Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 18:25

 

Quatre questions au sujet de l'annonce de la suppression du régime de retraite des cheminots.

La presse et en premier lieu "Le Monde" vient d'annoncer en fanfare que notre Président veut supprimer le régime de retraite des cheminots. Certes, ça n'est pas une surprise. C'est dans son programme. Cette annonce suscite néanmoins quatre interrogations.

 

1) À qui profite le "crime? Pourquoi cette annonce le 6 septembre 2017, alors que les propos sur la suppression du personnel de la SNCF datent de juillet? Est-ce une vacherie médiatique pour punir Jupiter de les avoir tant méprisés depuis le début de son mandat. Est-ce au contraire un ballon d'essai gouvernemental pour tester la capacité de résistance des syndicats de cheminots dont la CGT au premier chef? Nul ne sait. On voit assez mal l'intérêt d'agiter le chiffon rouge à la veille de la manifestation du 12 septembre pour  protester contre les ordonnances Travail.

Dernière hypothèse, cette annonce fonctionne comme un clin d'œil en direction de nos partenaires européens pour leur faire comprendre la réelle volonté présidentielle de réformer le pays y compris sur des dossiers très sensibles comme celui de la concurrence voyageurs qui s'annonce en Europe pour 2019. Affaire à suivre.

2) Est-ce habile de la part du chef de l'Etat de présenter la mesure de suppression du régime de retraite comme un deal? "Je finance votre deal, vous réformez votre régime." Cette proposition ne peut que laisser les intéressés très sceptiques: Ce ne sont peut-être pas tous des spécialistes de droit social, mais ils savent que 45 mds d'euros pour sauver l'EPIC gravement endetté risque fort d'être considéré comme une aide d'Etat qui mécontentera la commission de Bruxelles et les autres pays européens.

Ils savent aussi que depuis 2007, ce n'est ni l'entreprise ni les partenaires sociaux en son sein qui décide de la réglementation sur la retraite des cheminots, mais l'Etat comme n'importe quel autre régime de sécurité sociale fût-il spécial. Parler de deal alors que l'Etat dispose de toutes le cartes, est donc pour le moins étonnant.

3) Comment un État dont les collectivités publiques sont endettées à hauteur de plus de 2200 mds d'euros peut-il envisager d'éteindre la dette de l'Epic? 45 mds d'euros, ça ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval.

Les financiers de Bercy ont beau être très compétents; les taux d'intérêt  ont beau être très bas (pour combien de temps?) Il y a tout de même des limites.

Certes ça ressemble à ce qu'a fait l'Etat fédéral allemand dans les années quatre-vingt-dix avec la Deutschebahn dont il a fait une société anonyme tout en supprimant son droit à recruter des fonctionnaires.

Mais privatiser une société aussi endettée que la SNCF serait une opération très délicate voire impossible. Les actionnaires n'investissent pas dans des sociétés en perte.

4) Pourquoi focaliser à ce point sur le régime de retraite des cheminots? Parce qu'il coûte 3,5 mds d'Euros au budget de l'Etat?

 Mais à ce compte un autre régime voisin, celui de  la RATP émarge à plus de 350 millions d'euros dans le budget de l'Etat pour financer la retraite des agents du métro et des bus. Et l'entreprise parisienne ne finance même pas de surcotisation pour financer la retraite de ses agents, alors que la SNCF assume une surcotisation de plus de 10%.

De plus, en matière de régimes spéciaux de retraite, d'autres régimes devraient être sur la sellette et ne le sont pas:

- le régime des industries électriques et gazières financé en partie  par la Contribution tarifaire d'acheminement, terme pudique pour faire  contribuer  les consommateurs au régime spécial des agents de ces entreprises.

-le régime des clercs de notaire financé en partie par les droits de mutation immobilière,

- mais surtout le régime des fonctionnaires d'Etat avec ses 700 000 agents actifs, financé en grande partie par le budget de l'Etat en proportion  très supérieure aux employeurs du régime général.

 

À ce stade, d'un dossier qui certes demeure très politique, mais dont les modalités techniques sont très complexes, on peut supposer que la volonté de prendre le dossier à pleines dents provient de l'angoisse gouvernementale devant cette réalité financière peu reluisante pour l'actuel président de l'entreprise à la veille de la mise en concurrence européenne du trafic voyageurs en 2019. 

Pas plus qu'en 2006, lorsque la même opération a été mise en place pour le fret, l'entreprise n'est en mesure de résister à la concurrence de par son organisation très lourde, ses modes de fonctionnement induit par le RH77 et les coûts salariaux dans lesquels les cotisations retraites employeurs sont particulièrement lourdes.

Bref, il y a urgence et ça vaut le coup de réfléchir à l'avenir de l'entreprise en situation de concurrence, en abordant sans tabou le régime spécial de retraite des cheminots, ce qui n'a pas été fait sous la présidence du prédécesseur de "Jupiter" qui s'en émeut légitimement, face à 2019 qui s'annonce.

Frederic BUFFIN le 7 septembre 2017.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires