Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 16:32

Vive le nouveau monarque républicain!

Ceux qui veulent passer à la sixième République en diminuant les pouvoirs du Président de la République, en seront pour leurs frais: En fin de compte les Français apprécient la monarchie républicaine, ce roi sans couronne qui dispose d' un ensemble de pouvoirs unique dans le monde démocratique.

Certes, depuis l'exécution du roi Louis XVI, ils sont privés du sacre à la cathédrale de Reims ou à Saint- Denis. L'Elysée comme lieu de passation du pouvoir, c'est classe, mais c'est moins faste  qu'une cérémonie à grand renfort de trompettes et d'orgue. Et même si la cérémonie de ce dimaniche 14 mai sera retransmise à la télévision, elle n'aura jamais le retentissement de celle qui plaça la reine Elisabeth sur le trône de la monarchie britannique. 
Certes la passation de pouvoir entre l'ancien et le nouveau locataire du château , prive les personnes à mobilité réduite de leur messe télévisée, au grand scandale de Christine Boutin qui en fait d'ailleurs un peu beaucoup sur cette privation. La présidentielle vaut bien une messe, comme disait Henri IV  en évoquant son retour à  Paris, pour achever de pacifier le pays déchiré par les combats fratricides entre protestants et catholiques.

Mais, qu'à celà ne tienne, les Français sont attachés au pouvoir fort: 
- celui de Louis XIV qui avait porté l'autorité à son optimum bien aidé par l'Aigle de Meaux l'évêque de Meaux qui estimait que "nulla potestas nisi a deo." Bakounine qui proclamait "ni dieu ni maître," n'était pas encore né.
- Celui de Bonaparte qui exerça le pouvoir sous le Consulat et l'Empire avec une main de fer que seule l'Europe coalisée à Waterloo permit de dessérer. Chaque fois que je visite le Louvre, je suis toujours impressionné par la toile du sacre impérial. Il n'y a pas à dire Napoléon consacré empereur  par un pape humilié, ça avait de la gueule. Un peu de transcendance pour grandir le nouveau souverain, c'était un plus qu'un peintre comme David au service de la paranoïa impériale sut exprimer avec talent. 
- Cette aspiration des Français pour un exécutif fort s'est évidemment perpétuée lors de la formation de la Vème République. Fini le règne du Parlement avec ses combines d'appareils politiques qui finissaient par paralyser le pays. Avec le général de Gaulle dont Mitterand disait qu'il était le responsable d'un coup d'État permanent, tout y est passé pour que soit dépassée la démocratie parlementaire en place jusqu'en 1958 et 1962: Champ limitatif de la loi bien balisé par les articles 34 et 38 de la Constitution, possibilité par le Président de légiférer par ordonnance, article 49-3 pour tordre le bras de l'assemblée nationale en cas de refus de vote d'un projet de loi, et cerise sur le gâteau, article 16 qui autorise le Président en cas de crise majeure à prendre des décisions qui sont  d'ordinaire du domaine de la loi. Etc...
Quoi de mieux enfin  que le référendum pour faire exprimer la volonté populaire pour les uns, populiste pour les autres, par la volonté d'un homme à poigne pour gérer les affaires  du pays.

- Chose paradoxale qui confirme l'attachement des Français aux institutions de la Vème République, l'élection par les citoyens du Président ainsi que  le référendum,  constituent par ceux-ci, un moyen de renouveler de façon non violente le régicide à intervalles réguliers: Le général abandonna l'arène politique en 1969 par refus du référendum sur la réforme des institutions. Giscard dut dire "au revoir" au peuple français en 1981, les électeurs ayant sèchement décidé de choisir François Mitterand qui en profita pour embrasser sans vergogne les habits de Président sans se dessaisir des immenses pouvoir de son prédécesseur. 
Sarkozy fut éliminé en 2007, à la suite d'une cinglante anaphore décochée en plein débat présidentiel. Quant à son successeur, il préféra renoncer à la suite de sondages catastrophiques sur son bilan politique,  pour éviter de subir le couperet du suffrage universel.
Il sera difficile dans ces conditions, aux tenants de cette méthode démocratique de choix des dirigeants politiques de faire renoncer les Français à cette liberté fondamentale qu'ils ont acquis en 1962.


