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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 17:22

Cette étrange passion pour le pouvoir.

 

Une espèce du genre improbable

 

Ils (elles) parcourent le pays à la recherche des électeurs versatiles, dont ils (elles) serrent les mains avec un apparent enthousiasme qu'elles soient propres ou moins propres. Pour un peu, on pourrait croire qu'ils (elles) sont en capacité de guérir les écrouelles comme les  monarques d'Ancien régime.

 

Ils (elles) hantent les studios des chaînes télé ou radio, contraints (es) de se grimer pour ne pas présenter leur mine blafarde devant les spots lumineux. Je serais eux, je craindrais d'en attraper des allergies, tant certains(es) d'entre eux sont fardés comme à la truelle!

 

 Ils (elles) doivent subir les avanies des journalistes, sur leur vie publique et même leur vie privée. Tout écart de langage, tout excès d'humeur,  est impitoyablement mis au passif de leur comput. Au moindre gros mot, ils peuvent passer en première page tant ils sont scannerisés, disséqués, décrits,  par des plumitifs impitoyables dont la déontologie journalistique est parfois très limite.

 

Ils (elles) parcourent des milliers de kilomètres visitant le matin une usine devant des ouvriers plus ou moins compréhensifs, l'après midi une exploitation agricole au cul des vaches, animant le soir  une assemblée partisane dans une ambiance survoltée avec un discours sur le thème,"Avec mon programme, le paradis est à nos portes; l'enfer vous est promis si mon adversaire porteur des forces du mal, l'emporte par son indigne propagande. La victoire est à portée de vos bulletins." 

 

Qui sont-ils (elles)? Ce sont les candidats (es) à la présidence de la république française qui vont tenter de conquérir le cœur ou la raison des électeurs (trices) au mois de Mai prochain dans une France qui doute d'elle même et de son avenir.

 

Des dossiers impossibles

 

Or, on peu se demander si les impétrants imprudents qui sollicitent nos suffrages, ne sont pas saisis par une passion masochiste car            objectivement, après les élections présidentielles, le nouveau président élu ou réélu, n'aura que des coups à prendre:

 

- Sur le plan extérieur, ils devra se confronter aux chefs d'Etat aux couleurs de monstres froids chargés de gérer des coopérations parfois douteuses en tenant compte à la fois de leurs génies et de leurs égoïsmes nationaux. Quel plaisir de devoir serrer la main au nom de la real politique à des gouvernants qui parfois ont du sang sur les mains!

 

- sur le plan militaire, il sera en charge de dossiers croquignolets tels que le maintien ou l'évacuation des troupes françaises en Afghanistan, la sortie de crise post Kadhafi en Lybie et la question de l'option militaire du nucléaire en Iran. Jusqu'ici, la liste des morts en mission n'a touché que les familles des victimes et les casernes des jeunes fauchés par le drame de la guerre. Mais jusqu'à quel niveau de décès en opération, l'opinion publique, cette si mystérieuse faiseuse et défaiseuse de rois, supportera le prix du sang pour que la France tienne son rang dans le concert des nations?

 

Au niveau de l'union européenne, il devra se pencher avec amour sur trois grands malades: l'Euro, le système européen à 17 paralysé par le principe d'unanimité, le système bancaire fragilisé par la crise des produits financiers toxiques et des dettes souveraines. Quelle gourmandise de gérer des négociations avec les grands argentiers de la planète dont la froideur est comparable à celle des glaciers du Groenland! Quel plaisir peut-il y avoir à se trouver entre l'enclume des pourvoyeurs de prêt et le marteau des manifestants de tous bords qui refusent la moindre remise en cause des droits acquis?

 

- Au niveau du territoire national, il faudra bien s'occuper du sujet de la dette sous surveillance amicale de nos partenaires allemands, de la BCE, du FMI et de ces pompiers pyromanes que constituent les agences de notation. Quelle joie d'annoncer des mesures d'austérité qui multiplient la sortie dans la rue  des indignés de tous bords, furieux de voir les Etats endettés soutenir les banques qui se font entre elles si peu  confiance qu'elles refusent de se soutenir en s'octroyant des prêts.

