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17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 09:14

 

Pitié piour les énarques ou Plaidoyer pour l'enarchie.

Ils (elles) trustent les bonnes places dans les administrations centrales de l'État ils (elles) ne dédaignent pas les coins les plus crottés du territoire en rejoignant le corps de la préfectorale et les administrations déconcentrées de l'État. Ils (elles) ont investi le corps diplomatique et peuplent les ambassades et les consulats français  répartis sur toute la planète.
Ils  (elles pas encore) sont ultra majoritaires dans ces clubs sélects de la République que constituent  le Conseil d'État, la Cour des comptes, l'Inspection  Générale  des Finances et dans une moindre mesure l'Inspection  Générale des Affaires Sociales. 
Ils (elles) ne dédaignent pas le secteur audiovisuel  même si leur présence y est contestée par les journalistes.
Mais pour faire bonne mesure, , ils ont investi la politique en devenant d'abord membres  des cabinets ministériels qui constituent de fantastiques accélérateurs de carrière. Ils (elles) ont accédé aux plus hautes fonctions: ministres, premiers ministres,  Président de la République, mais aussi maires, députés sénateurs , élus locaux de tous bords et de tous poils. 
Et cerise sur le gâteau, après avoir servi  l'État avec zèle,   ils ne se privent pas d'aller pantoufler dans le secteur privé où beaucoup (pas tous) font merveille grâce à leurs compétences, leur réseau et leurs connaissancesde l'appareil d'État que n'importe quelle entreprise de standing doit savoir pénétrer pour gérer ses affaires au mieux ses intérêts.

Qui sont ces phénix, ces seigneurs et maîtres, ces puissants en col blanc ou en jupe plissée, ces si bons élèves qui dans leur jeunesse ont réussi le concours suprême, propre à leur donner une bonne place pendant toute leur vie professionnelle? Ils s'agit des énarques bien sûr. Cette Élite de la République Française; la crème de la crème de l'État Français, le caviar des Institutions Françaises, ces joyaux du pays de France auquel il ne faut point toucher sans risquer de faire écrouler l'édifice national.  Le pays s'est construit depuis la monarchie capétienne sur un État fort, nul ne devrait l'oublier. Et comme le poisson pourrit par la tête, il vaut mieux disposer au sommet de cet État, de personnalités fortes...formées à l'ENA bien sur.

Seulement voilà, à force de succès, les anciens (nes) élèves de l'administration sont parvenus à se faire détester, comme en témoigne la vague populiste qui a secoué le pays lors du premier tour de l'élection présidentielle.

- d'abord par tous les attachés d'administration qui voient sans pouvoir rien n'y faire, des météores prendre toutes les bonnes places auxqueĺles ils aspirent et qui tout en faisant le job, ruminent leur amertume de voir le ou la nouvelle arrivés prendre la place du chef à laquelle ils prétendent. Ces travailleurs de l'ombre que constitue le petit monde des attachés préfèrent le dicton, "c'est dans les vieux pots qu'on fait la bonne soupe", au proverbe, "la valeur n'attend pas le nombre des années."

- Ensuite par les élus non énarques, les représentants des syndicats et même du patronat et les multiples représentants des corps intermédiaires à qui les énarques imposent des règles multiples pour bien leur montrer que quoiqu'ils fassent l'État est premier sur notre territoire et qu'il a fait et fait encore la Natîon.

- Enfin par le bon peuple qui n'est pas protégé malgré l'intelligence de ces martiens venus d'ailleurs, du déclassement, de la misère et du chômage. A quoi bon tous ces énarques regroupés en caste, financés grassement par nos impôts, si c'est pour constater que toute une France périphérique demeure au bord du chemin. 

-Et malgré cette incapacité à choyer le bon peuple, ils ont été incapables de maîtriser la dette publique qui dépasse les 2200 milliards d'euros. Quels mauvais gestionnaires!

Dehors donc les énarques qui par la seule grâce de la réussite à un examen difficile; ont su constituer une nouvelle noblesse ou un nouveau clergé peu enclins à la transcendance charitable ,  pendant qu'il maintiennent le pauvre Tiers- État en situaction de dépendance et de mal développement. Et on se plaint du fait  que l'exutoire face à toutes ces frustrations, ce soit la rue avec son cortège de violences potentielles?

