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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 18:00

 


Le management par les proverbes.


 


De l’utilité du proverbe pour le dirigeant d’aujourd‘hui.


 


Comme les manuels d’éducation pour jeunes filles au XVIIè siècle ou les traités de psychologie pour enfants dans les années 1960, les ouvrages consacrés aux
cadres en mal de formation, fleurissent sur l’étalage de nos librairies.


 


Tous les thèmes qui concernent l’organisation des entreprises et des services publics en tant que collectivité humaine y sont abordés : gestion des
ressources humaines, gestion du temps, conduite des hommes…et des femmes, communication interne et externe, qualité et contrôle, culture de l’entreprise, pratique de l’audit et du
« reporting » franglais oblige….


 


Rédigés par d’éminents spécialistes, consultants ou chefs d’entreprise, ces livres ne sont pas conçus en forme de doctrine. Ils visent l’efficacité à partir
d’expériences vécues et de schémas théoriques qui ont subi depuis longtemps l’épreuve des faits. Leur lecture apporte une réflexion et un support intellectuel utile au gestionnaire désireux de
prendre du recul sur sa pratique quotidienne. Ces ouvrages constituent d’utiles ouvrages de référence pour qui veut faire évoluer son entreprise ou son service en prévision de
l’avenir.


 


Mais la multiplication de ces nouveaux guides du comportement efficace, a de quoi inquiéter le lecteur qui parfois est aussi circonspect devant la variété
des titres que la ménagère peut l’être face aux rayons des fours à micro-ondes de nos grands magasins. Comment en effet choisir le bon ouvrage ou le bon auteur ? Peut on trouver version
management, un nouvel « Emile » rédigé par un nouveau Rousseau, (même si ce dernier tout en glosant doctement sur l’Education, ne manqua pourtant pas d’abandonner ses enfants selon la
devise, « faîtes ce que je dis, pas ce que je fais ») ?


 


Face à l’abondance de l’offre éditoriale, le manager en herbe est contraint de remplir sa bibliothèque d’ouvrages coûteux qu’il a peu de chances de lire
faute de temps.


 


Et pourtant que d’économies feraient les dirigeants sur leur fonds de documentation si s’appliquant le principe oh combien moderne de Lavoisier « rien
ne se perd, rien ne se crée »,  ils cherchaient les principes et les méthodes de commandement dans ces paroles des Anciens que sont les proverbes.


 


Conseils sortis de la nuit des temps, il en est de brutaux (œil pour œil, dent pour dent, même si la loi du talion a été un grand progrès pour l’humanité en
établissant la proportionnalité de la peine par rapport à la faute) ; certains sont d’un réalisme épais (on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, version culinaire du principe selon
lequel la fin justifie les moyens). D’autres fort heureusement sont plus pacifiques (un mauvais accommodement vaut mieux qu’un bon procès.)


 


Certains visent à la propagation d’une saine morale civique (qui vole en œuf, vole un bœuf.) Certains autres dépeignent la condition humaine sous un jour
bien noir (les hommes sont comme les melons, sur six, il y en a un de bon.) Il en est fort heureusement de plus optimistes. (A cœur vaillant, rien d’impossible ou bon sang ne saurait
mentir ! quoique ce dernier soit fort aristocratique et peu seyant dans une société démocratique qui met le principe d’Egalité à toutes les sauces tout en tolérant les pires
inégalités.


 


Bref , le proverbe s’occupe de tout . Il s’immisce partout. Il se mêle de tout ce qui concerne la vie des hommes en société.


