Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 19:49

 

cour des comptes

Vous vous souvenez il y a quelques années de la publicité Ducros qui vendait et vend encore des aromates de toute nature. Et bien la lecture roborative de la gardienne des comptes publics de la rue Cambon, m’a fait penser en moins jovial, au cuisinier qui passait sur le petit écran pour vanter les mérites de ses herbes, en réclamant d’avantage d’intérêt de la part des consommateurs.

Ducros

Chaque année, la Cour des comptes publie à la fin de l’été un rapport sur l’application des lois de financement de la Sécurité Sociale. C’est une « somme », 650 pages. Dans laquelle tout y passe :

Examen des déficits(en réduction)  et des recettes notamment de la CSG.

Maîtrise des dépenses hospitalières (à renforcer).

Efficience du système ce soins (à améliorer).

Focus sur certains régimes de retraite (exploitants agricoles et professions libérales.)

Gestion de l’assurance maladie par les mutuelles (à limiter)

Recommandations diverses.

Réponse des administrations.

Pour faciliter le travail des journalistes paresseux, et des lecteurs toujours pressés, la Cour s’est fendue d’une synthèse de 60 pages dans un format plus pédagogique que le rapport complet. Dans sa volonté (bien légitime) de faire connaître ses travaux, la Cour a même élaboré un communiqué de presse de six pages. Un diaporama de 10 « slides » très bien fait est disponible. Elle est même un peu « geek », puisque celui-cci est diffusé sur le réseau tweeter, ce qui montre que la haute dame de la rue Cambon si sourcilleuse sur les comptes des administrations publiques, sait se mettre à la page.

                                                                      rapport cour des comptes SS

 

Las, malgré tout ce travail d’examen des comptes de la Sécurité Sociale, année après année, les résultats sont toujours aussi préoccupants, comme si personne ne tenait comptes de ses recommandations :

Après le catastrophique résultat de 2010 de 29,6 milliards de solde déficitaire, les comptes de 2012,  n’est limité qu’à hauteur de 19,2 milliards d’euros.

La dette sociale (Acoss+Cades) approche les 160 milliards d’euros (ce qui représente plus de 1000 milliards de  francs à rembourser par les jeunes générations. Merci les parents !)

Pire, les comptes sociaux dans la zone euro sont désormais à l’équilibre, contrairement à ceux de la France, malgré une évolution dynamique de la ntribution sociale généralisée.

L’objectif national des dépenses d’assurance maladie fixé à 2,7% en 2013, est toujours très supérieur à l’évolution du Produit intérieur brut (établi pour 2013 à moins de 1%)

La part des séjours hospitaliers en chirurgie ambulatoire est deux fois inférieure à celle des pays scandinaves. (36%), ce qui grève les coûts des établissements hospitaliers.

Les actes de biologie ont augmenté de 80% en dix ans.

Les dépenses d’optique dont la plus grande partie est assumée par les organismes complémentaires et les clients est deux fois supérieure à celle de nos voisins. Etc.

deficit de la secu

En réponse, les pouvoirs publics viennent d’annoncer à l’occasion d’une première présentation du projet de loi de financement de la Sécurité Sociale pour 2014 que, le Budget de la Sécu serait présenté avec un déficit limité à 13 milliards sur environ 450 milliards de dépenses. (Quel effort !)

Moralité, malgré le bilan annuel de la Cour des Comptes sur la Sécurité Sociale introduit par les Ordonnances Juppé, les budgets sociaux continuent de déraper, même si selon les exégètes des comptes, ces glissements « seraient moins marqués à la hausse que par le passé. Nos gouvernements clament déjà que l’effort est sans précédent ! Et la Cour, malgré son impressionnant travail d’alerte n’en peut mais, car les Cassandre annonciateurs de mauvaise nouvelle ne sont que rarement écoutés dans la cité.

On voit bien que derrière la tendance aux déficits sociaux, c’est tout le pays qui en croque. Nous sommes tous contre les déficits sociaux, mais il n’est pas question que chacun de nous renonce au bénéfice des prestations sociales si la loi et le règlement nous permettent d’en profiter. La sécurité sociale est devenue un ensemble de droits plus que de devoirs et nos gouvernants en démocratie, à la veille de multiples échéances électorales, sont bien obligés d’en tenir compte, s’ils veulent demeurer en place.

Dernier point, la Sécu, c’est tellement compliqué que personne ne comprend rien à son fonctionnement: Depuis le premier code de 1985 classé en LRD (lois, décrets en conseil d’Etat, décret simple) le petit livre rouge (traduisez le Code Dalloz) a doublé de volume et notamment depuis les Ordonnances Juppé qui ont favorisé l’inflation législative et réglementaire à l’occasion de l’examen annuel des lois de financement de la Sécurité Social par le Parlement. 

Or, par nature, « on » (pronom malhonnête qui désigne chacun de nous,)  ne s’approprie pas une Institution trop complexe. On se contente d’exercer des droits de tirage à son détriment sans penser que depuis la Libération, elle est un des fondements du Pacte républicain qui justifie un effort de respect et « d’usage avec tact et modération » selon la jurisprudence du Conseil d’Etat sur les dépassements d’honoraires des médecins spécialistes.