Dehors donc les énarques, ces pelés, ces galeux d'où vient tout le mal. Haro sur les énarques comme sur le baudet de la  fable! Qu'ils dégagent comme éructe le candidat de la France insoumise.

A y regarder de plus près, cette condamnation de nos élites énarchiennes est injuste: 

- d'abord, il faut bien l'admettre, les énarques n'ont pas leur pareil pour traduire ces grimoires  administratifs que sont devenus, les différents codes administratifs qui sont les piliers de notre belle république. Pour lire le code de la Sécurité Sociale par exemple,  qui est mieux placé que les énarques que la direction du même nom? Il en est de même pour le code général des impôts que seuls les énarques de la  direction de la législation fiscale sont en capacité d'interpréter. Idem pour le code de la construction et de l'habitation. Etc .. C'est un peu normal, c'est eux qui les écrivent.

- En second lieu, nous sommes au temps de l'europe er de la mondialisation triomphantes dont toutes les interactions révèlent la complexité des situations que le pays doit affronter. Or pour comprendre et agir, il vaut mieux des énarques certes parfois monstres froids, mais compétents,  que des personnages de moindre niveau. Et ultime paradoxe, pour simplifier la vie administrative à laquelle aspirent tant de nos concitoyens, c'est très compliqué. Et gérer la complexité, nos énarques, ils savent faire puisqu'ils ont été formés à la développer dans le monde administratif, mais aussi dans toute la sphère économique et sociale.

- Enfin, au cours de ma carrière professionnelle, des énarques qui avaient non seulement l'esprit de géométrie, mais aussi de finesse, j'en ai rencontré. J'en ai même croisé qui avaient du coeur, attachés non seulement au service de l'État mais aussi de leurs concitoyens. Si, si, lecteurs sceptiques, des énarques qui ont la tripe sociale, il en existe; des énarques qui vont au charbon ou ne réchignent pas à se salir dans les étables au cul des vaches, on en trouve. Il en est  même qui serrent les mains (forcément sales) des travailleurs et travailleuses du pays, n'en déplaise à Florence Arthaud. 
Beaucoup savent sortir de leurs bureaux pour aller à la rencontre de la France profonde et c'est pour cette raison que le pays n'a pas encore implosé malgré ses 6 millions de chômeurs.

Bref, les énarques ne sont pas de nouveaux dieux intouchables. Et même s'il leur faut obéir aux ordres qui viennent  d'en haut, Ils sont plus humains, avec des émotions devant la douleur de leurs concitoyens,  quoiqu'on en dise que leur costume cravate ne semble le montrer.  La preuve, ils font pipi et c..et font même des enfants comme tout le monde.  

Ils souffrent des mêmes ennuis familiaux que tout un chacun. Ils éprouvent même parfois des doutes vis à vis de la fonction qu'ils remplissent, même s'ils se gardent de l'exprimer, sachant qu'ils exercent pour agir et non se plaindre. Les états d'âme au vestiaire. On ne gouverne pas par objection!

'Dernier  mot, les Français viennent d'élire un brillant énarque qui se veut protecteur de son peuple. Ceci démontre que les électeurs ne sont pas si rancuniers vis à vie des énarques. C'est rassurant de voter pour un candidat intelligent!. Les Français veulent du régalien, ils auront des énarques. Avec le profil de notre président ceux-ci ne sont pas destinés à pointer à Pôle emploi.

Pour conclure, admettons le. Ils sont parfois, suffisants, imbus d'eux-mêmes, fiers d'eux et dominateurs,  mais ils constituent un mal nécessaire dont le pays ne saurait se passer sans s'effondrer. À une voyelle près,  nous pouvons tomber dans le bazar institutionnel:  de l'énarchie triomphante à l'anarchie galopante, il n'y a qu'un pas. Et celle-ci, par les désordres qu'elle engendre ne sert jamais les intérêts du bon peuple.

Alors malgré tout, disons  le haut et fort, vive l'énarchie, condamnée à réussir avant d'être emportée par une vague populiste délétère.

Frédéric Buffin qui n'a pas fait l'ENA et qui je le précise pour le lecteur qui me trouverait trop complaisant pour les enarques, ne recherche pas de place.

Blog: fredericbuffin.fr

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Frédéric Buffin - dans Politique
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