 


Si donc le proverbe était utilisé pour le management, voici quels avantages pourraient en tirer nos dirigeants :


 


- Il a pour mérite d’être court et tient le plus souvent dans une formule : C’est important pour les cadres obsédés par la gestion du temps : En
effet chacun sait  que « le temps perdu ne se rattrape jamais » Tout leader sait qu’ »on croit user le temps alors que c’est le temps qui nous use. » Au
contraire, « qui gagne du temps, gagne tout. »


 


- Il a des vertus pédagogiques (nous restons toute notre vie de grands enfants et dans l’entreprise, nous ne sortons jamais de la cour d’école.) En ce sens,
il exprime une vérité facile à comprendre, aussi bien pour le polytechnicien que pour l’agent d’exécution. Toujours plus lisible et expressif et qu’un graphique ou une statistique, il se retient
aisément. Certes « les grands discours font les longs jours, » mais tout le monde comprendra que tant pour l’entreprise que pour le service public, « qu’en toute chose, il faut
considérer la fin et qu’il n’y a que le résultat qui compte. »


 


- Il est démocratique, du fait qu’il reflète la sagesse populaire et qu’il est d’usage très commun. Il transcende les barrières sociales. Il n’est ni le
produit de littérature patronale, ni le fruit du discours prolétarien, qui d’ailleurs a perdu beaucoup de sa superbe depuis la chute du mur de Berlin. Le proverbe est unifiant et consensuel selon
la doctrine des mousquetaires (un pour tous pour un.


 


- Il est économique puisque, situé depuis longtemps dans le domaine public, son usage n’implique aucune rémunération de droits d’auteurs auprès de la SACEM
ou autre société spécialisée. Tout gestionnaire sérieux ne peut qu’être sensible à cet argument selon les principes « un sou c’est un sou » et il n’y a pas de petites économies. Et puis
freiner les dépenses de documentation dont les trois quart ne servent à rien d’autres qu’à encombrer les rayonnages des bureaux de ses collaborateurs ne peut être tout à fait
mauvais.


 


- Le proverbe n’en a pas moins de vertus culturelles. Il provient souvent de monuments de la pensée humaine (L’Iliade et l’Odyssée, la Bible, le Coran,
etc.. Nombres d’ouvrage de management prétendent qu’il n’a de bon dirigeant que cultivé. C’est donc un bon argument à prendre en compte. Mais attention, « la culture, c’est comme la
confiture, moins on en a, plus on l’étale. »


 


- Le proverbe est pragmatique parce qu’il est l’écho de l’expérience. Il est constat empirique à l’opposé d’une doctrine théorique. « c’est en forgeant
qu’on devient forgeron. L’expérience est mère de science, savoir c’est pouvoir » Or, c’est cette qualité d’être versé dans le réel qui importe au chef  en quête d’influence
sur l’organisation qu’il dirige, plus qu’une somme de courbes et de graphiques.


 


- Enfin le proverbe est légitime parce qu’il est le fruit de l’histoire. S’y référer est toujours plus facile pour le patron face à ses collaborateurs que
d’évoquer le dernier succès du jour des maisons d’édition spécialisées dans le management. Encore qu’il faut être prudent en cette manière. Certes  « l’avenir se construit grâce aux
leçons du passé », mais parfois « l’Histoire vous retient d’agir comme la glèbe retient vos chaussures. »


 


 


Essai d’utilisation du Proverbe à l’usage du dirigeant pressé.


 


Seulement voilà, les proverbes, il y en a des milliers ; ils sont capables de dire tout et son contraire. Ils se sont déposés au fil du temps et non
selon les saints principes de l’organisation dispensés dans les manuels spécialisés. Ils viennent de partout, de la campagne et de la ville, de l’orient et de l’occident, de la terre et de l’eau.
Morceaux de sagesse éternelle, fruits de la tradition, ils ne collent pas forcément à la réalité de l’entreprise d’aujourd’hui. Comme certaines anciennes partitions de musique qui doivent être
transcrites pour être adaptées aux instruments modernes, ils constituent un matériau et pas une composition achevée qui reste à construire.


 


C’est pourquoi, il est proposé au lecteur un « essai de proverbialisation » de certains thèmes de management qui nous l’espérons, l’incitera à se
plonger dans la recherche de la formule efficace à des fins de management.


