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2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 17:46

 

Un peu d'ironie fiscale:  et si on repartait de la TVA sociale? Dans le match TVA (sociale)contre CSG qui va gagner?

La scène se passe au palais omnisports de Bercy à deux pas de la citadelle des finances publiques françaises.

Deux adversaires, mesdames TVA et CSG, s'affrontent bien décidées  à en découdre devant des milliers d'agents des impôts et des URSSAF ainsi que des contribuables actifs, pensionnés et épargnants peu enclins  à  s'en laisser compter dans ce débat sur l'opportunité de la TVA sociale et de la CSG-CRDS pour le financement de la protection sociale.

Sur le ring décoré de feuilles d'imposition  et de contributions de toute sorte, l'arbitre habillé aux couleurs du drapeau français présente les deux protagonistes.

"A ma droite, (c'est bien le cas), elle s'appelle  mIssis TVA. (matinée de sociale c'est mieux.) qui pèse sur les dépenses de consommation. Elle été inventée par Maurice Lauré, un fonctionnaire de droite et acceptée en 1964 par Giscard un  ministre des finances qui n'était pas de gauche." Elle représente aujourd'hui près de 145 millards de recettes nettes pour les finances publiques."

Une bordée de sifflets et d'injures provenant de la foule, suit immédiatement la présentation de l'arbitre qui n'a pas d'autre moyen pour calmer l'ire de la salle que de présenter plus vite que prévu, sa concurrente  de cette inoubliable soirée: 

"A ma gauche j’ai nommé missis CSG créée par Mr Rocard en 1991 qui pèse sur l'ensemble des revenus du travail, des pensions et de l'épargne. Après de nombreuses évolutions, elle approche désormais près de 100 milliards d'euros de recettes pour les finances sociales et son rendement est on ne peu plus dynamique."

La foule moins opposée à cette présentation que pour son adversaire applaudit mollement. ( Certes la CSG fait du social, mais elle pèse rudement sur les ménages et les épargnants.)

L'arbitre donne la parole à la doyenne qui présente ainsi sa défense: mme  TVA un peu intimidée par l'accueil peu chaleureux qui lui a été réservé commence le débat: 

"Vous venez de me chahuter, mais en réalité vous devriez me tisser une couronne de laurier autour de la tête, tant j'ai contribué à faciliter la vie des ménages et des entreprises dans le domaine de la consommation. La croissance des années 1970 m'est en partie imputable. J'ai eu tellement de succès que tous les pays de l'Union européenne m'ont adoptée. Pensez donc, un impôt sur la consommation qui ne pèse pas sur la production.  Il y a de quoi faire rêver. Et de surcroît je rapporte chaque année  deux fois plus que l'impôt sur le revenu si tracassier qui atteint tout juste 72 milliards et l'impôt sur les sociétés tout juste 54. En matière fiscale, je suis tout de même une référence ! 

Forte de mon succès, je suis accusée  de tous les maux. Je serais la cause de l'inflation; je serais plus douloureuse à payer pour les ménages modestes que pour  ceux qui sont plus aisés. 

Mais ce sont des fadaises de me rabaisser ainsi. Avec la concurrence, les opérateurs économiques ne répercutent jamais toutes les hausses dont je fais l'objet. Quant aux pauvres, ils me subissent moins que les riches puisqu'ils consomment moins!

Avec toutes ces méchancetés, je suis devenue impopulaire . Rappelez vous le débat entre Borloo et Fabius en 2007, avant l'élection des députés . Ce dernier m'avait tellement craché dessus  que beaucoup de candidats de droite avaient mordu la poussière et que Sarkozy n'avait pu remporter les élections législatives que d'une  courte majorité. Quelle dommage d'avoir été si mal comprise.

Et c'est pour cette raison que suis est obligée de m'affubler du  qualificatif de social quand un gouvernement veut m'augmenter. Quelle misère! Et.. "

Un brouhaha croissant s'entend dans la foule qui permet à mme CSG de contrattaquer.

