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25 août 2017 5 25 /08 /août /2017 08:51

 

 
Emmanuel Macron a raison, les Français détestent la réforme. 
 

De la difficulté de réformer.

 
Aucun homme politique ne saurait se présenter devant ses électeurs en proclamant ses penchants conservateurs. "Le maintien c'est maintenant" ne saurait faire office de slogan électoral.
 
Oser dire qu'il ne faut rien changer à l'ordre établi, qu'il soit précaire ou bien en place, est une folie suicidaire  pour celui qui souhaite disposer des suffrages de ses concitoyens.
 
C'est pourquoi les discours électoraux sont toujours nourris d'accents lyriques sur la réforme et le changement considérés comme un bien en soi. De la promesse giscardienne ( vous serez surpris par l'ampleur du changement) à l'engagement du candidat Hollande ( le changement c'est maintenant) la réforme est toujours montée au pinacle.
 
Une fois les candidats élus, il en va évidemment autrement. Le corps social se met à ruer dans les brancards  devant toute initiative gouvernementale qui vise à changer la donne, fût- ce pour le bien proclamé des électeurs des ex candidats devenus gouvernants.
 
Tel citoyen cultivant paisiblement son jardin, est prêt à descendre dans la rue pour crier sa colère dés qu'il pressent que la réforme ne s'organise pas sur le terrain du voisin, mais sur le sien propre. "Vous pouvez labourer comme vous le voulez,  mais pas chez moi." semble être le contrat social implicite qu'année après année la société civile impose au monde politique.
 
Et voici nos réformateurs fort dépités du fait de l'incompréhension de leurs administrés qui rejettent une projet  " pourtant juste et efficace", même si le dispositif a été imparfaitement expliqué et vis à vis duquel ses adversaires sont forcément de mauvaise foi.
 
On n'en finirait pas de citer des réformes tombées dans le caniveau par la grâce de la déambulation des manifestants ayant battu le pavé pour s'opposer à la réforme toujours inique proposé par des gouvernants acharnés à faire du mal aux citoyens. Projet Savary d'unification des établissements scolaires en 1984. Réforme Devaquet organisant la sélection pour entrer à l'Université. Projet Villepin sur le contrat premier embauche pour les jeunes. Etc.
 
 À droite comme à gauche, c'est très dur de réformer. La généralisation du tiers payant pour les honoraires médicaux, la libéralisation du travail le dimanche et le projet de réforme du collège fournissent de bons exemples actuels de la réformophobie qui saisit le pays chaque fois qu'un gouvernement s'empare d'un sujet pour le traiter. A croire que " le roi fainéant" constitue  le modèle rêvé de gouvernant pour une majorité d'entre nous.
 
Qu adviendrait-il si un imprudent au pouvoir s'avisait de procéder, à une réduction drastique des corps de la fonction publique ou bien encore à un simple aménagement de la loi de 1905 sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat?
 
De temps en temps pourtant,  un  texte malgré l'énergie des opposants de la rue finit par s'imposer, tel que la réforme de la Sécurité Sociale en 1995, la réforme des retraites en 2010, celle du mariage pour tous en 2013 ou bien du CICE en 2014. Mais pour les hommes de pouvoir, ce sont des victoires à la Pyrrhus, car elles annoncent à presque coup sûr,  des défaites  cuisantes lors des échéances électorales suivantes.
 
Non seulement le citoyen ne veut rien comprendre à l'intérêt de la Réforme, mais en plus, il est rancunier jusque dans l'isoloir et au fond de l'urne où il dépose son bulletin de vote.  Quelle ingratitude pour les promoteurs du changement. Autant rester couché ou aller au café, peuvent dire ceux qui nous gouvernent...surtout quand ils perdent le pouvoir, par le caprice des électeurs si versatiles.
 
L'actuel président le mesure: en trois mois, à peine élu, il fait l'objet d'une chute vertigineuse dans  les sondages, alors que ses projets de réforme du code du travail et de changement de la fiscalité sociale ne sont même pas encore sur les rails.
 
D'ores et déjà, le projet d'harmonisation des régimes de retraite, est remisé  aux calendes grecques. Plus question non plus de toucher au statut de la fonction publique. La suppression prochaine du jour de carence et le gel des effectifs, mécontente déjà suffisamment les fonctionnaires pour ne pas en rajouter. La réforme de la taxe d'habitation qui mécontente les élus locaux à la veille des élections sénatoriales, sera appliquée à minima. Etc. 
 
Face à cette aversion pour les réformes notre jeune président préfère parler du désir des Français de transformation. Il a tort et il le sait: les Français préfèrent la Révolution. J-L Mélenchon l'a parfaitement compris en évoquant devant les partisans de la France Insoumise, le concept de "révolution citoyenne." Faire rêver les militants avec la VIème république contre la monarchie républicaine, quelle merveille! Sur cette idée, il a tout de même obtenu 20% des suffrages exprimés lors de l'élection présidentielle avec un programme quasi soviétique. Ça passe l'entendement!
 
Seul problème, la plupart des révolutions qui scellent la chute de l'ancien monde commencent certes dans la joie  et l'enthousiasme, mais se terminent le plus souvent dans le déchirement social, l'écoulement massif du sang des combattants pro et anti et le fracas des armes. Et la promesse révolutionnaire de prospérité se transforme bien vite en amoncellement de ruines qui frappent en premier les citoyens les plus fragiles.
 
Alors, avant de tenter l'aventure chimérique des Insoumis qui parlent comme des grenouilles se croyant plus grosses que le bœuf, il serait préférable de laisser le nouveau président dérouler son programme de réformes ou de transformations, puisque n'en déplaise à ses détracteurs, il a été élu démocratiquement. 
Bien sûr, notre jeune chef d'état devant le cortège de manifestants qui s'annonce les 12 et le 23 septembre 2017, sera sans doute tente de dire: "les chiens aboient, la caravane passe", mais comme il est poli, il ne le dira pas, même s'il n'en pense pas moins. Après tout, il n'a pas été élu à seule fin d'inaugurer les chrysanthèmes.
 
Blog frederic buffin.fr
Fontenay sous Bois le 25 août 2017.

 

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