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3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 10:53

 

Faut-il détester son banquier quand on est endetté et surtout le faire savoir?

Il y a quarante ans, la BNP qui souhaitait se renforcer dans la banque de détail  avait  affiché dans le métro un personnage à la mine gourmande et cupide qui disait: "votre argent m'intéresse."

Cette pub "géniale" puisqu'en terme de résultat, elle fut un succès avec des clients supplémentaires à la clé, suscita la colère des moralistes de tous poils qui dénoncèrent l'invasion des thuriféraires   de l'argent- roi jusque dans les stations de métro.

Des banquiers il en fallait, c'était un mal nécessaire, mais des banquiers fiers d'eux-même et décomplexés qui nous invitaient à participer au culte du veau d'or, non!

Aujourd'hui, le temps a passé et le monde bancaire a perdu de son aura: avec la crise des milliers d'entrepreneurs et de particuliers en quête de financement pour leurs projets, se sont rendus compte à leur dépens , de la pertinence du proverbe: "on ne prête qu'aux riches." 
De plus avec la crise des subprimes en 2008, le spectacle de centaines de milliers d'Américains dépossédés de leurs biens immobiliers parce qu'ils ne pouvaient  pas satisfaire au principe selon lequel "un crédit vous engage et doit être respecté," a terni l'image des cadres bancaires en col blanc et cravate bien mise,  au coeur de pierre, devant les larmes des expropriés ou des faillis.

Et en plus, les États et les contribuables ont du refinancer la galaxie bancaire qui avait joué avec des valeurs sans valeur.  Quelle entreprise géniale que  la banque! On ne peut pas la mettre en faillite si elle a commis des fautes et fait de mauvaises affaires, sous peine de paralyser l'économie!

Et le spectacle des établissements financiers  qui ont imposé à la Grèce des taux usuraires parce que son gouvernement refusait la politique d'austérité quelles voulaient infliger au pays, n'a pas redoré le blason des "banksters."

Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que la candidate "bleu marine", pilonne son rival jeune et sémillant, parce qu'il a effectué un séjour professionnel  à la banque Rotschild. Haut fonctionnaire, pourquoi pas, ministre à la rigueur, mais banquier quelle horreur! Et ce soir à la télé, lors du débat d'entre les deux tours, cet argument populiste anti- finance aura certainement du poids aux yeux de l'opinion publique 

Pourtant à bien y réfléchir, si j'étais président de la République, j'éviterai de me fâcher avec le monde bancaire pour au moins trois raisons.

- Avec plus de 2200 milliards de dettes publiques, il n'y a pas lieu de faire le fier. Et comme nous ne sommes plus au temps de Philippe le Bel qui pour effacer la dette royale,  fit brûler les templiers,  ces créanciers  trop durs d'eux et dominateurs, il n'est pas possible d'embastiller les grands patrons de la finance, pour ne pas rembourser.

- Si ces banques étaient françaises, il serait possible de leur demander un effort au nom du patriotisme économique, mais des mesures de rétorsion à l'égard de gens si cupides sont difficiles à mettre en oeuvre,  quand la dette publique est à 60% d'origine étrangère et que les banques asiatiques notamment ont le bon goût de combler les trous de nos finances publiques.

- Dernier point, l'image des banquiers assoiffés de sang pour saigner notre pays, ne correspond peut-être pas à la réalité: l'état et la sécurité sociale bouclent leur fin de mois avec des taux d'intérêt variant entre 0,80 et 0,90% à 10 ans. C'est certes, plus cher qu'en Allemagne où ce taux est à 0, 25%.  Mais à ce prix, pour de telles cigales, la fourmi banquière est très généreuse.

Dans ces conditions, il est peut-être prudent de porter à la magistrature suprême un candidat qui connaît bien le monde de la banque et qui de surcroît parle couramment l'Anglais la langue de la finance.

Il est très imprudent de malmener son financeur quand on n'a pas les moyens à ce niveau de dettes,  de s'en passer.

Évidemment,  cet argument financier dans une économie toujours plus financiarisée, est moins noble que Le combat pour les valeurs d'accueil d'ouverture au monde, ou de risque pour les libertés publiques d'une politique extrémiste, mais il peut avoir son importance pour l'électeur qui sait compter. Et heureusement dans notre France de 2017, il n'en manque pas!

Je sais que ce papier risque d'agacer le lecteur influencé par un vieux fond de culture anticapitaliste. Mais dans notre monde, il est prudent de ne pas manger trop voracement la main de celui qui vous permet de vous nourrir, pour reprendre un proverbe chinois. 

Manu ne vous enthousiasme pas. C'est votre droit le plus strict. Il aura tout dit et son contraire en campagne (comme les autres.) Il est sans culture profonde. Il manque d'esprit de transcendance malgré sa voix hystérisante dans ses discours de meeting  Il semble bien léger comme futur chef de guerre. Il est le fils naturel de l'actuel locataire du château qui déclara fièrement que son adversaire était la finance avant de s'en faire un ami avec le CICE.  Il est le représentant des  élites sûres de leur bon droit et de leur connaissance des dossiers, face à un petit peuple désorienté et précarisé, mais.. ..

votez pour un ex banquier qui aura peut-être une petite chance de mettre davantage la finance au service de l'économie, c'est,  que vous soyez riche ou pauvre,  dans votre intérêt et principal!

Frédéric Buffin

Le 3 mai 2017.

 

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Frédéric Buffin - dans Politique
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