- Une autre raison témoigne de l'attachement des Français à la Présidence de la Republique façon Vème. Les épouses des présidents ont toujours intéressé l'opinion publique. Tante Yvonne recevait un courrier de ministre. La femme  de Pompidou Claude, n'était pas moins sollicitée de même qu'Anne-Aymone la femme de Giscard.    Danielle la femme toujours révoltée de Mitterrand (l'officielle) usa de sa fonction pour soutenir les associations humanitaires et Bernadette la femme de Chirac, usa de sa position de première dame, pour lancer l'opération pièces jaunes afin d'aider les enfants à l'hôpital. Seul Francois Hollande montra qu'il était incapable d'embrasser la fonction présidentielle  parce qu'il ne put désigner à cette fonction honorifique mais symbolique  ni avec Ségolène ni avec Valerie Trierweiler ni avec Julie Gayet.  Pas bien!
Heureusement nous sommes sauvés avec Manu, Brigitte son épouse régulière,  arrive, prête à redonner du crédit à la fonction de "première dame." Ouf, nous sommes sauvés!

- Dernière raison inconsciente qui rend impossible toute évolution actuelle du chef de l'État: Il appartient au seul peuple français et à lui seul, de mettre fin à ses fonctions. Et tous ceux qui ont réussi à abréger le mandat de notre dirigeant suprême, par une solution radicale, l'ont appris à leurs dépens. 
Ravaillac en 1604 qui avait tué Henri IV en plein Paris fut écartelé en place de Grèves pour son crime. Le malheureux avant de trépasser a dû passer un moment très désagréable. 
Caserio, qui au nom de l'anarchie, tua le Président de la République en 1894  après le  refus de la grâce d'Edouard Vaillant et  Emile  Henry, fut guillotiné sans faiblesse pour son crime d'État. Il en fut de même pour Gorgulov qui assassina Paul Doumer en 1932. 
Après  l'attentat manqué du petit Clamart, le colonel Bastien-Tiry, fut fusillé au nom de son origine militaire. Le général qui manqua peut-être de grandeur sur ce coup là, se serait grandi en accordant la grâce presidentielle. Mais il ne pouvait supporter qu'un gradé de l'armée, ait souhaité attenter à sa vie en tant qu'il représentait et dirigeait la France. Le vieux militaire avait des principes et de plus, il était rancunier.

Depuis ces événements tragiques, les Présidents font désormais  l'objet d'une surveillance constante. Une soixantaine de gardes du corps sont aujourd'hui mobilisés pour assurer au titulaire de la magistrature suprême,  la sécurité nécessaire à l'exécution de sa mission au nom du peuple français qui seul est habilité à interrompre son mandat dans des conditions normales. Au passage, on admirera le courage et la patience du nouvel impétrant pour supporter pendant cinq ans une telle surveillance rapprochée 24 heures sur 24.

Pourquoi donc  souhaiter modifier le cadre institutionnel  actuel qui permet d'élever pour un temps limité, un haut personnage sur un pied d'estal de nature à le faire entrer dans le tragique de l'Histoire de France? Et l'Histoire, en France, c'est important.

Bonne chance monsieur le Président,  pour inscrire une page nouvelle, à la fois sociale et glorieuse de l'histoire de notre pays. Il y a du boulot et cinq ans c'est bien court depuis que certains ont commis la folie de renoncer au septennat.

 

Frédéric Buffin qui fut pour un temps professeur d'Histoire avant de  s'égarer à la sécurité sociale où il a passé avec passion, la plus grande partie de sa carrière professionnelle. 

Blog: fredericbuffin.fr

Partager cet article

Repost 0
Frédéric Buffin - dans Politique
commenter cet article

commentaires