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21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 17:25

 

Des avantages et des risques d'un gouvernement "sabre au clair".

 

Le Premier Ministre l'a dit dans le Journal du Dimanche : sur la réforme du travail, il veut aller vite.

On peut le comprendre : le souvenir de l'interminable débat sur la loi travail sous le gouvernement Valls, qui s'est brutalement terminé par le déclenchement de l'article 49.3 de la Constitution n'incite pas les nouveaux gouvernants à se relancer dans une nouvelle guérilla parlementaire.

De plus, il faudrait gérer un certain nombre de manifestations dans le pays, parfumées de gaz lacrymogènes. Il y a donc mieux à faire.

La détermination du chef du gouvernement semble si forte qu'il est certes prêt vis-à-vis des partenaires sociaux à les rencontrer pour effectuer des discussions mais non pour entrer dans de longues négociations qui freineraient le cours des décisions à prendre pour relancer le marché du travail.

Bref, les corps intermédiaires dans le monde du travail, c'est bien, ils sont nécessaires, mais c'est à l'état et à lui seul de régenter par la loi les principes fondamentaux du Droit du Travail et à l'Administration de les mettre en œuvre par voie réglementaire.

Fermez le ban, syndicalistes et patrons, c'est à la puissance publique d'intervenir, sachant que le temps est compté pour remettre le pays sur la voie de la croissance économique.

 

Notre nouveau Premier Ministre s'est organisé un Cabinet composé de gens intelligents (normal, ils sont Enarques pour la plupart), qui vont certainement l'aider à prendre les bonnes décisions pour obtenir le résultat souhaité de relance de l'emploi qui concerne potentiellement 6 millions de chômeurs totaux ou partiels.

Sans le dire, lui et notre nouveau Président de la République rêvent de traverser une période où, comme par grâce divine, un courant de réformes peut être rapidement mené, sans que tous les acteurs économiques ne se mettent à regimber en manifestant trop bruyamment dans la rue. Ils ont en tête notamment la période 1958 / 60 qui a suivi l'arrivée au pouvoir du Général de Gaulle.

Celui-ci, qui avait pu inscrire dans la Constitution de la 5ème République le principe des Ordonnances, obtint par l'Assemblée Nationale, l'autorisation d'en promulguer près de 70.

Ces Ordonnances, inspirées du Plan Pinay-Rueff, ont notamment dévalué le Franc de 17%, créé un nouveau Franc, prévu la diminution drastique des effectifs de l'Administration, et facilité les transactions à l'étranger. Cet ensemble de réformes d'essence libérale produisit un effet rapide puisque dès 1962, les finances publiques furent excédentaires et que l'économie, malgré la guerre d'Algérie, repartit à la hausse.

Dans le domaine social, le Général redonna de l'autorité aux gestionnaires sociaux :

L'ordonnance de décembre 1958 sur l'hôpital, non seulement organisa l'hôpital universitaire, mais il renforça le pouvoir des Directeurs fonctionnaires au détriment de celui des Maires qui présidaient les Conseils d'Administration.

Dans le domaine de la Sécurité Sociale et du Régime Général, le Décret du 12 mai 1960 assura l'autorité des Directeurs de Caisse en matière de personnel au détriment des Conseils d'Administration qui étaient en place.

Cette période chérie de l’exécutif, démontre que même dans un pays bloqué il est possible d’avancer lorsque les gouvernants disposent d’une forte détermination.

Néanmoins, il serait prudent que dans le Cabinet des Ministres et dans celui du premier d’entre eux, ne figurent pas seulement des tirailleurs prêts à partir sabre au clair pour emporter la décision mais aussi que soient nommés quelques sages animés du principe de prudence et qui auraient lu dans les pages roses du Dictionnaire Larousse, la devise latine « festina lente ».

Un exemple cruel qui ne devrait pas faire plaisir à Monsieur Juppé peut être rappelé au sujet de la crise sociale de 1995. A cette époque, « le meilleur d’entre nous » pour le Président Chriac, s’était enfermé avec l’élite de l’Administration Française Financière et Sociale pour rédiger une Ordonnance visant à réformer la Sécurité Sociale en confiant le vote de son budget au Parlement.

Lors de la présentation du projet à l’Assemblée Nationale, les Députés, dont certains de l’opposition, se levèrent pour applaudir une telle initiative. Faire voter chaque année une Loi de Financement de la Sécurité Sociale, quelle bonne idée !

Mais l’opinion publique fut moins compréhensive. Résultat, de par la grâce de la SNCF et de la RATP en grève, la France et l’Ile de France en particulier, marchèrent à pieds pendant un mois d’hiver, heureusement, fort clément.

La présentation rapide d’un plan cohérent proposé par une petite élite administrative trop pressée suscita une révolte sociale de première envergure. Malgré tout, les Ordonnances furent mises en œuvre, à l’exception de celle supprimant les Régimes Spéciaux. Mais le pays, du fait de cette méthode hâtive pour réformer, prit vingt ans de retard dans la modernisation de l’Etat Providence, qui ne survit aujourd’hui qu’à coups de déficits majeurs. On peut en outre être dubitatif sur le résultat, puisque la Sécurité Sociale fin 2015 conserve, malgré un vote annuel par le Parlement, une dette de 156 Milliards d’euros (soit plus de 1 000 Milliards de Francs 2000).

Si un conseil peut être donné à la nouvelle équipe gouvernementale, malgré la volonté des jeunes quadras d’aller vite, c’est d’avoir en tête que une partie de la Cavalerie Polonaise encore montée à cheval et qui manquait d'équipements lourds, 

en septembre 1939 fut décimée par les Panzers Allemands. Or, les forces hostiles aux changements, surtout dans le monde du travail, conservent encore quelques forces qu’il serait imprudent de sous-estimer.

 

Frédéric BUFFIN qui a bien connu cette élite administrative des années 1995 sympathique, mais sûre d'elle- même et dominatrice.
 
Twitter: @Buffin13

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Frédéric Buffin - dans Politique
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