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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 17:55

Il était une fois la Fée Solidarité qui régnait sur le beau pays de France. Belle, rayonnante et généreuse,  elle dispensait ses bienfaits à l'ensemble de la population, qu'elle cotise ou ne cotise pas. "451 milliards de noisettes en 2012, c'est beaucoup", se disait- elle. Familles, malades, retraités, tout le monde en profitait et tout le monde était content (sauf les payeurs).

 

                                  Fee-solidarite-copie-1.jpgnoisette.jpg

 

Mais avec une telle prodigalité, elle était très sollicitée et peinait à trouver des ressources pour équilibrer son budget, alors que le pays était entré dans un temps de vaches maigres comme dans l'Egypte du roi Pharaon. Les cotisants commençaient à protester à force de payer taxes, cotisations et c.s.g, de sorte que la Fée était endettée. Et les bénéficiaires en réclamaient toujours davantage.

 

Heureusement, le président de la Cades (gérant de la dette de la Sécurité Sociale) et grand voyageur, parcourait le monde à la recherche des fonds auprès d'emprunteurs très intéressés par une si noble cause et ...une si belle signature, avec des taux d'intérêt à faire pâlir les Grecs denvie.

 

Sinon jamais elle n'aurait été en capacité de rembourser ses dettes, même si elle avait promis de façon très imprudente de rembourser ses traites en dix ans, ce qui était très court pour la somme faramineuse de 160 milliards de noisettes!

                                                   dette-poids.jpg

 

Seulement elle sentait bien que malgré les augmentations de recettes, ce n'était pas suffisant pour améliorer sa situation financière .La Fée en était réduite à racler les fonds de tiroirs.

 

En désespoir de cause, elle alla frapper, non pas chez la fourmi sa voisine, mais à la porte de l'Assemblée Nationale et du Sénat, et tint à peu près ce langage aux représentants de la Nation:

 

                                                   parlement.jpg

 

"Eh bonjour mesdames et messieurs les parlementaires, que vous êtes jolis, que vous me semblez beaux, vous qui brandissez mon nom à tout instant et qui allez bientôt voter une quatrième réforme des retraites pour assurer leur équilibre financier pour vingt ans (blague) ; serait-ce trop vous demander de faire un effort et de balayer (un peu) devant votre porte ? 

 

Je sais quil nest pas réjouissant, pendant les campagnes électorales, de devoir faire des promesses que vous ne pourrez pas tenir, ce qui vous est reproché avec véhémence par vos électeurs pendant toute la durée de votre mandat. Je n'ignore pas que vous avez peu de chances de vivre une vie familiale normale à force de réunions le soir dans les clubs, les associations, les groupements de toute nature et de meetings le dimanche où il vous faut haranguer la foule à grand coup de revers de manche.

 

                                                  campagne-electorale.jpg

 

Je pense même que votre profession (car cest devenu un métier autant quune vocation,) devrait figurer dans la liste des métiers pénibles que vous allez bientôt promouvoir, avec toutes vos séances de nuit passées à voter la loi. Et puis la vie politique, c'est tellement de stress que cela justifie bien quelques avantages matériels.

 

Mais tout de même, avouez-le. Au moment où vous allez imposer de nouveaux efforts aux actifs et aux pensionnés (encore que pour ces derniers, ils soient bien minces) vous pourriez faire un geste et montrer l'exemple en apportant votre contribution à la résorption du déficit des retraites. Après tout, vos indemnités sont très confortables et vos régimes de retraite sont, en matière de rendement, ce qui se fait de mieux pour assurer vos vieux jours, à part les « retraites chapeau » des PDG du CAC 40, bien entendu.

 

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Heurtés par une telle philippique marquée par un antiparlementarisme d'un autre âge, les deux présidents des assemblées qui avaient cru amadouer la Fée Solidarité en l'invitant à la table cossue du restaurant du Sénat, un des meilleurs de la place de Paris,  protestèrent d'une même voix:

 

"Nous avons déjà réformé nos régimes. Le régime des députés a été aligné sur celui des fonctionnaires, des salariés et des autres régimes de retraite en termes d’âge dobtention. Dans les deux Assemblées, le système de la double cotisation qui permettait daugmenter artificiellement  ses annuités a été supprimé »

 

                         assemblee-nationale.jpg    senat.jpg

 

La Fée, qui avait très faim en ces temps de disette, les écoutait en silence sans négliger de ses délecter des délicieux macarons qui clôturaient ce repas en forme dapothéose gustative. Après avoir dégusté ce délicieux dessert, Elle reprit la parole avec un fin sourire:

 

Messieurs, je crois que vous n'avez pas tout dit : obtenir 1200 euros de pension après cinq  ans de mandat, cest un rendement imbattable. Et les députés peuvent toujours surcotiser pour obtenir  davantage. Quant aux sénateurs, ils cotisent à une retraite complémentaire par points.