                                                                              usine à gaz

 Alors que faire, pour que les commissaires aux comptes de la Sécurité sociale de la rue Cambon soient mieux écoutés ?

Au magasin des idées saugrenues, j’en propose une, plus sérieuse qu’il n’y paraît de prime abord : Lors d’un séjour en Côte d’Ivoire du vivant du père de l’indépendance du pays, il y avait à la télévision une émission consacrée à la pensée du jour du maître du pays. Vous allez me dire que nous ne sommes pas en Afrique avec une seule chaine d’Etat. D’accord, mais je trouvais que la parole présidentielle d’un sage de l’Afrique avait un poids singulier dans un pays alors en paix.

Plus près de nous, dans le courant des années 82-83,84, une chaine publique avait mis en place avec succès, une très courte émission quotidienne vespérale, intitulée : « la minute nécessaire de monsieur Cyclopède » animée par un humoriste célèbre aujourd’hui décédé. Près d’une centaine d’émissions à l’humour décalé ont ainsi été diffusées avec des thèmes aussi absurdes que : « abolissons l’anesthésie, » , « évaluons le quotient intellectuel de Beethoven. » ou bien encore : « observons les jumeaux à la jumelle. »

Cette émission correspondait bien à l’esprit désabusé  du temps, après un an de mise en place de mesures sociales mortifères pour les comptes de la nation, contrecarrées immédiatement par le plan de rigueur du gouvernement Mauroy.

cyclopède

Pourquoi ne pourrait-on  pas inscrire dans le cahier des charges du Conseil supérieur de l’audiovisuel imposé aux chaînes de télévision publiques ou privées, « la minute nécessaire de la  Cour des Comptes » avec une intervention de son premier Président ou de son porte parole ?

En un laps de temps très bref, ce qui contraindrait la Cour à faire court,( pour ne pas être ennuyeux comme feu les émissions scolaires d’autrefois organisées par l’Education nationale,) la gardienne des comptes pourrait faire œuvre pédagogique auprès des téléspectateurs. Ceci constituerait un défi pédagogique redoutable pour les magistrats de la rue Cambon en mal de médiatisation, mais très salutaire..

 

Je suggère ici déjà quelques thèmes susceptibles d’intéresser les téléspectateurs :

Déficits sociaux, pourquoi nous allons dans le mur ?

Comment survivre avec nos dettes sociales ?

Pourquoi l’ONDAM progresse-t-il trop vite ?

Comment diminuer les dépenses de retraite, alors que nous vivons toujours plus longtemps ?

Comment désengorger les services d’urgence ?

Tout le monde conviendra que ces titres ne prêtent pas franchement à la rigolade. C’est pourquoi je vous en propose d’autres moins politiquement corrects qui pourraient donner à la Cour en moins de deux minutes, une image moins austère, sans lui retirer son sérieux habituel :

Comment ne pas consommer les médicaments remboursés par la Sécurité Sociale comme des bonbons Haribo ?

L’hôpital n’est pas un hôtel. La preuve, on n’y mange mal.

On n’est pas obligé de faire chauffer la carte Vitale jusqu’à ce qu’elle en fonde.

Usons des recours devant la commission de recours amiable des caisses de Sécurité sociale à dose homéopathique.

On n’utilise pas les Urgences des hôpitaux le week-end pour remplacer le médecin traitant qui respecte le jour du Seigneur.

Si votre médecin force sur le prix de sa consultation au-delà du remboursement de l’assurance-maladie, protestez avec la même vigueur que quand vous reprochez à votre boucher d’en rajouter sur le prix du tournedos.

Pourquoi demander à entrer dans l’antichambre de la mort (la retraite) alors qu’on peut encore travailler ?

La Sécu n’est pas une vache à lait qu’il faut traire absolument, etc. 

Pour mémoire, la minute de Mr Cyclopède se terminait par une observation ironique de Pierre Desproges aujourd’hui décédé : « Etonnant non ? » La minute quotidienne   de la Cour pourrait se conclure par la formule suivante : « Il faut sauver la Soldate  Sécu du naufrage qui nous attend ! »

navire auveteur

N’en croyez pas un mot bien évidemment, même si les médias radio et audiovisuels qui consacrent chaque jour des heures  d’émission consacrées au sport, pourraient faire un effort avec « la minute nécessaire de la Cour » qui donnerait du réconfort à ses membres dans leur difficile mission d’éclairage de l’opinion publique sur la catastrophe qui menace les assurés sociaux et notamment les plus démunis,  si les comptes sociaux ne sont pas d’avantage maîtrisés dans les prochaines années !

pessimiste

Frédéric BUFFIN. Ancien (depuis peu), directeur de caisse de sécurité sociale, toujours très respectueux au cours de sa carrière, des recommandations des sages de la rue Cambon.                                                                

 28/09/2013

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires