluait et noircissait nos villes avec bonheur. De plus, combien de moyens de chauffage défectueux sont à l'origine de décés grâce à ce poison gazeux que constitue l'oxyde  de carbone. A côté de ce tueur inodore et de la suie carbonée de mon enfance,   les poussières fines dénoncées par nos écolos d'aujourd'hui, sont de peu d'effet sur nos poumons.

- Qui ne s'est pas bleui les doigts avec du papier carbone afin de conserver les doubles d'un courrier dactylographié, a oublié les armées de secrétaires qui étaient nécessaires pour envoyer une lettre sans faute, dans les entreprises et les administrations. 
C'était le temps où un cadre devait faire preuve de doigté quand il faisait refaire un papier pour la troisième fois à une dactylo. Avec le traitement de texte et le micro ordinateur, cette époque est révolue et c'est tant mieux...sauf que désormais, il n'y a plus de secrétaires et qu'une partie du temps du travail des cadres consiste à faire de la frappe avec une qualité de présentation bien moindre que le courrier administratif d'antan!

- La presse se fait souvent l'écho d'incidents voire d'accidents à l'hôpital, comme si celui-ci était voué à une décadence irrémédiable au détriment de la santé des malades. Qui n'a jamais fréquenté les salles communes des hôpitaux d'antan à 8, 12 ou 18 lits ne peut saisir les progrès réalisés en quarante ans. On se souviendra avec nostalgie des pots d'urine multicolores placés en rang d'oignon au bas du chevet des malades, du thermomètre qui voyageait après  un vague nettoyage ,  de fondement en fondement au mépris d'une hygiène élémentaire et de l'insupportable odeur de mercryl qui s'exhalait dans les chambres, que dis- je dans les chambrées. Quant aux droits des malades et au traitement de la douleur, on n'y pensait même pas.

- Vous n'avez jamais fait la queue au guichet des PTT pour demander une ligne téléphonique que vous n'obteniez qu'après de longs mois d'attente. Combien de bouteilles de champagne n'a-t- on pas sacrifié pour sabler l'arrivée d'un affreux téléphone noir en bakélite. Et si on optait pour un appareil blanc, c'était plus cher. Et attention, ils étaient propriété de l'Etat!

 Aujourd'hui l'adoption d'un téléphone mobile avec sa ligne ne vaut même pas une fête avec des bonbons et des sucettes. Et en plus, on peut faire des photos avec. A quand l'appareil avec urinal ou bassin pour ces dames dans une France qui n'a toujours pas résolu son problème de toilettes publiques propres?

- Et pour terminer cet éloge à la gloire du progrès en sept points comme le chandelier des synagogues, qui prétendra que la plume sergent major que tout élève du primaire devait tremper dans l'encrier plein de buvard, c'était mieux que le feutre ou le stylo d'aujourd'hui? Combien de tâches sur mon cahier ou sur mes vêtements aurai-je pu éviter si  mon instituteur en blouse blanche immaculée,  m'avait autorisé à écrire avec une pointe Bic? 
 

Je sais dira-t-on, ce sont là propos d'un inconscient de la misère du monde, qui n'a
- ni subi l'angoisse du chômage de masse,  
- ni la peur des bombardements des populations civiles au Moyen-Orient, 
- ni la misère des africains de la zone sub- saharienne qui pousse nombre d'entre eux attirés par le mirage européen à traverser la Méditerranée au péril de leur vie. 

 Je sais dira-t-on, ce sont là des discours de privilégié qui ne veut pas voir l'incroyable gâchis de la mondialisation et de la finance dérégulée qui voue un culte du veau d'or au profit individuel au mépris de l'intérêt génénéral et du plus grand nombre.

Je sais que ce sont là des discours à la gloire d'un faux progrès qui méprise les équilibres écologiques de la planète par une surexploitation des ressources natureĺles.

Je sais; ce sont là des fables telles que le proclamait Pangloss dans le Candide de Voltaire. Ce héros peu sensible aux malheurs du monde,  prétendait de façon insensée  que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Depuis les deux guerres mondiales, les révolutions communistes mortifères, l'avènement du nucléaire militaire et la répétition éprouvante des génocides aux quatre coins de la planète, ont mis par terre cet espoir d'un progrès indéfini au fil de l'histoire.  Il n'y a donc pas lieu d'être très optimiste sur l'aptitude des peuples à vivre en paix.

Mais tout de même, malgré tous ces bémols et ces drames bien réels, et ces plongées récurrentes dans la barbarie,  songeons que dans les années 70, l'équivalent de la population de Lannemezan (15000) disparaissait dans d'horribles accidents de la route française. On se plaint aujourd'hui de ne pas parvenir à faire passer ce chiffre au dessous de 3000 alors que la circulation a plus que doublé. Comme quoi un mieux est possible, même sur la route!

Et malgré l'horreur du quotidien que nous révèlent des médias avides de nouvelles sanglantes,  malgré les horreurs en Syrie et l'épouvante de la famine en Somalie, l'humanité dans son ensemble et en silence, avance à petits pas vers un mieux être à défaut d'être plus heureuse.
 
Des bruits de bottes et le fracas des armes et des explosifs terroristes sont de retour. C'est certain. Mais ne désespérons pas des initiatives des hommes et des femmes qui tentent de faire avancer leur condition au risque de la paix.
 
Frederic Buffin. Le 8 avril 2017.
 
 
 
 
 

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