Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 avril 2017 4 27 /04 /avril /2017 08:19

L'accueil des migrants, une ligne de partage des eaux entre les les deux candidats du second tour.

Il y a quelques mois, j'avais écrit le papier suivant sur la question migratoire: 

["Migrants : L' accueil nécessaire des migrants pourrait constituer un puits sans fond. Et il nous faudra l'assumer.

Quand le général de Gaulle annonça le principe de l'indépendance de l'Algérie, il scandalisa une bonne partie de la population française. Et la note fut très lourde puisqu' il fallut accueillir en 1962 un million de rapatriés d'Algérie. Au delà d'un conflit qui durait depuis 1954 avec son cortège de drames et d'attentats qu'il fallait arrêter le plus vite possible, le réalisme autant que l'humanisme pacifiste, finit par s'imposer.

Et les pieds noirs furent accueillis et intégrés quoiqu'en disent certains. Ils furent même un élément de croissance supplémentaire pour le pays. Pour la question des migrants qui s'impose à nous comme une marée montante irrésistible en cette fin d’été 2015, nous sommes sidérés par la soudaineté du phénomène engendré par la crise syrienne, même si «les envahisseurs » sont souvent originaires d’autres régions du Moyen Orient ou de l’Afrique subsaharienne. Et que nous le voulions ou non, nous n'empêcherons pas, même en érigeant des murs de la honte et des barbelés de papier, tous ceux qui chassés par la misère et la guerre, tentent de s'installer chez nous. Nous ne le pouvons pas, pour au moins trois raisons:

- Le principe d'humanité nous impose de faire cesser le plus vite possible ces noyades à répétition qui constituent un scandale pour notre conscience morale qu'elle soit immanente pour les uns ou transcendante pour les autres. Que dire notamment du petit garçon noyé aux abords de la côte turque alors qu’il tentait de rejoindre la Grèce avec sa famille ? Même si les journalistes se comportent un peu trop en donneurs de leçon en jouant sur le registre de la honte, l'accueil de l'étranger dans la peine, constitue un impératif catégorique, si nous voulons continuer à pouvoir nous regarder dans la glace.

- A moins de disposer de forces de police ou d'un corps de douaniers aux effectifs décuplés, nous sommes incapables d'empêcher les migrants de parvenir jusqu'à chez nous. Malgré Schengen, nos frontières sont des gruyères qu’il est facile de franchir. Pour l'instant, les points de tension sont limités à Calais, Paris et Vintimille. Mais du fait du caractère si attractif des pays d'Europe, d'autres se produiront dans les prochaines semaines et ceci d’autant plus que nos gouvernants n’ont pas pu ou voulu procéder à des reconduites massives à la frontière pour les déboutés du droit d’asile. Nous ne sommes pas en Arabie Saoudite et dans les Emirats où d’ailleurs les migrants se gardent d'ailleurs bien de se rendre. .

- Sauf si nous voulons remettre en cause l'état du droit en matière d'accueil des populations en danger dans leur pays, il n'est pas si facile de s'affranchir de la réglementation sur l'asile. Nos gouvernants on signé des conventions internationales sur l'accueil de l'étranger notamment dans le cadre européen, que nous sommes tenus par ailleurs de respecter. N'oublions pas non plus que le principe de pouvoir fuir son pays en cas de péril est inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l'homme. Et c'est un Français René Cassin, qui en fut l'un des principaux rédacteurs. Il n'est pas difficile dans ces conditions de nous reprocher d’être peu accueillants vis-à-vis des naufragés de la guerre et la misère sur le thème: "faites ce que .je dis, pas ce que je fais."

Le Réalisme la Morale et le Droit nous imposent donc de prendre la question des migrants à bras le corps. Faute de pouvoir et de vouloir rejeter les migrants à la mer, il nous faut développer une politique massive d'accueil et d'intégration non pas à grands renforts d'allocations, mais par la mise en oeuvre de moyens massifs d'enseignement du Français. Quant à l'accès au travail, il doit être assoupli pour éviter que ce dernier ne se noircisse.
Et le citoyen effaré devant cette catastrophe humanitaire se pose légitimement trois questions:

- Quel chef d'État comme de Gaulle en son temps, sera capable de nous dire que nous devons tout mettre en oeuvre pour prendre part à la lutte contre "la misère du monde, quelques soient nos peurs devant la différence des autres?" (Sic dixit Rocard)

- Quel chef d' Etat aura le courage de dire à notre peuple que la facture pour intégrer les migrants sera lourde, voir très lourde et qu'il faudra sacrifier d'autres priorités?

