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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 08:53

LES CADRES PEUVENT ILS ACCÉDER AU BONHEUR?

 

  Bonheur

 

 

UNE ESPECE DU GENRE HUMAIN: LES CADRES.

 

Les cadresIls sont des millions à organiser tous les aspects de la vie en société. Officiers et sous-officiers qui encadrent une troupe de plus en plus rétive à se porter au combat ; évêques, prêtres, pasteurs, rabbins ou imams qui encouragent des fidèles souvent bien tièdes à vivre leur foi; fonctionnaires d'autorité, du grand directeur d'administration centrale au simple attaché de préfecture qui administrent des citoyens peu portés aux pratiques civiques; managers d'entreprise, du directeur au chef d'atelier qui encadrent un personnel souvent revendicatif; hommes politiques du chef de parti au permanent de quartier qui tentent de mobiliser les militants de base de moins en moins enthousiasmés par le mythe du grand soir ou de la grande nation ; syndicalistes, du secrétaire général au délégué syndical de base qui encourage des adhérents en nombre de plus en plus réduits à se mobiliser pour négocier la « juste amélioration des salaires et des conditions de travail ».  

Ils jouent tous les rôles dans les structures où ils travaillent. Ils dirigent, commandent, animent, conçoivent, exécutent, transmettent, rendent compte etc. Responsables et fusibles à la fois, ils sont comptables du bon fonctionnement de la hiérarchie sociale qui s'impose à eux, mais qu'ils font vivre par leur action.    

Qui sont-ils? Les cadres tout simplement. Parfois aussi recherchés que des bêtes en voie de disparition du fait de leurs compétences, ils sont très prisés par les entreprises et les administrations, qu’ils soient recrutés par concours ou par entretien d’embauche.    

Parler d'eux au pluriel sous un terme générique, est presque impossible tant sont diverses leurs spécialités, leur place dans la hiérarchie et leurs domaines d'intervention.  

Ils sont les chevaliers des temps modernes, ceux sans qui rien ne peut plus tourner dans notre Société. Sans eux, les entreprises, les administrations l'armée, les Eglises seraient incapables de tourner.

De plus, ils sont l'objet d'une reconnaissance officielle puisque les cadres sont définis comme tels par l'I.N.S.E.E. Ils ont même cas unique en Europe, leur propre régime de retraite complémentaire qui les place définitivement au dessus de leurs concitoyens.    

De cette espèce du genre humain en voie de multiplication, tout le monde aujourd'hui veut en être comme si elle était la fonction la plus enviable et la plus nourricière dans la société d’aujourd’hui qui fait plus la part belle aux cols blancs qu’aux cols bleus..

A y regarder de plus prêt, le lecteur avisé verra pourtant que du rêve à la réalité des métiers d'encadrement, il y a une grande marge qu'il convient de mesurer avec le plus grand soin, avant de se s'engager dans cette voie comme d'autres se lancent dans les vocations sacerdotales:  

 

 LE MALAISE DES CADRES.

 

souciToute catégorie socioprofessionnelle a en effet son malaise. S'il n'en était pas ainsi, elle n'aurait aucune chance d'obtenir quoique ce soit du gâteau que la Collectivité partage entre les mécontents de tout poil qui chaque année cessent le travail, descendent dans la rue, bloquent les camions sur les autoroutes et déversent le trop-plein de pommes de terre, de fruits ou de lisier de porc devant les bureaux des préfectures.  

A une époque où même les pompiers et gendarmes manifestent pour se faire entendre, les cadres tentent de manifester leur point de vue par le biais de leur syndicat spécialisé la confédération générale de cadres, même si les autres syndicats ont ces dernières années réussi à prendre à cette dernière de substantielles parts de marché dans le monde si divers de l’encadrement.

D'où vient alors qu'on ne voit pas les cols blancs lancer des boulons sur des gendarmes mobiles qui n'en peuvent mais, alors que paraît-il, ceux-ci ont le blues comme tout le monde?

Les cadres seraient-ils heureux?

Non, car ce qui les caractérise souvent, ce serait plutôt la barre au front, la crampe d'estomac ou la migraine à force d'insomnie. Ce qui les gagne, les taraude, les paralyse, c'est l'angoisse devant le passif du Bilan, la courbe régressive de la Production, les souci devant le mécontentement permanent du personnel et le terrible monstre, présent comme un ange gardien malveillant, qu'on appelle le "Qu'en dira-t-on?", chaque fois qu'un obstacle se présente sur la route triomphale de Sainte Carriere!

Les cadres sont des hommes tout simplement: Bien qu'ils soient par nature, beaux, intelligents, riches (si,si) et en bonne santé (en principe), ils souffrent d'un mal terrible qui les distingue de l'animal:

Ils sont atteints par la peur, peur de mal faire, de ne pas faire, de ne pas réussir, de déplaire, peur de ne pas atteindre les objectifs qu'ils se sont fixés

Bref les cadres sont comme tout le monde, ils ont du vague à l'âme. Et ce d'autant plus, que s'il est possible de parler de classe ouvrière, (de moins en moins d'ailleurs, sauf place du colonel Fabien), il est difficile de parler de la classe des cadres, tant l'exercice du commandement et de l'organisation, recèle des formes variées et les isole de leurs concitoyens et de leurs pairs.

Nous parlerons donc des cadres plutôt au singulier et ce d'autant plus qu'ils vivent leur avenir plus en terme d'aventure individuelle que de destin collectif.

Lorsqu'il rentre chez lui tard le soir (rentrer avant 20 heures serait mal vu, malgré les trente cinq heures) dans sa belle voiture, symbole de sa réussite sociale, Basile rumine des idées noires en son cerveau pourtant si bien fait, sur ses soucis, la dureté des temps et l'incommunicabilité des êtres. Dans son for intérieur, il se dit comme Lafontaine: "Ni l'or ni la grandeur ne nous rendent heureux."