 

- Sur le plan social, il faudra qu'il sache augmenter les impôts et pas seulement au détriment des plus riches, résoudre la lancinante question  d'un chômage à 10% de la population active et sauver la sécurité sociale au bord de la banqueroute. Tout un programme qu'aucun gouvernement de droite comme de gauche n'a su résoudre depuis trente ans. On ne peut que souhaiter bon courage au patron de la France quand il affrontera les mécontents de toute sorte dés les premières mesures d'économies et d'augmentation des impôts, aussi bien de la part des entreprises que des particuliers.

 

- On ne doute pas que dans le même temps, où la force anonyme mais toute puissante des marchés pousse à la réduction des dépenses publiques, le nouvel élu devra se  confronter au développement inexorable des désert médicaux, à l'incapacité des hôpitaux publics à se réorganiser pour résister à la concurrence des cliniques privées et à l'augmentation du reste à charge des assurés qui privent des milliers d'entre eux de l'accès aux soins.

 

- Bien évidemment, sur le plan économique, il lui faudra trouver la martingale improbable pour relancer la machine, sans achever de déséquilibrer la balance des échanges, ni relancer l'inflation, ni achever le malade en tuant la croissance à force de vouloir le guérir.

 

- Sur le plan de la formation, fort de sa nouvelle légitimité, il pourra s'essayer au risque de se casser les dents, d'essayer de dynamiser ce mammouth de l'Education nationale dont la faiblesse des résultats ne peut s'expliquer seulement par le réduction des effectifs enseignants. Secouer le cocotier sans mépriser contrairement à que fit Allègre en son temps, quelle mission exaltante dans l'administration la plus importante du monde en voie de dépression morale avancée!

 

En matière d'Energie, il aura le choix entre mécontenter les écolos en maintenant la priorité du nucléaire et couvrir un des plus beaux pays du monde, d'éoliennes hideuses dont l'attrait touristique est des plus limités. Quant à la limitation de la circulation des voitures et des camions, il faudrait de tels investissement pour rééquilibrer la route au profit du chemin de fer, que le poids de la dette interdit toute avancée rapide dans ce domaine. Faire le choix entre les cheminots et les routiers, c'est un exercice de style bien périlleux quand les deux corporations peuvent vous bloquer la circulation dans tout le pays!

 

Bien entendu, pour les candidats, la liste des dossiers lourds voire très lourds n'est pas exhaustive. Au passage, l'adhésion de la Turquie à l'union européenne, le mariage homosexuel, la restructuration des collectivités locales, la relance de la politique culturelle, la réforme fiscale, la question laïque face à la progression de l'Islam en France, la rénovation des banlieues, la politique du logement etc... "N'en jetez plus, la coupe est pleine" dira le nouvel élu, peu désireux de boire le calice jusqu'à la lie.

 

Aussi devant l'accumulation des dossiers lourds qui vont être déposés au « Château » par des administrations diligentes ravies de faire trancher par le politique bien des questions qu'elles auraient du régler elles même, je m'interroge sur la question suivante.

 

 

 

 

Une énigme psychologique.

 

Mais pourquoi donc nos candidats veulent ils se lancer dans une telle galère ou de tels travaux d'Hercule sans en avoir vraiment la carrure physique?

 

Pourquoi une telle propension admirable à chercher les ennuis au risque de ne plus en dormir la nuit.

 

Pourquoi veulent-ils avec une telle gourmandise remplir le tonneau des Danaïdes des Finances publiques?

 

Pourquoi veulent ils avec tant d'abnégation jouer les Sisyphe condamnés à monter la pierre de l'histoire de France pour la voir inévitablement retomber dans la vallées des illusions perdues?

 

Pourquoi veulent-ils tel un Ben-Hur héroïque des temps modernes, conduire le char de l'Etat qui selon la métaphore célèbre, navigue sur un volcan?

 

Quelle passion étrange pour se faire manger le foie chaque jour comme Prométhée en affrontant les lourds dossiers qui paralysent notre beau pays?

 

 Récemment au café du commerce, un philosophe de comptoir devant un ballon de rouge, alors que je commandais une tisane, m'a récemment interpellé sur le sujet en m'exprimant une réponse à la Dounio très brève de  comptoir  que je n'avais pas sollicitée: "les politiques, s'ils veulent être président de la république, c'est qu'ils en croquent! L'Elysée, c'est une belle gâche et il y a de bons cuistos pour y faire une bonne bouf."

 

Bien sûr, la tentation du népotisme, de placer ses amis à des postes de responsabilité selon de critères qui ont plus à voir avec la confiance qu'avec la compétence n'est jamais très loin, quand on accède à de telles responsabilités. Et se servir avant de servir est une propension bien humaine, y compris chez les plus grands hommes au risque de faire douter parfois du système démocratique à chaque révélation d'un scandale où un homme ou une femme politique sont pris en flagrant délit d'enrichissement personnel.

 

Mais devant l'affirmation aussi sommaire et populiste que péremptoire de mon consommateur de gros rouge, je me suis bien gardé de répondre.  Entamer un dialogue sur le thème « tous pourris » est un peu facile pour celui qui n'a pas comme moi le courage d'affronter les électeurs.

 

Trois « ressorts » qui remontent les candidats à la présidentielle comme des pendules

 

J'ai souhaité néanmoins pousser mon analyse sur cette étrange soif du pouvoir qui peut conduire le candidat élu à appuyer sur le bouton de la bombe H ce qui n'est tout de même pas rien!

 

Il semble qu'au premier chef, le souhait d'aller à la rencontre du peuple pour présider aux plus hautes fonctions de l'Etat, relève du principe d'existence: "je préside donc je suis." Ce cogito politique peut d'ailleurs se décliner en trois modes:

 

Le premier s'organise autour de la transmission de la parole: "Oraro, ergo sum. Je parle donc je suis." Autrement dit, il n'y  a pas d'accès possible à la présidence de la république sans qualité d'orateur. Je me garderai bien d'intervenir dans les débats qui vont venir pour décerner des mérites en la matière aux candidats qui s'annoncent, mais il suffit d'entendre les discours radiophoniques de Léon Blum, avant guerre, les conférences de presse du Général de Gaulle, les philippiques de François Mitterrand au Parlement ou en meeting pour comprendre qu'on est d'abord président de la République avec sa langue, même si celle-ci selon Esope peut être la meilleure et la pire des choses.

 

Il n'est que de se souvenir des discours de Nuremberg  au cours duquel Adolph Hitler a éprouvé son formidable et terrifiant magnétisme sur les foules allemandes, pour comprendre que la tragédie mondiale de 1939-1945 a commencé en 1935 dans les discours aussi exaltés qu'antisémites du Führer. La séduction des foules par le discours est enivrante ; gare à la gueule de bois qui peut s'ensuivre!

 

Le second cogito est au moins aussi  grandiose que dangereux si l'on y prend garde: "Je fais l'Histoire donc je suis." En apparence c'est un beau programme: Le fondateur de la cinquième république a résolu la crise algérienne qui déchirait la nation française. Le seul président de la république de gauche qui n’ait jamais gouverné, a supprimé la peine de mort en faisant reculer la barbarie dans notre beau pays.

 

Les deux ont largement contribué au renforcement de la construction européenne en réintroduisant l'Allemagne dans le concert des nations à cent lieues des humiliations du traité de Versailles de 1918 qui ont poussé le peuple allemand à une revanche belliqueuse et destructrice vingt ans plus tard. Ils ont en ceci fait œuvre d'histoire. Mais il convient de ne pas mythologiser cette passion pour celle-ci : c'est en son nom que Napoléon et Hitler ont investi la terre russe avec les tueries que l'on sait. C'est en écoutant la muse Clio que les populations de l'ex Yougoslavie se sont déchirées et que les milices hutues ont massacré tous ceux qui n'avaient pas le bon faciès. L'histoire peut enseigner; elle peut aussi tuer. Laisser son nom dans les livres d'histoire, c'est bien si les principes de la déclaration universelle des droits de l'homme demeurent sur le bureau du futur président de la république et ...dans sa conscience.