- Quel chef d'Etat malgré le niveau du chômage et l'état de nos finances publiques, saura convaincre ses concitoyens, que l'accueil des migrants dans des conditions décentes est un gage de sécurité supérieur à des campements indignes qui de toute façon ne les poussent pas à rentrer dans leurs terres de cendre?

Mais comme pour la croissance et l'emploi, en matière d'intégration, nous sommes comme soeur Anne, nous ne voyons rien venir ou pas grand chose. C'est pourtant urgent du fait de la virulence et l'efficacité des discours sur le rejet des migrations impossibles à supprimer dans le cadre d'une économie mondialisée."]

Sur cette question douloureuse des "migrations sauvages" et non consenties par nous qui sommes déjà installés sur notre terre de France, la candidate du second tour,  exprime une position tranchée de résistance et de rejet qui suscite l'intérêt de la part de tous ceux qui ressentent le phénomène migratoire comme une invasion au quotidien.

Il est évidemment très facile pour ceux qui vivent dans les beaux quartiers de dénoncer cette position de repli, de méfiance voire de haine vis à vis de l'étranger. Il est encore plus facile de dire que "le jeune candidat du second tour" libéral et européïste,  propose une politique de nature à développer la pression migratoire dans notre pays.

Néanmoins, à titre personnel,  il est des valeurs transcendantes et évangéliques sur l'accueil de l'étranger qui m'imposent de voter  pour le candidat le moins hostile à la question de l'accueil des étrangers. Malgré toutes mes réticences sur d'autres sujets qui m'inciteraient à voter blanc, je préfère m'engager pour le plus ouvert au monde en souhaitant qu'il puisse aider le pays  à "sortir de ses frontières en accueillant la différence des autres." (Titre d'un sermon du père  Orjebin S.J.)

Pour ce faire, il conviendrait que ce candidat qui parfois ressemble au ravi de la crèche dans ses discours, définisse une  solide politique d'intégration basée notamment sur l'apprentissage de la langue par les nouveaux venus, financée sur le court, moyen et long terme. Pour l'avenir du pays, la mise en oeuvre de cette dernière vaut bien qu'on se prive de quelques kilomètres d'autoroutes et de quelques lignes de TGV. 

Ce n'est pas seulement, une question d'honneur et de morale humanitaire au nom de la fraternité la plus élémentaire, c'est une question de réalisme. Les étrangers sont là; il nous faut bien les accueillir et les intégrer en commençant par l'apprentissage de la langue. 


Et dans ce domaine, il est nécessaire d'augmenter de façon considérable les crédits de soutien à toutes les structures qui ont vocation à promouvoir la langue française auprès des populations étrangères qui n'en ont pas la maîtrise. Qu'on le veuille ou non, bien des étrangers d'aujourd'hui feront partie intégrante de la France  de demain. Ils se sentiront d'autant mieux intégrés dans la communauté nationale, avec leur carte nationale d'identité dans la poche, qu'ils auront été bien accueillis à leur arrivée.

Il y a quelques années, j'avais accueilli dans une permanence d'écrivain public, une jeune Algérienne débarquée de Kabylie parce qu'elle avait été violentée par des fondamentalistes islamistes du GIA du seul fait qu'elle était ouvreuse dans une boite de nuit à Tizi-Ouzou. 
Ce jour là, en écrivant à sa place la demande de titre de séjour de cette jeune femme sur le visage duquel coulaient de petites larmes de souffrance et de peur du lendemain, j'ai prié pour que sa demande soit acceptée. Ce fut le cas.

 Quand j'ai su que la réponse était positive j'ai éprouvé  un sentiment de fierté vis à vis de mon pays et de la république qui prenaient le risque d'accueillir ainsi pour longtemps une nouvelle venue. Je souhaite que ce soit encore possible demain après le 3 mai pour de nouveaux venus fuyant l'horreur de leur pays d'origine pour trouver chez nous l'humanité qu'ils cherchent parfois en vain.

Frédéric Buffin le 27 avril 2017.

Partager cet article

Repost 0
Frédéric Buffin - dans Politique
commenter cet article

commentaires