Après une journée bien remplie, ce cadre supérieur (ils le sont tous par nature), est partagé entre deux sentiments contradictoires.

- Il voudrait bien avoir l'or et la grandeur, car nul n'en a jamais assez. Pour le moins, il aspire à un sommeil de plomb, alors que le sien est bien léger, ce qui ajoute encore à son anxiété.

-En philosophant sur le peu d'intérêt de l'aisance matérielle et du pouvoir qui fait de sa vie un Enfer, il éprouve une furieuse envie de se retirer loin du monde dans une île où il pourrait vivre à la Robinson Crusoé.

Basile est à la recherche d'une solution pour atténuer ses angoisses. Et bien que sa bibliothèque soit remplie d’ouvrages des éditions « organisations » consacrées au management, il ne trouve point son bonheur.  

 

POUR UN GUIDE ANTI-MALAISE A L'INTENTION DES CADRES

   

Efficacité zenAlors, faut-il que Basile s'applique le canon quelque peu démobilisateur d'Alain dans ses propos sur le bonheur? "Un des secrets du bonheur, c'est d'être indifférent à sa propre humeur."

Lui faut-il utiliser la méthode du docteur Coué "pensez et agissez joyeusement et vous serez joyeux"?

Doit il espérer trouver la sérénité dans la contemplation ou la prière, alors que la vie du cadre est aux antipodes de la vie monacale et qu’ayant déjà de la difficulté à tenir en place dans son bureau, il se voit mal rester des heures durant rester les fesses sur une stèle d’église à s’en donner des escarres?

Doit-on lui conseiller de s'inscrire dans un club de Yoga pour trouver les chemins de la sagesse orientale, avec comme précepte en tête : « sois zen et tais toi?

Pourquoi pas?

Mais avant de lancer Basile dans une recherche du Bonheur qui à toute chance de ressembler à l'impossible quête du Graal, on ne saurait trop lui recommander de "réfléchir avant d'agir", comme Plick et Plock les deux lutins de Christophe qui font tant de malices.

Il doit surtout comme tout organisateur avisé qu'il doit être en toutes circonstances, appliquer une méthode pour atteindre un si noble objectif et d'éviter ainsi de devenir un Sisyphe du Bonheur.

Dans ces conditions, quelle méthode utiliser pour être moins soucieux, moins stressé, moins sous pression? Quel guide du comportement efficace trouver, pour être plus détendu, plus calme, bref, plus heureux?

Des ouvrages en ce domaine, il n'en manque pas. (qui n'a pas dans sa documentation son manuel de programmation neurolinguistique ou d'analyse transactionnelle).

Il y a pléthore de stages de management pour retrouver en huit jours (quelle prétention!) équilibre et dynamisme, force et rayonnement. Les catalogues des consultants les plus divers, proposent, saut à l'élastique, marche sur cendres incandescentes, aventure dans les coins les plus perdus de la planète....

Autant faire une retraite à l'abbaye du Bec Helouin, c'est moins risqué! Encore qu'on ne rentre, sur le plan spirituel, jamais indemne d'une dose massive de silence et de chant grégorien.

Mais comme tout dispositif à la mode, ces ouvrages et ces stages comportent trois inconvénients majeurs.

Ils sont chronophages, souvent ésotériques et coûteux.

C'est pourquoi, il paraît plus productif de proposer au cadre parfois plus pressé qu'une chute d'eau ou qu'un lavement, un code de règles simples qui s'inspirent non pas de théories scientifiques mais de l'expérience des Anciens qui savaient mieux que nous, par des formules imagées se forger une conduite de vie et de l'exemple de ses pairs qui en proie aux mêmes difficultés s'efforcent de trouver le chemin si ce n’est du Bonheur au moins de la sérénité.

Avec un peu de prétention, (il en faut bien pour convaincre), on pourrait même les appeler "les dix commandements du cadre serein" et point n'est besoin d'une marche au mont Sinaï ou d’un pèlerinage sur les chemins de Compostelle pour les exposer:

 

1) Regarde toi dans ton miroir.

2) Si ta cravate ne te plait plus, change la.

3) Sache ouvrir ton parapluie.

4) Avant de manger du saucisson, découpe le en tranches.

5) Protège toi comme un sous-marin.

6) Quand le train est raté, prends le suivant.

7) Entretiens toi comme tu entretiens ton automobile.

8) Occupe toi des autres pour oublier ton nombril.

9) Perds du temps avec un violon d'Ingres

10) Sois fourmi plus que cigale.

Il n'échappera pas à l'observateur avisé qui lit ses commandements, qu'ils ont par delà leur étrangeté, un ton familier qui pourrait choquer le cadre en quête de réponses sérieuses à ses problèmes.

Il a semblé néanmoins à l’auteur qu’une littérature un peu concrète pouvait avoir des vertus pédagogiques plus marquées qu’un ouvrage plus abstrait, dont on supporte mal la lecture après une longue journée de travail.

 

"REGARDEZ VOUS DANS VOTRE MIROIR".

 

Narcisse Le premier d'entre eux est une invitation à l'introspection: Il concerne Geneviève qui ne peut pas entrer dans son bureau sans se précipiter sur son téléphone ou sa messagerie electronique, Odilon qui reçoit tant de monde dans la journée que le couloir qui jouxte sa porte a les allures des salles d'attentes des médecins les plus réputés de Paris.  

Il intéresse Mélaine qui à force de déplacements connaît mieux les aéroports qu'une hôtesse de l'air d'Air France et Raymond le forçat du" rapport à l'attention du Directeur" qu'on électronique chez soi, après le travail sous l'oeil agacé de l'épouse qui souhaiterait voir le chef de famille consacrer quelques minutes à ses enfants.

Alors que signifie cette invite?

Non, il n'est pas demandé au cadre de faire comme la reine, ennemie de Blanche-Neige, qui interrogeait sa glace en lui disant:" Miroir, miroir joli, suis- je la plus belle?". D'abord il risque d'avoir des surprises désagréables en écho à ce type de déviation narcissique et plus probablement de n'obtenir aucune réponse.

Il s'agit plus sérieusement de lui conseiller de prendre à intervalle régulier, le temps de poser son séant sur une chaise ou sur un fauteuil (c'est plus confortable), dans un but bien précis: faire le point.

- Ce véritable "devoir de s'asseoir", principe des équipes Notre Dame", réservoir de cadres en mal de religion, consiste d'abord à s'arrêter, ce qui n'est pas la vertu première du cadre à qui on pourrait dire ce proverbe sud-américain: "A tant galoper, tu vas finir par perdre ton poncho".

- Il vise dans un deuxième temps à faire retour sur soi-même. Sans aller jusqu'à la devise taoïste qui invite chacun "à trouver la voie", le cadre peut se dire comme en Corse qu'"à son propre pas on va loin".

Etre soi-même alors que le petit écran présente tant de modèles de réussite et de sagas séduisantes, c'est difficile, mais pour l'esprit indépendant qu'il doit être pour être efficace, "mieux vaut être oiseau libre que roi captif".

- Dernier volet de cette auto révision, il lui revient de réfléchir sur la difficile relation entre l'être et l'agir. L'Orient et l'Occident place en effet le cadre dans une situation pénible. Le premier lui rappelle qu'"au cou de tout homme est attaché son destin". Le second, aux antipodes de la prédestination et du "karma" lui susurre qu’on est que dans la mesure où on fait", ce qui n'est pas loin, dans une société qui mesure tout par la valeur marchande de la formule "tant vaut la bourse tant vaut l'être",

Quelques minutes de temps en temps pour réfléchir aux voies de son Avenir, est-ce trop demander au cadre qui parfois organise, standing oblige, son surmenage, mieux que l'activité ou le service dont il est responsable.

Cadres ballottés par la vie quotidienne rappelez vous: "Regardez vous dans votre miroir"

 

SI VOTRE CRAVATE NE VOUS PLAIT PLUS, CHANGEZ LA.

 

cravateLe deuxième commandement tire son origine de la sagesse paysanne: Il s'adresse aux mécontents de tout poil, qui dans l'entreprise participent par leurs propos délétères, à l'atmosphère de morosité pernicieuse qui bloque les enthousiasmes plus sûrement que l'annonce d'une catastrophe:

Lucien se plaint du patron de son entreprise dont il critique les choix stratégiques qui vont, c'est sûr la couler en peu de temps. Que n'a-t-il un peu de capital pour prendre le contrôle de la société?

Alix vitupère sur l'Administration qui l'emploie et qui multiplie sans l'écouter, pauvre Service Public, les exploits courtelinesques. Que n'est-il ministre pour changer tout ceci?

Guillaume aurait un bon job s'il n'avait pas à supporter les caprices de son chef qui s'ingénie à lui rendre la vie impossible au lieu de le laisser agir.

Paulin travaille comme un forçat, mais sa femme vous l'a dit à l'occasion d'une délicieuse soirée de l'Amicale des Cadres, il ne se sent pas reconnu par sa hiérarchie lourde, pesante et inefficace par définition.

Tatiana attendait une promotion, mais la place lui a été soufflée par un pistonné incompétent, d'après l'axiome selon lequel toute nomination est due à la compétence quand on en bénéficie et à la perfidie des autres quand elle vous passe sous le nez.

En entendant cette litanie morose, Usbeck ou le Huron pourraient se dire en débarquant sur la planète des cadres que leurs lieux de travail sont des terres de malheur peu fréquentables.

Or, chacun de nos protagonistes au lieu de se plaindre, ferait mieux de labourer leur sol avec le bon soc.

Qu'est-ce à dire?

Tout simplement, qu’il convient d'avoir une activité en rapport avec ses goûts." Besogne qui plait est à moitié faite" dit-on. Ou bien il faut se dire comme écrivait Bussy Rabutin à la marquise de Sévigné:"Quand on n'a pas ce qu'on aime, il faut aimer ce qu'on a."

D'avoir recherché le bon créneau bien rémunéré, qui correspond à ses potentialités n'évitera certes pas, la tyrannie hiérarchique (à quelque niveau qu'on se trouve on a toujours un chef), la jalousie des collègues ni la rancoeur des subordonnés.

Mais le cadre qui bien renseigné sur son métier, l'embrasse avec ardeur sinon avec passion risque bien d'être "un bon ouvrier jamais trop chèrement payé".

On objectera qu'en période de sous-emploi, la proposition est facile et désinvolte, que faire ce qui plait relève de l'utopie et qu'il faut travailler pour vivre.

Certes, mais qui plus que le cadre dans une société toujours plus demandeuse d'organisation donc d'encadrement, peut user de la liberté de changer de travail plutôt que de se diminuer à force de cultiver son capital d'aigreur?

Sans changer d'emploi ou de métier comme de chemise, ce qui n'est pas recommandé, il convient de sauter le pas chaque fois que la pression du quotidien met en opposition le cadre avec son environnement au point de ne plus voir que le pôle négatif de on activité.

Etre libre, qu'il use de cette liberté pour atteindre une activité qui l'anime et le grandit. Il n'en sera que meilleur maître en rendant les meilleurs services dans l'organisme, l'administration ou l'entreprise, qu'il aura choisi.

Cadres aigris dans votre travail, rappelez vous:" Si votre cravate ne vous plait plus, changez la."