"Bon dis-moi donc toi  Mme TVA, tu peux me laisser un peu parler. Car moi miss CSG, j'ai bien des mérites:  d'abord, je suis vraiment de gauche. Un peu de CSG proportionnelle, un peu de CSG progressive. A 2,4% sur tous les revenus à l'origine, ça ne pouvait pas faire de mal et c'était une bonne idée de faire financer la CSG sur tous les revenus. 
C'était tellement bien qu'en 1995,  c'est un homme de droite Alain Juppé ,  qui a eu l'idée de mettre à mes côtés ma petite soeur CRDS pour rembourser la dette sociale. Elle devait s'éteindre en 2017 et la voici prolongée jusqu'en 2024. Elle doit donc disposer de bien des qualités pour être ainsi pérennisée.

Et quelques temps après Strauss-Kahn et la mére emptoire (M.Aubry) se sont mis  d'accord entre 1997 et 2002, pour m'augmenter afin de faire baisser les cotisations sociales parce que mon assiette est plus large que les seuls revenus du travail. Faire financer la Secu sur les bonnes retraites et les revus de l'épargne, ce n'est que justice! 

De plus, aujourd'hui avec 7,5% sur les salaires et 6,6% sur les retraites, je suis dynamique puisqu' en 1996  je vais flirter avec la ligne des 100 mds d'euros.
Et qu'on ne me dise pas que je ne pense pas aux plus modestes, puisqu'en dessous d'un revenu fiscal de référence de 11000 euros, mon taux est réduit à 3,8% et que les prestations sociales non contributives en sont dispensées.

Alors je sais, la cour de cassation et le conseil constitutionnel se battent depuis des années pour savoir si je suis une cotisation sociale ou un impôt. Je sais, certains voudraient me marier avec l'impôt sur le revenu pour que je sois plus progressive (donc forcément plus progressiste.) Mais tout de même j 'ai un bon bilan derrière moi et il n'y a pas de raison que les transferts des cotisations sociales vers moi-même ne continuent pas."

Après des applaudissements nourris d'une fraction de la salle, sauf du côté des pensionnés aisés et des épargnants, madame TVA bien décidée à ne pas se laisser démonter par la passion solidaire de madame CSG reprend la parole.

"Je vous ai bien écoutée madame CSG et votre petite soeur CRDS. Mais quel intérêt y - a-t- il à devoir vous augmenter comme le souhaite notre nouveau président? Pourquoi faudrait-il vous augmenter jusqu'à 9,7% si ce n'est pour  vous en prendre aux retraités qui n'ont pas la malchance de disposer de basses pensions? Votre seule raison serait donc de baisser les cotisations sociales chômage des actifs. 
Mais c'est ridicule, puisque le Conseil Constitutionnel va faire du petit bois avec une telle mesure qui ne concerne que les salariés du privé alors que vous avez au moins ce mérite madame CSG d'avoir une vocation universelle.

Et puis pourquoi devriez vous lancer dans la lutte des âges. Certes, les retraités ont acquis du patrimoine et bénéficient de bonnes pensions, mais ils ont travaillé dur comme les actifs d'aujourd'hui. Ils ont fait des enfants pour en faire de bons cotisants, alors pourquoi voulez vous massacrer les vieux  à ce point, en vous faisant grossir à ce point. Vous feriez mieux de faire régime!"

Après des applaudissements de seniors et des cris en forme de voix de jeunes l'altercation reprend entre les deux protagonistes.

"-Oui, mais moi je suis solidaire et donc plus juste que vous mme TVA! Et ça, vous cloue le bec.

- C'est bien joli de me faire la morale en vous parant de toutes les vertus madame CSG, mais moi au moins je suis efficace pour faire repartir l'activité économique.

- Et par quel miracle madame la TVA?

- C'est tout simple, en faisant comme Mme Merkel en 2005, quand elle est arrivée aux affaires en Allemagne. 

- Et qu'a-t-elle fait "die Eisenfrau?" (La dame de fer allemande.)

