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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 00:57

 

Avec notre président, ce ne sera pas en marche, mais en course!  Ou, faut- il sprinter pour gouverner?

Aux jeux olympiques l'épreuve reine, ce n'est pas le marathon, c'est le 100 mètres. Plus personne ne connaît le vainqueur des 42 kilomètres qui a  succédé sans mourir lors des derniers jeux, à Philipidès le messager en armes qui tendit l'âme en annonçant la victoire des Athéniens contre les ..Perses  au 5 ème siècle avant J-C. dans la plaine de Marathon.

Par contre, tout le monde connaît Usain Bolt, sacré trois fois champion olympique du 100 mètres. Cet extraordinaire athlète jamaïcain a rejeté dans les ténèbres de l'incognito, les sprinters américains qui trustaient les places avant ce génie du sprint.

Pour devenir célèbre, il n'est donc pas nécessaire de courir longtemps, mais vite, très vite.

Pendant la campagne électorale de la primaire, les candidats de la droite classique (Juppé, Coppé,  Fillon,) avaient manifesté leur volonté une fois élus, d'aller vite en besogne en procédant par ordonnance. La gauche la bouche en coeur, la rose aux dents, protesta vigoureusement en clamant vertueusement qu'il s'agissait là d'une atteinte inadmissible au droit du Parlement d'élaborer et de voter la loi.

Pour ceux qui apprécient la démocratie parlementaire rien de mieux face à un projet gouvernemental, que les méthodes d'obstruction qui consistent à proposer des centaines d'amendements dont certains ne se différencient que par une virgule. Rien de plus excitant pour les parlementaires que ces interminables premières et deuxiémes lectures et ces discussions de la commission paritaire avec des navettes si fréquentes entre l'Assemblée Nationale et le Sénat. 

Et si un texte proposé par le gouvernement peut mettre plusieurs mois à être adopté, c'est Parfait. Dans ces conditions, la déclaration de l'urgence pour accélérer la procédure ou la présentation de l'article 49-3 de la constitution, constituent des modes "scandaleux" d'accélération de la vie législative , et de diminution des droits du Parlement.

Heureusement qu'avec la saisine du Conseil constitutionnel par 60 députés ou 60 sénateurs, il est possible de ralentir la marche des affaires. Ce serait trop.simple et trop rapide que les lois soient si rapidement promulguées. 

Et même après la promulgation, il faut saluer les lenteurs de l'Administration qui mettent parfois des mois à faire sortir les décrets d'application d'une loi pourtant parue au Journal Officiel.

La République qui avance à la vitesse d'escargot, c'est le nirvana pour certains adeptes de la démocratie parlementaire.

Ce n'est évidemment pas la tasse de thé de notre président qui bien que de gauche ni de droite; a d'ores et déjà annoncé que ses premières grandes décisions seraient effectuées par ordonnance, un des principaux instruments du parlementarisme rationalisé, c'est à dire...muselé façon Vème Republique.

En ce sens, il entend renouer avec la tradition monarchique, mais aussi avec les usages de troisième et de la quatrième république dont les dirigeants pratiquaient volontiers le décret-loi sous le contrôle du Conseil d'État. Même aux belles heures de la démocratie parlementaire, il fallait parfois bien agir sans trop perdre de temps.

Scandale dira-t-on de vouloir mépriser ainsi  dés le début du quinquennat la représentation populaire pour faire passer notamment le saccage du code du travail. Certains diront-même qu'il n'est plus besoin de ministère du travail. Il suffit de confier la rédaction d'une telle ordonnance à un cabinet d'avocats  ou à la cellule juridique du MEDEF!

Notre  jeune élu pourra objecter qu'on ne gouverne pas par objection et qu'il faut avancer rapidement:

"Moi Président" pourra-t-Il dire, je ne prendrai pas de vacances comme mon prédécesseur pour me reposer de la campagne électorale. 

"Moi Président je sais qu'il n'est plus temps de perdre du temps à trouver l'impossible synthèse si je veux faire avancer le char  de l'État à la vitesse de la société civile"

"Moi Président, il me faut courir "à toute berzingue" avant que je ne sois rattrapé par tous les groupes de pression qui vont vouloir s'accrocher à mes baskets pour freiner l'élan populaire qui m'a confié la charge de redresser le pays"

"Moi Président, je veux dire au pays que nous sommes en État d'urgence économique et financier et que je préfère la méthode expéditive  des ordonnances plutôt que
le train de Sénateur." 

- Moi Président, je voudrais dire à mes opposants que je n'ai pas été élu simplement pour inaugurer les chrysanthèmes et que je préfère semer par ordonnances afin que tous ensemble, nous récoltions le fruit de nos efforts avant la fin du quinquennat."

Bref C'est beau comme l'antique et rapide comme l'éclair.

A l'analyse, ce n'est pas un président que nous avons élu, c'est Mercure aux pieds ailés. Le dieu du commerce et des voyages, ( et accessoirement des voleurs)  le mieux adapté aux vents de la mondialisation, ce qui suppose des capacités de réactivité et d!'intervention face  aux crises qui nous attendent.
Dans ces conditions, l'usage des ordonnances sous contrôle du Conseil d'État et du Conseil constitutionnel, ce n'est pas si mal, même si l'Assemblée nationale et le Sénat n'y trouvent pas leur compte.

Et pour conclure, nous avons élu un président jeune et en bonne condition physique qui sur une piste d'athlétisme battrait la plupart de nos parlementaires. Alors silence dans les rangs, laissons le courir, si c'est dans l'intérêt du pays. 

Frédéric Buffin le 10 mai 2017.
Blog fredericbuffin.fr

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Frédéric Buffin - dans Politique
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