 

SACHEZ OUVRIR VOTRE PARAPLUIE.

 

Le parapluieLe troisième commandement est tiré d'une nécessité d'ordre climatique: Il ne vise évidemment pas à concurrencer le commerce de gabardines en faisant des adeptes de ces élégantes protections qu'on ouvre au risque d'éborgner les passants chaque fois qu'Eole a décidé de nous arroser en amassant force nuages sur nos têtes.

Il a pour objectif de débarrasser le cadre de cette idée fort répandue que "l'Enfer, c'est les autres", alors que les tensions avec autrui sont les rejetons naturels et nécessaires de la vie en collectivité:

- Remi ne dort plus. Il nourrit sa rancoeur contre les comploteurs qui, c'est sûr, veulent nuire à ses intérêts. Pourquoi cette perte de sommeil qui assombrit ses nuits et donc ses jours?

Marcel son supérieur hiérarchique, lui a refusé la promotion à laquelle il aspirait. Il dort encore moins depuis qu'il a appris qu'on lui a préféré Yvette, cette intrigante de haut vol qui masque son incompétence par l'arme féminine de choc, l'offensive de charme.

Pour un cadre au masculin, un peu de misogynie, même à l'heure de la parité, n'a jamais fait de tort à personne et permet de considérer comme adversaire déclaré cinquante pour cent du genre humain.

Yvette a en fait gagné deux fois. Elle tient sa promotion, elle obsède en permanence le cerveau de Marcel qui pendant ce temps, n'est plus à même de gérer ses projets dans la sérénité et en toute lucidité comme il en avait l'habitude.

-Marius le chef du personnel, n'en peut plus: Passe encore de perdre son temps en réunions houleuses avec les représentants des syndicats qui menacent de faire cesser le travail au personnel pour de médiocres considérations sur le pouvoir d'achat ou les conditions de travail.

Pourquoi pas non plus, subir les récriminations des cadres qui gémissent sur leur manque de moyens pendant qu'il encourt lui- même les reproches du directeur général devant l'augmentation excessive de la masse des salaires.

Mais que Nina sa collaboratrice directe, qu'il a toujours soutenue, à qui il a appris le métier et qui lui doit sa dernière progression dans la hiérarchie, bref que sa protégée se répande dans les couloirs en critiquant son aptitude à la négociation, alors il ne supporte plus.

"Quel serpent n'ai-je pas réchauffé en mon sein?" se dit-il avec des accents raciniens dans la voix.

Quels remèdes leur proposer?

Certainement pas de se venger ni de développer une rancune tenace qui assombrit l'esprit et enlève de la lucidité au décideur quand il doit déterminer une stratégie.

L'ordonnance médicale pour se guérir de ce type d'affection tient en deux remèdes:

- Avoir en mémoire ces saints mots venus d'Orient:"Les chiens aboient, la caravane passe". Si décidément le goût pour les expressions du terroir est plus fort, il est conseillé de se comparer à une toile cirée sur laquelle les pets glissent aussi bien que l'eau ou encore à la rivière qui"suit son cours sans s'occuper de la berge."

Ces proverbes hygiéniques, il faut les cultiver quand les nuages lourds de l'hostilité menacent. Ils sont les meilleurs parapluies contre les critiques, l'ingratitude et le sentiment du "complot mené par les autres pour me nuire" qui gâchent la vie quotidienne de bien des cadres, altèrent le bon climat des organisations et diminuent leur efficacité.

-Deuxième pan de l'ordonnance, oublier le bouclier des relations hiérarchiques et d'autorité pour entendre la critique qui a toute chance de devenir un conseil intelligent si "l'autre" ne se sent pas attendu au coin du bois dés qu’il aura exprimé une opinion divergente. "Avoir toujours raison, c'est un grand tort" écrivait Edgar Faure à la fin de sa vie.

Il faut savoir ne pas se réfugier dans son bunker, mais s'exposer au regard des autres dés que le temps est meilleur.

Cadres démoralisés par la critique, n'oubliez pas:" Sachez ouvrir votre parapluie."

 

AVANT DE MANGER DU SAUCISSON, DECOUPEZ LE EN TRANCHES.

 

IMG 0424 - CopieLe quatrième commandement intéressera les amateurs de charcuterie: l'aventure qui suit permettra de comprendre le sens de cette formule étrange.

Agnès et Sébastien sont partis en pique-nique avec leurs enfants dans la forêt de Fontainebleau. Un grand bol d'air forestier et une bonne bouffe campagnarde, quoi de mieux pour vous remettre des fatigues de la semaine!

Catastrophe, pour découper le délicieux saucisson qui leur met l'eau à la bouche, pas de couteau. Edmond n'a d'autre ressource que ses dents pour entamer l'aliment. Mais celui-ci bien sec et compact résiste à l'assaut des canines.

Edmond fait si bien qu'il s'en abîme la mâchoire et n'arrive qu'à déchausser la couronne de la canine droite inférieure que son dentiste avait eu tant de mal à lui poser la veille.

Ce qui devait être une fête se termine en drame familial sur fond de récriminations. L'un critique l'impréparation d'un pique-nique sans couteau, l'autre s'indigne du fait qu'on puisse utiliser des procédés de découpages dignes d'hommes préhistoriques, au seul motif qu'on préfère le saucisson au jambon.

Les soucis, les échecs, les difficultés se présentent ainsi, en bloc solide et compact inaltérables à la réflexion.

Or, plutôt que de les prendre à pleines dents, il convient de les découper en tranches plutôt que de les affronter massivement.