 

Le troisième cogito passe par l'expression d'un néologisme dont le lecteur puriste voudra bien me pardonner: "j'utopise donc je suis." A quoi bon en effet faire de la politique et vouloir accéder aux plus hautes instances de l'Etat, si on ne propose pas aux électeurs la part de rêve d'une nouvelle frontière, voire d'un nouveau monde.

 

Personne ne sera jamais élu sur le thème unique de la réduction de la dette. C'est pourquoi, un peu de démagogie dans une campagne présidentielle n'a jamais fait de mal au corps social. Promettre en temps de guerre que du feu, de la sueur, du sang et des larmes,  c'est possible. Mais en temps de paix, ce n'est vraiment pas raisonnable. C'est pourquoi Churchill fut débarqué par les électeurs « so british » dés les hostilités terminées. Le vieux lion risquait de donner au pays quelques coups de griffes dont il ne voulait plus en temps de paix.

 

Autrement dit, à quoi sert de faire de la politique au plus haut niveau, si ce n'est pas pour promettre d'améliorer mieux que l'adversaire politique, le niveau de vie de ses compatriotes électeurs et de changer la vie dans ce monde d'airain dominé par les forces brutes et aveugles du marché dans une économie désormais mondialisée?

 

Seulement l'utopie a ceci de particulier que malgré sa rupture avec le réel, non seulement elle engage ceux qui la croient, mais aussi  par un curieux phénomène d'auto- persuasion,  elle convainc celui qui la prononce du fait que sa réalisation à force de discours, est possible. Le plus souvent fruit d'une réflexion collective qui brise la contre réflexion intellectuelle individuelle, elle relève de la foi plus que de la raison.

 

 Mais elle est tellement plus sympathique que le réel, que l'électeur vibrera toujours plus sur elle que sur un taux de croissance...ou de décroissance. Bref, pas de politique sans un minimum d'utopie, car elle est grisante, séduisante et enthousiasmante. Et l'enthousiasme est un ressort important qui fait bouger les peuples plus sûrement que les lois et décrets.  Mais ne pas mettre en œuvre l'utopie grâce à laquelle on a réussi à faire rêver ceux qui vous ont élu avec les recettes qu'on n'a pas, c'est le retour sur terre brutal. Attention danger! L’électorat crie à la trahison et c’est alors la démocratie qui est en danger.

 

La vraie motivation : servir. 

 

Et si tout simplement avec leurs limites personnelles, les contraintes sociales de leur électorat, les candidats n’étaient pas motivés par la volonté de servir. C’est l’utopie démocratique à laquelle je m’accroche pour déposer encore une fois un bulletin de vote à chaque consultation des présidentielles, même si je sais que le réel sur fond de crise économique et d’endettement des Etats imposera désormais de telles exigences au nouveau président qu’il sera obligé de faire accepter à ses électeurs d’inévitables reniements.

 

De Gaulle en partie élu sur le thème de l'Algérie française assura contraint, son indépendance. Mitterrand après une année délirante de relance, convertit le pays dés 1983 à une politique de rigueur pour ne pas perdre pied dans la construction européenne, en acceptant lui aussi contraint un haut niveau de chômage dont il avait promis la baisse en tant que candidat. L'actuel locataire de l'Elysée a du remiser au placard son slogan "travailler plus pour gagner plus" pour cause de crise financière majeure. A qui le tour dans six mois?

 

Or, je me garderai bien d'affirmer qu'aucun de ces présidents de la République n'était mû par la très motivante volonté de servir leurs concitoyens.

 

Bon courage pour le(la) futur président(e) !

 

Frédéric Buffin : 22 octobre 2011.

 

 

 

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