 

 Je veux bien accepter le fait que vous  aussi ayez fait des efforts, après la réforme de 2010, mais vous n'ignorez pas que depuis 1974, vous avez instauré la compensation démographique prévue à larticle L134-1 du code de la Sécurité sociale.

 

Grâce à ce dispositif solidaire qui fait la grandeur de cette noble institution, le régime général est soulagéd'environ 5 milliards d'euros par an. Comment les salariés et les exploitants agricoles pourraient-ils bénéficier d'une retraite si cette compensation n'existait pas ? Puisque vos régimes disposent d'excédents, ne pourriez-vous m'accorder un petit subside supplémentaire?"

 

                                                 solidarite securite

"Mais, madame la Fée," répondirent les deux Présidents, "vous savez bien qu'au nom de la séparation des pouvoirs, nous inclure dans le dispositif de compensation démographique n'est pas possible. Ce serait mettre l'Assemblée Nationale et le Sénat sous la dépendance directe du Gouvernement, puisque si le principe de la compensation est d'ordre législatif, le dispositif est organisé sous forme de décrets et d'arrêtés.

 

Il ne vous échappera pas madame la Fée, que nous sommes encore en république parlementaire, même si le Président occupe la plus grande partie de l'espace politique et médiatique."

 

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Mais l'incorrigible donneuse de noisettes ne se démonta pas pour si peu: "Tout ceci ne sont quarguties juridiques de bas étage. Vous êtes comme l'Avare de Molière si attaché à sa cassette. Vous ne voulez pas faire de votre régime spécial un exemple en matière de solidarité vis à vis des régimes les plus déséquilibrés.

 

Vous êtes prêts à partir au combat pour réformer les régimes spéciaux des cheminots et des gaziers-électriciens, mais pour le vôtre: « nada ! »

 

Dans quelques jours avec votre talent oratoire, vous allez faire pleurer Margot sur le pouvoir d'achat des veuves dont certaines ont des pensions misérables et vous n'apporteriez pas votre contribution volontaire, même minime, à une si noble cause?

 

La nuit du 4 août 1789, c'est bien de leur plein gré que les députés de l'Assemblée constituante ont renoncé à leurs privilèges. Serait- ce trop vous demander de faire voter une cotisation de 5% au profit des régimes les plus en difficulté, alors qu'aujourd'hui, 30%  des dépenses de retraite du régime des indépendants le sont au titre de la compensation démographique? Ça c'est de la Solidarité!"

 

                                                abolition-des-privileges.jpg

 

En vieux parlementaires roués, nos deux Présidents se gardèrent bien d'opposer une fin de non recevoir à une Fée aussi aimable que redoutable. "Nous allons créer une commission qui traitera du sujet. Car, il nous faut l'aval de  nos collègues et ce ne sera pas facile à obtenir. En tout cas, ça prendra nécessairement du temps."

 

La Fée Solidarité, en  prenant congé, n'omit pas de dire aux deux Présidents: « en matière sociale, montrez l'exemple, ce sera plus facile pour faire voter des lois qui rognent sur les droits sociaux du plus grand nombre. En attendant faute d'avoir trouvé une fourmi généreuse  au Parlement,  je danserai tôt l'hiver comme la cigale de La Fontaine! »

 

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"Quelle classe, mais quel caractère! De plus, elle connaît ses dossiers !" se dirent les deux Présidents en la raccompagnant jusqu'à l'entrée de la rue de Vaugirard, soulagés de son départ.

 

Quant à la Fée, elle se dit dans son for intérieur : « Ces deux barbons ne mauront pas si facilement. Jalerterai les médias et je les prendrai en flagrant délit de pingrerie malgré leurs péroraisons quotidiennes sur le principe de Solidarité, dautant plus beau quil ne sapplique quaux autres ».

                                                 mediatisation

 

Frédéric Buffin le 3 Octobre 2013.

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