Pour affronter un problème qui lui irrite le bulbe au point de nécessiter une cure d'aspirine, terreur de l'estomac, le cadre pourra utiliser la méthode du saucissonnage:

- Rechercher de la nature des faits qui ont provoqué la difficulté à résoudre. Lorsque l'inondation atteint la maison, le paysan chinois cherche si son origine provient du toit dont le vent a pu soulever les tuiles ou de la crue de la rivière. Dans le premier cas, il prend l'échelle pour réparer les dégâts, dans le deuxième, il prend les jambes à son cou.

- Mesurer l'enjeu de la difficulté et du risque qu'elle génère tant pour la collectivité que pour le cadre lui-même.

Le marcheur fatigué voit dans la moindre colline, une montagne infranchissable. Avec de bonnes chaussures, une carte et une boussole, le randonneur traverse l'Amérique- Examiner sans complaisance les solutions et le choix de la meilleure à ses yeux. Avant de prendre le bon appât pour prendre le poisson, le bon pêcheur n'a pire procureur que lui-même.

 

- Après la décision, exécuter celle-ci sans regarder en arrière et sans état d'âme. Lorsque la bataille est commencée, le général qui veut la victoire ne saurait sonner la retraite. Il faut charger sans faiblesse face à l'ennemi qui vous menace.

Cadres rongés d'anxiété gardez en mémoire cette formule: "Avant de manger du saucisson, découpez le en tranches." .

 

"PROTEGEZ VOUS COMME UN SOUS MARIN".

 

Le sous marinLe cinquième commandement est un emprunt tiré des guerres navales modernes:  

Il ne s'agit pas d'une invitation à l'hypocrisie ou à la guerre secrète. L'entreprise, n'est pas un service de contre-espionnage, même si l'exercice des fonctions d'encadrement, requiert souvent de la discrétion et parfois nécessite le secret.

Il s'agit plutôt d'une invitation à organiser sa vie en compartiments étanches pour mieux se protéger des agressions de la vie quotidienne:

-Denis ne comprend pas. Il a beau disposer d'un superbe organiseur dont on lui a fait cadeau lors du dernier stage de gestion du temps qu'il a suivi aux Etats-Unis ( Il n'y a que dans la Silicon Valley qu'ils valent d'être vécus), il a beau avoir mis en place un superbe échéancier pour ses collaborateurs qui tremblent à l'idée de ne pas le respecter, il est toujours fébrile et court après les minutes pour réaliser son programme de la journée.

Denis est vulnérable parce qu'en vingt-quatre heures, il voudrait voir réalisé ce qu'il a prévu pour le mois et qu'il a oublié qu'à chaque jour suffit sa peine.

S'il se penchait sur la tache de la journée en oubliant le passé et l'avenir, il ne subirait pas cette pression qui ne sert qu'à échauffer la bile.

De toute façon, par un point il ne passe qu'une seule droite, par le goulot du sablier, il ne passe qu'un grain de sable à la fois. Denis ne pourra jamais faire qu'une tâche à la fois.

- Il est des spectacles qui laissent rêveurs. Le bureau d'Yvonne est devenu avec le temps une montagne de papier, qui d'ailleurs comporte des zones avalancheuse lorsqu'on se risque à récupérer sous une pile un dossier que l'on croyait enterré et que le Malin place soudainement sous les feux de l'actualité.

Faute d'ordre, principe de base de l'organisation, Yvonne chaque matin est prise de découragement devant l'ampleur de la tache à accomplir. Son bureau la renvoie à ses angoisses.

Au lieu de s'atteler aux travaux dans l'ordre d'importance, elle fait baisser fiévreusement le niveau des instances pour aplanir la montagne qui s'accumule devant elle et dont la présence lui signifie chaque soir ses insuffisances.

 

Cette montagne, elle la garde dans sa tête le soir après le travail, elle constitue son programme inaccessible du lendemain. Son ombre portée hantera ses rêves alors qu'elle gagnerait beaucoup de tranquillité et de temps à fixer elle même ses échéances du lendemain.

Yvonne a besoin de prendre un bon tamis pour traiter ses affaires et laisser les moins importantes à ses collaborateurs. A se charger de tout, elle s'épuise et ne se repose jamais, et ce d'autant plus qu'elle n'hésite pas à emporter du travail à la maison. Yvonne ne sait pas mettre une cloison entre le métier et la maison. Son équilibre est en danger.

Cadres fébriles et surmenés n'oubliez pas: Protégez vous comme un sous-marin.

 

QUAND LE TRAIN EST RATE PRENEZ LE SUIVANT:

 

IMG 0430Ce sixième commandement est une incitation faite au cadre à tourner la page et à assumer les situations qu'il n'est pas en mesure de maîtriser:

Alain est furieux contre le monde et lui-même. Il a couru après le bus, couru dans les couloirs du métro, pourfendu à toute vitesse la foule des voyageurs de la gare de Lyon.

Mais c'est la rage au coeur qu'il a vu le fanal rouge du train qu'il devait prendre le narguer en s'éloignant à jamais.

Il tempête sur le quai, rouville ses regrets au zinc du bar de la gare en buvant un café qui achève de l'exciter:

Tous ses sont ligués contre lui pour lui faire rater son train.

Collaborateurs toujours enclins à lui poser des problèmes sans lui proposer de solutions, clients trop exigeants qu'il faut recevoir pour écouter leurs doléances, fournisseurs en quête de commandes et de marchés pendus à son téléphone, secrétaire absente pour cause de grippe. (a croire que le virus ne frappe que les catégories inférieures de la hiérarchie), etc...

Non content de s'être ménagé une bonne séance de sudation et d’avoir fatigué son coeur inutilement, Alain en rajoute en pleurant sur lui comme sur la misère du monde.

Or, toute cette contrariété ne sert qu'à lui barbouiller l'estomac sans avancer l'heure du train suivant.

Contre ce sentiment dévastateur qui consiste à revenir sans arrêt sur les échecs ou les erreurs qui jalonnent la vie d'un cadre, il faut apprendre à tirer un trait sur le passé pour éviter d'en faire un envahisseur.

Le monde rural s'est nourri, des siècles durant, de sentences qui aujourd'hui sont faciles à retenir même dans les bureaux aseptisés des décideurs.

Ceux qui préfèrent l'élevage pourront graver dans leur mémoire: Quand la jument est sortie, il n'est plus temps de fermer l'étable" ou "Inutile de gronder le chat, quand le pot de lait est renversé".

Ceux qui ont un penchant pour l'agriculture retiendront l'inévitable "Quand le vin est tiré il faut le boire". Mais les primaires, (même chez les cadres, il y en a) préfèreront certainement: "A pisser contre le vent, on mouille sa chemise."

Cadres envahis par le remord des erreurs passées, ayez en tête:" Quand le train est raté, prenez le suivant."

 

ENTRETENEZ VOUS COMME VOUS ENTRETENEZ VOTRE AUTOMOBILE.

   

auto ancienne"Mens sana in corpore sano," un esprit sain dans un corps sain disait le poète latin. Ce septième commandement n'a rien de très original. Et pourtant l'histoire de Maxime montre à quel point est difficile la relation du corps et de l'esprit:

Maxime est un bourreau de travail. Il épuise ses collaborateurs à qui il voudrait bien imposer ses horaires quotidiens qui, standing oblige, ne sauraient être inférieurs à 12 heures. Après tout, le P.D.G. l’a considéré comme cadre dirigeant et dans ses conditions, il ne saurait faire comme tout le monde en utilisant la « R.T.T. »

Quant aux vacances, il les tient comme une dangereuse conséquence des propos subversifs de Paul Lafargue préconisant "le droit à la paresse". " Avec des mauvais coups comme ceux-la dit-il, nous sommes à genoux devant les Japonais."

Comme la vie ne saurait toujours être une vallée de larmes et que Maxime ne saurait toujours gagner son pain à la sueur de son front, il s'offre des compensations: Cafés, cigarettes, bons repas bien arrosés, soirées nombreuses, qui le maintiennent dans un état d'excitation permanent et lui donne l'illusion que son corps est une enveloppe éternelle qui n'existe pas.

Tout cadre se reconnaîtra peu ou prou dans la capacité de Maxime à brûler la chandelle par les deux bouts. Depuis Platon, l'esprit ce démiurge orgueilleux, méprise le corps qui tôt ou tard rend grâce et baisse pavillon plus ou moins brutalement.

Maxime ferait mieux d'éviter de considérer le repos comme une perte de temps intempestive. Plus frais, il en gagnerait et en ferait gagner à ses collaborateurs.

Pour tempérer la tentation stakhanoviste qui sommeille dans l'esprit du cadre il est donc recommandé de respecter plusieurs préceptes:

- Graver dans sa mémoire le vieil adage: "Qui veut voyager loin ménage sa monture" en n'oubliant pas qu'une carrière professionnelle, c'est plus une course de fond qu'un sprint.

 

- Gagner du temps à se détendre régulièrement et se reposer en prenant ses congés. Le cadre doit se souvenir que les cimetières sont remplis de gens indispensables.

- Préférer la détente douce telle la musique, la marche ou le vélo (en plaine) aux activités brutales qu'on souhaite embrasser avec l'espoir insensé de retrouver les performances physiques de sa jeunesse.

Combien de fractures, de lésions musculaires, voire de malaises cardiaques à force de jogging, de marathon et de triathlon faudra-t-il, pour que les quarantenaires courant à reculons après leur âge, cessent de s'épuiser en criant un dérisoire:"Ce que j'ai fait, aucune bête ne l'aurait fait", avant de filer chez le médecin ou de goûter les charmes de l'hôpital. Pauvre Sécurité Sociale!

On ne transforme pas un baudet en cheval de course. Il est illusoire d'espérer les performances d'une Formule 1 avec une voiture de tourisme.

En faisant la sieste, en écoutant de la musique, même si elle n'adoucit pas toujours les moeurs, en lisant un livre qui peut parfois provoquer de grandes émotions, le cadre ne contractera jamais de tendinite ni de mal de dos ( la maladie du siècle). Le tennis, le golf non content de coûter cher peuvent donner les deux, plus le goût amer de la défaite qui gâche une journée plus sûrement qu'une affaire ratée.

Dernier volet de cette leçon d'entretien, et bien que pour beaucoup de cadres obsédés par la gestion du temps ce soit une perte de temps, le sommeil doit être considéré par eux comme une antidote à toutes les tensions.

Et si le sommeil fuit le cadre qu'il n'ajoute pas à sa tension qui l'empêche de dormir, la peur de l'insomnie.

Il y a dans les bibliothèques assez d'ouvrages ennuyeux pour éviter le recours aux neuroleptiques! De plus la lecture entretient le cerveau, qui après tout est un organe vital du corps humain.

Cadres fatigués, ayez en tête ce conseil: Entretenez vous comme vous entretenez votre automobile.

 

OCCUPEZ VOUS DES AUTRES POUR OUBLIER VOTRE NOMBRIL.  

  

Aider les autresCe huitième commandement n'est en aucun cas contradictoire avec le premier. Il vise à casser la bulle de verre que sécrète naturellement autour de lui-même le cadre à force de ressasser dans sa tête tous les problèmes qui l'assaillent.

Achille s'extasie sur Estelle. C'est la première fois qu'il rencontre un chef du personnel, pardon, un gestionnaire des ressources humaines aller à son bureau en sifflotant.

Comme si c'était un plaisir de recevoir les délégués syndicaux qui réclament avec des accents guerriers, des augmentations de salaires, une joie d'assurer l'évaluation des personnels et de sanctionner éventuellement les agents défaillants, une grâce de répartir "les moyens" entre les différents chefs de service qui mesurent leur cote en fonction de l'importance de leurs effectifs!

Toujours sur le front, elle garde en toutes circonstances, calme et bonne humeur, alors qu'elle devrait être effondrée à la fin de ses journées qui dépassent allégrement le tour du cadran.

Mais ce qui étonne Arsène par dessus tout, c'est de la voir participer aux activités d'une ribambelle d'associations qui ne manquent pas de lui demander sa collaboration tant elle sait mettre compétence et professionnalisme dans ses activités bénévoles.

Le lundi, c'est le Secours Catholique, le Mardi Amnesty International, le Mercredi l'Association des Paralysés de France etc...

Il sait bien qu'elle est célibataire, mais les journées n'ont que vingt-quatre heures et il faut bien faire ses courses de temps en temps.

Le secret d'Estelle, c'est qu'elle a choisi d'écouter les autres avant de s'écouter elle-même. Elle met un point d'honneur à servir avant d'être servie, ce qui lui confère beaucoup de rayonnement sinon de joie. Propos de Bonne soeur, dira-t-on? Non, sage précaution personnelle que l'activité philanthropique d'Estelle.

Cadres trop préoccupés de vous même, conservez en mémoire l'exemple d'Estelle et pensez-y: "Occupez vous des autres en oubliant votre nombril."

 

PERDEZ DU TEMPS AVEC UN VIOLON D'INGRES.

 

 Le violon d'IngresCe neuvième commandement est la suite logique des précédents. Il vise à développer une saine hygiène mentale en libérant la tête du cadre toujours pleine comme un oeuf à coup de projets, de tensions, de soucis qui le minent et accaparent ses nuits et ses jours. Partant de l'idée simple mais révolutionnaire que tout être humain ne saurait penser qu'une seule chose à la fois, tout cadre surmené devrait en dehors de son travail, bien entendu, se livrer à son passe-temps favori pour se libérer et se reposer l'esprit.

Alain, brillant ingénieur système, responsable de l'automatisation d'une grande société de commerce international, s'est depuis quelque temps, retrouvé une santé.

Quel est son remède miracle, les allumettes. Cette passion n'a pas pour but d'assouvir une quelconque perversion pyromane, mais plus pacifiquement de fabriquer des réplique de monuments.

A ses débuts, il s'est contenté d'édifices à l'architecture simple telle que la maison carrée de Nîmes. Puis il s'est enhardi avec les arènes de la même ville. Et depuis son retour d'Inde où il a passé ses vacances, il s'est mis en tête de réaliser le temple de Taj-Mahal merveille de complexité architecturale de l'Inde des maharadjas.

 

Voyant d'ailleurs que son innocente passion provoque le grossissement anormal de son budget allumettes, il a monté un projet pour se faire sponsoriser par la SEITA.

Après tout, cette marotte coûte moins cher que le financement d'un catamaran qui se brise aux premiers assauts de l'Océan et il faut bien des mécènes pour financer les lubies artistiques de nos concitoyens!

Il sait bien qu’avec ce loisir, il ne changera pas le monde, mais il se dit qu’au moins son activité consommatrice d’allumettes est moins défavorable à l’environnement et à la santé que s’il passait son temps à griller des cigarettes.

Ce n'est là qu'un exemple. Il en est bien d'autres: aéromodélisme, peinture du Dimanche, concert dans les Maisons de Retraite ou les Maisons de Jeunes, (La nature du spectacle devra sans doute être différente), collections de toupies, d'étiquettes de vin, bricolages divers réservés aux personnes disposées d'un certain savoir-faire etc...

Cadres sujets à la morosité pendant les temps de repos, passez à l'action: Perdez du temps avec un violon d'Ingres.

 

" SOYEZ FOURMI PLUS QUE CIGALE."

 

La cigale et la fourmiLe denier commandement traite d'un sujet qu'un ouvrage entier ne suffirait pas à épuiser. Comme tous les êtres humains, le cadre a en effet, des rapports complexes avec l'argent parce que s'il sait bien que si l'argent ne fait pas le Bonheur, il y contribue:

Maurice ne comprend pas. Il se souvient du temps où étudiant, tirant le diable par la queue, il arrivait tout de même à économiser quelques sous qu'il déposait fièrement sur son livret de caisse d'épargne en fin de mois.

Or, maintenant qu'il est devenu un cadre confirmé, recherché par les chasseurs de tête, et bien rémunéré, il vit pourtant des fins de mois difficiles.

Il subit en effet, le harcèlement des créanciers de tout poil qui s'ingénient à troubler sa vie domestique au moment où , responsabilité oblige, sa vie professionnelle lui réserve déjà une kyrielle d'ennuis de toutes sortes.

- Un jour, le fisc le rappelle à ses devoirs de citoyen contribuable par des avis d'imposition qui n'ont rien de billets doux: Tiers provisionnel, taxe d'habitation, taxe foncière, redevance audiovisuelle, vignette automobile creusent à intervalle régulier le trou du budget familial.

- Un autre jour, c'est la ronde infernale des prélèvements bancaires qui mettent en négatif un compte plus sûrement qu'un gros chèque : facture E.D.F., note de téléphone, crédit immobilier, crédit à la consommation, et pension alimentaire que l'ex-épouse ne manque jamais de faire réviser par le juge des affaires matrimoniales, s'accumulent comme de gros nuages sur un compte déjà bien mis à mal.

- Dernière calamité, la carte bleue, sésame moderne de la dépense inconsidérée, achève de mettre le budget dans le rouge.

En fin de compte, Maurice constate à ses dépens que l'argent est un bon serviteur, mais un mauvais maître, et qu'il est aussi volatil que l'éther.

