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4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 08:59

 

A la recherche de la bonne phrase dans l'arsenal des phrases qui tuent.


Le film "Ridicule" dépeint avec cruauté comment les gens de la cour du roi Louis XVI, obsédés par le seul souci d'obtenir des prébendes, meublaient leur temps d'oisiveté d'une redoutable manière: ils s'affrontaient  à grands renforts de joutes verbales autour d'une table, en vue de rabaisser l'autre susceptible de passer en premier pour obtenir les faveurs royales. Derrière les formules assassines à coup de mots sortis de la bouche de ceux qui les prononçaient comme des balles de mousquet, la haine affleurait sans rien construire. 

Ce qui comptait alors, ce n'était pas le talent pour entreprendre ou administrer, c'était de trouver la formule littéraire permettant de détruire l'autre tout en se mettant en avant. On sait ce qu'il advint après ces vains  jeux de cour,  lorsque la fureur révolutionnaire submergea le pays. La guillotine remplaça pour un temps l'arme de l'élimination par les phrases. Moins littéraire, mais plus efficace! Le meurtre légal succéda pendant une décennie à la tuerie littéraire qui avait insinué  la haine dans le coeur des élites de ce temps . Et quand le peuple, prit la suite, on ne l'arrêta plus. 

Plus de deux siècles après l'époque dépeinte par "Ridicule", ion peut se demander si nous sommes sortis de la France d'Ancien Régime, tant nous apprécions les joutes verbales. Sauf  que le goût pour la phrase meurtrière qui met l'adversaire définitivement à terre, s'épanouit dans les studios de télévisions afin que des millions de téléspectateurs soient les témoins de meurtres médiatiques en direct. Le succès d'émissions comme "On n'est pas couché", "le petit journal"  de Canal plus ou " Zéro limite" de C8 en atteste. Le masochisme des persécutés d'un jour qui souhaitent passer à la telé pour exister, au risque de se faire écrabouiller le mental,  suscite d'ailleurs mon admiration.

Dans ces émissions, les animateurs n'ont qu'un but, c'est le clash et la déconfiture d'un des invités qui n'ont pas de gants de boxe,  mais des mots pour défendre et attaquer. On ne se bat pas avec un fleuret, mais on se tue avec une belle phrase.

 Le débat politique télévisuel  à l'occasion du second tour de l'élection présidentielle depuis 1974 n'échappe pas à cette règle. On se souvient de phrases restées célèbres qui ont marqué les électeurs de la période post-gaulienne de la Vème République:  

- Celle de Giscard qui cloua Mitterand en lui disant: "vous n'avez pas le monopole du coeur". en 1974; 
- celle de ce dernier en 1981, qui venait de s'être fait reprocher par Giscard,  d'être l'homme du passé et qui laissa sans voix l'homme des diamants, en lui rétorquant: " vous, vous êtes l'homme du passif."
- celle de l'interminable anaphore de Hollande en 2012 sur le thème de "moi président" qui laissa sans voix Sarkozy pourtant considéré comme un débatteur redoutable.

Dans ces trois cas, les commentateurs affirmèrent qu'une formule littéraire avait décidé du sort de la campagne electorale.

Dans le débat d'hier, qui aura parfois tourné  à la bagarre de chiffonniers, j'ai attendu avec impatience et gourmandise une telle formulation radicale de nature à mettre l'un des deux adversaires au tapis: celle qui fait que dans la discussion, il y a un avant et un après, celle qui fait d'un seul coup changer de conviction des centaines de milliers de spectateurs électeurs; celle qui fait du petit écran, un instrument essentiel de la vie démocratique, quoiqu'on en dise.

Certes lors du débat d'hier, les deux adversaires ne se sont pas ménagés: ils se sont même envoyé  des piques violentes  qui ont choqué la presse étrangère qui a qualifié  ce dialogue  de combat entre une menteuse pleine de haine et un banquier technocrate  arrogant.

Marine a multiplié les coups: 


- "Dans votre société, tout est à vendre est à acheter. Vous ne voyez les rapports humains que par rapport à ce que ça rapporte.
- Vous êtes le candidat du pouvoir d’acheter la France, de la dépecer.
- Vous êtes à plat ventre devant l'Allemagne, devant l'UOIF devant les puissances d'argent, devant les banques. Vous êtes le candidat à plat ventre de la France soumise.
- La France que vous défendez, ce n'est pas la France, c'est une salle de marché.
- "De toute façon la France sera présidée par une femme, c'est moi ou madame Merkel.
- "Vous voulez une Europe à la schlague.
- "Vous vous  appelez Hollande junior." Etc...

Pour parer à la mitraille, le jeune candidat à multiplié les amabilités vinaigrées:

- "Votre stratégie, c'est simplement de dire beaucoup de mensonges.
- La grande prêtresse de la peur c'est vous." 
- Le parti des affaires, ce n'est pas le mien, c'est le vôtre.
- Je vous le dis la France mérite mieux que vous.
- On vous propose une carte blanche et vous salissez l'adversaire. 
- Vous n'avez pas de projet pour le pays.
- Vous incarnez l'esprit de défaite. Moi je porte l'esprit de conquête.
   - Vous n'êtes pas la candidature de l'esprit de finesse.

- Vous êtes le parasite du système."

Etc.

Mais au bout du compte, je suis resté sur ma faim. Je n'ai pas trouvé dans ce débat la phrase pivot qui change tout et qui met définitivement l'adversaire à terre. Sans doute que les candidats sont trop désormais trop préparés par leur équipe campagne à sortir des formules convenues pour qu'un bon mot, habilement place  puisse déstabiliser la pensée de l'autre.

Au bout du compte, on retiendra que

- Marine n'est pas parvenue malgré son agressivité et son ironie mordante à faire sortir Manu de ses gonds, ce qui est bon signe, s'il est élu. Il vaut mieux savoir garder son calme lorsqu'on rencontre les grands monstres froids de ce monde.
- Celui-ci a pu aisément démontrer que la double monnaie proposée par son adversaire, idée  sortie à la sauvette du chapeau de cette dernière entre les deux tours, n'était pas très sérieuse . En ce sens, le débat entre la tenante d'une France protectionniste  et le partisan d'une France acceptant le jeu de l'Europe dans le monde, aura tenu ses promesses au delà des invectives.
-  Le président élu devra recoller rapidement les morceaux d'une France éclatée, ce qui sera difficile après l'expression d'une telle violence verbale qui traduit l'état d'exaspération d'une partie importante du corps électoral devant la montée du chômage et de l'insécurité au quotidien.

Le camarade Manu s'il est élu ce qui est le plus probable , va avoir du travail  pour recoller les morceaux entre la France d'en haut et les France d'en bas, même s'il a su éviter la phrase qui tue de son adversaire sans avoir pu lui décocher la sienne.

 

Frederic Buffin

blog: fredericbuffin

le 4 mai 2017.

 

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Frédéric Buffin - dans Politique
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