- C'est tout simple, elle a augmenté ma consoeur de 16 à 19% sur les dépenses de consommation, ce qui lui a permis de  redonner du pouvoir d'achat aux salariés en baissant les charges sociales de plus de 5% . Et ce n'est pas pourtant que l'inflation est repartie. De sucroît, augmenter la taxation des importations tout en diminuant  le niveau des charges sociales dans les produits et services à exporter, c'est plutôt une bonne idée. N'oubliez pas non plus qu'il y a en France 80 millions de touristes par an qui vont ainsi contribuer davantage au financement de notre protection sociale, comme celle des produits et des services importés.

- Mais madame TVA, si vous décidez de vous augmenter de 3%, je ne vois qu'une cotisation qui pourra baisser, c'est celle consacrée aux prestations  familiales à 5,5%. Seulement manque de chances, elle est uniquement patronale et donc vous ne baisserez pas d'un centime les charges salariales. Votre proposition n'enrichira que les patrons. Moi je préfère par l'augmentation de mon embonpoint contribuer à l'enrichissement des salariés du privé. 

- Ne vous inquiétez pas madame CSG, il y a suffisamment de têtes bien faites à Bercy et rue de Segur pour mettre en place la tuyauterie qui va bien pour que les salariés et aussi les fonctionnaires que vous semblez oublier, profitent de mon augmentation si elle est adoptée plutôt que la votre. Il faut bien que l'ENA serve à quelque chose.

- Dans votre raisonnement, il manque quelque chose en vous référant à Frau Merkel. Sous son ère les salaires ont stagné et les prestations sociales ont baissé. Et même si le nombre de chômeurs a baissé  celui des  de pauvres a augmenté comme le dit Melenchon. 

- Avec un peu de cruauté madame CSG, je vous dirai que le successeur de Mr Sakozy qui avait rapporté la mesure de mon augmentation d'1,6% parce qu'il la trouvait injuste,  a préféré ne pas se représenter au bout d'un seul quinquennat  pendant lequel les  prestations sociales ont été majorées de façon systématique à un niveau supérieur à celui du SMIC.  Récompenser l'assistance plus que le travail, ce n'est pas bien malin.
Madame Merkel, elle après 12 ans de pouvoir, est toujours  aux affaires. Le peuple allemand doit bien y trouver son compte pour qu'elle soit si régulièrement réélue."

-De toute façon, madame TVA, que ça vous plaise ou non, notre président a parlé de m'augmenter plutôt que vous-même, alors vous pouvez dire ce que vous voulez, je suis promise à un meilleur avenir que vous."

Dans la salle, après ces échanges tendus, le bruit devient indescriptible entre les tenants de Mme TVA et de Mme CSG. Heureusement que des grilles de trois mètres de haut, séparent les deux camps. Pour un peu certains en viendraient aux mains.

"Madame TVA, madame CSG-CRDS." finit par dire l'arbitre séparant les deux débatrices. "Vous avez bien ferraillé. Vous vous êtes bien battues, il faut vous reposer. C'est maintenant à Bercy et à l'avenue de Ségur et au gouvernement de faire des propositions au Parlement qui est en charge de voter les contributions sociales et fiscales. Dans sa sagesse la représentation nationale saura vous faire savoir s'il convient de vous faire grossir ou de vous faire subir une cure d'amaigrissement Cette solution ultime serait le mieux pour les contribuables et assurés sociaux que nous sommes, mais pour savoir s'il convient de baisser les prestations sociales, il faudra faire venir d'autres débatteurs et notamment ceux qui en bénéficient. Ce jour là, je mettrai un gilet pare-balles.


Fredo la Secu, qui à contre-courant de nombre de penseurs du social pense qu'une majoration de TVA contre une baisse de charges sociales ne serait pas une mauvaise solution.

le 2 juin 2017.
Blog : fredericbuffin.fr

 

 

 

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commentaires

Théophile 03/06/2017 18:46

TVA et CSG sont les prélèvements cibles du social. La baisse du coût du travail et l'étatisation de la sécurité sociale seront inévitables. Mais la CSG est plutôt adaptée à la solidarité universelle (RSA, famille, remboursement des soins...) à laquelle tous les revenus doivent contribuer, alors que la TVA peut prendre en charge le coût de production induit par le "salaire différé" (retraite de base, chômage, remboursement des salaires des malades par la CNAM) qui est toujours chargé dans les prix.