Il n'entre pas dans les prétentions de ces quelques lignes d'apporter des solutions aux soucis financiers de Maurice. Lui seul peut trouver les postes de dépense à réduire.

Néanmoins pour devenir fourmi plus que cigale tout en conservant avec tact et modération son goût pour la fête, il est proposé au cadre de gérer son budget comme celui de son entreprise.

Cette gestion professionnelle repose sur quatre principes:

- établir un budget avec des priorités, des provisions pour imprévu, une dotation aux amortissement etc..

- exécuter ce budget en notant les dépenses sur un cahier ad hoc. Inscrire ses dépenses, c'est le premier moyen de les limiter.

- En cas de gros investissement, il est nécessaire non seulement de chiffrer la dépense par écrit mais de calculer son incidence sur les dépenses de fonctionnement.

Décrire un projet avec ses incidences financières, c'est s'auto administrer une douche froide qui guérit parfois de bien des tentations. Encore vaut-il mieux, pour une fois se doucher avant de tomber dans la boue du surendettement qu'après!

Qu'il est sage celui qui sait ne pas péter plus haut qu'il n'a le derrière.

- Le dernier conseil est un impératif catégorique que les joueurs considèreront avec mépris: Le jeu n'en vaut pas la chandelle et ne sert qu'à enrichir l'Etat, les sociétés de course et les casinos.

En refusant de jouer pour renflouer ses finances mises à mal par tant d'adversaires, le cadre épargnera et son porte-monnaie son coeur. S'il joue, il risque de perdre et la bourse et la vie.

Cadres pris par le miroir aux alouettes de la consommation, pénétrez vous de cette idée que bien des Etats devraient prendre en compte: Soyez fourmi plus que cigale.

 

CONCLUSION: SOURIEZ VOUS ETES FILME

 

souriez.jpgDans son entreprise, dans son administration, le cadre qu'il le veuille ou non est un phare. Il est en vue de tous à l'intérieur comme à l'extérieur. Que la lumière du phare palisse et c'est toute la visibilité de l'organisme pour ses clients, ses fournisseurs, ses administrés et les citoyens qui est compromise.

Il en est de même pour les collaborateurs qui ne sauraient travailler en aveugle.  

Me dira-t-on, le cadre a toutes les raisons de voir la vie en noir:

François sort d'une journée jalonnée par les mauvaises nouvelles. Sa société vient d'être rachetée et des rumeurs de licenciement des cadres circulent. L'entreprise concurrente vient de lui souffler un contrat sur lequel il travaillait depuis un mois et par dessus le marché, la dernière commande ne sera pas livrée au client dans les temps, ce qui entraînera des pénalités de retard alors que les marges de profit sont si faibles.

Prostré dans son canapé cuir peau de buffle devant le poste de télévision François commet l'erreur de regarder les informations. Il se dit que décidément Jean Ziegler le révolté du Parlement suisse a raison: le monde est un charnier.

Le journal de vingt heures, la presse quotidienne lui rappellent chaque jour les malheurs de l'humanité, les drames des peuples victimes de la guerre et de la faim. Des quatre coins de la planète, lui parviennent des nouvelles de violence qui n'incitent guère à l'optimisme sur l'avenir de l'homo sapiens qui semble né pour détruire ses pairs.

Mais cette accumulation de catastrophes alimente plus son pessimisme naturel qu'il ne provoque un sursaut. Pire, elle démobilise et renforce sa tentation du repli sur soi

Les morts du Bangladesh ou de Philippines après chaque typhon, la guerre en direct entre les Serbes et les Croates dont peu de gens comprennent les haines ancestrales, l'impasse de la situation au proche orient, le pousseraient plutôt " à cultiver son jardin" pour oublier l'agitation homicide du monde qu'à jouer les Bernard Kourchner.

Un vague sentiment de Solidarité voire de culpabilité l'incitera de temps en temps à faire un chèque mais à quoi bon? pense-t il tristement.

Les malheurs du monde se surajoutent aux siens pour finir d’assombrir ses pensées. Or, ce coup de cafard autodestructeur de François est interdit au cadre qui au sein d'une Société a pour rôle de la faire fonctionner sans trop d'état d'âme et doit considérer pour rester efficace qu'il est inutile de se tourmenter sur ce sur quoi il n'a pas prise.

C'est pourquoi, sans tomber dans le travers de "Pangloss", héros dérisoire du Candide de Voltaire) qui estimait que tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, il est recommandé au cadre de remiser dans le fond de sa mémoire, les malheurs des temps et ceux qui le frappent en retenant trois paroles de sagesse.

- La première permet de se retourner quoiqu'il arrive: " A quelque chose malheur est bon". Elle s'allie souvent à l'expression tirée de madame de Ségur." Après la pluie le beau temps".

- La deuxième est l'ancêtre de l'expression moderne: Le pire n'est jamais sûr"." Il vaut mieux souffrir que mourir "

- La dernière est un appel à l'action qui suit les temps de détresse. "Ni les regrets ni les larmes n'ont jamais nourri personne."On peut d'ailleurs l'enrichir d'une formule plus positive:" Le labeur fait sécher les pleurs".

Si le cadre regarde plutôt la face dorée du décor, il se déridera, rayonnera en oubliant les états d'âme et tout sera transformé: Sourire et Rire sont aussi communicatifs que la morosité.

Sourire c'est non seulement moins fatiguant pour les muscles zygomatiques, moins créateurs de rides signe de vieillissement précoce, mais c'est rentable:" Un coeur en joie est un filtre qui fait de l'or" dit un proverbe indien. Alors, cadres, souriez, vous êtes filmés!

 

Frédéric Buffin. Ancien directeur d'organismes sociaux.Frédéric Buffin

 

 

 

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Frédéric Buffin - dans Management
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