 


Il ne saurait évidemment être question en un si court article de transcrire l’ensemble des thèmes tels que l’organisation du travail, le dialogue social, la
stratégie d’externalisation des entreprises etc.. C’est pourquoi, nous nous sommes volontairement limités à la dimension personnelle du manager dans ses relations avec ses collaborateurs. Il
s’agit naturellement d’une facilité puisque le proverbe naît de la vie en société.


 


Autrefois issue du village ou de petites communautés urbaines, cette vie sociale s’organise aujourd’hui principalement dans les administrations et les
entreprises dans lesquelles nombre d’hommes et de femmes passent plus de temps qu’en famille. Dans ces lieux de vie autant que lieux de travail, à la machine à café ou à la cafeteria, le proverbe
s’épanouit au gré des relations et des tensions sociales comme les notes de musique sur une portée.


 


Pour souligner l’importance des relations humaines dans l’entreprise et de la gestion des ressources humaines qui en découlent, on se souviendra avec profit
que dés le XVI e siècle, Jean Bodin : « Il n’est de richesses que d’hommes. » Nous savons aussi que « l’homme ne vit pas seulement de pain. »


 


Une fois ces principes de base acquis, le dirigeant doit s’appliquer l’antique maxime de Chilon inscrite au frontispice du temple de Delphes :
« connais toi toi-même. » Cette formule abondamment utilisée par Socrate dans des dialogues platoniciens qui n’en sont pas, sera utilement complétée par les mots de Montaigne qui dans
ses Essais précisait : « Qui se connaît, connaît aussi les autres, car chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition. » Ces propos ne visent évidemment pas à
transformer les bureaux directoriaux en nouveaux divans pour analyse, ils rappellent simplement « qu’avant de fureter dans la maison du voisin, il faut d’abord balayer devant sa
porte. »


 


Balayer devant sa porte, c’est d’abord maîtriser ses angoisses, « car la peur est mauvaise conseillère. »   « L’homme
est un animal inquiet, c’est dit on ce qui le sépare de l’animal. Encore qu’il n’est pas sûr que l’oiseau face au chat ou le cochon face au couteau du boucher soient en état de parfaite
décontraction. Face aux mauvaises nouvelles, on retiendra utilement que « l’espoir luit comme un brin de paille dans l’étable » et qu’il ne faut jamais désespérer. Le dirigeant doit
être malgré la chute, « comme un chat qui retombe sur ses pieds. »


 


Aux nouvelles alarmistes de son directeur financier sur l’évolution des statistiques financières et de la trésorerie,  il peut prononcer
la formule rassurante : « quand je me vois, je m’inquiète, quand je vois les autres, je me rassure. » A défaut, l’acte de gestion étant par nature un acte positif, il y a lieu de
se souvenir que « vouloir c’est pouvoir » et que la fortune sourit aux audacieux, tout en faisant comprendre à ses collaborateurs « qu’on ne gouverne pas par objection. »
Enfin face aux grandes difficultés on n’aura garde d’oublier le conseil de Ruyard Kipling : « Si tu veux rebâtir l’œuvre de ta vie, tu seras un homme mon fils. »


 


Se connaître c’est aussi savoir ménager le temps ainsi que soi-même. Corneille écrivit dans Sertorius : « le temps est un grand maître. »
(C’est à peu près le seul bon mot qui soit sorti de cette œuvre obscure de l’illustre auteur.) D’autres ont dit que « le temps et l’usage rendent l’homme sage. »N’ayons garde de
mésestimer le « tout vient à point qui sait attendre » ou la formule : « il y a un temps pour tout. » Et rappelons nous que les bons gestionnaires sont d’abord aptes à
gérer le temps.


 


Faute de respecter ces sages maximes, le manager risque « de courir plusieurs lièvres à la fois et de n’en attraper aucun. » Ainsi les cadres
hyper–actifs du genre « works-alcoolics » devraient faire graver sur leur bureau : « les cimetières sont remplis de gens indispensables » ou bien encore : « qui
veut voyager loin ménage sa monture. » Inquiets devant la montée des maladies cardiovasculaires dans la population, les médecins pourraient utilement prescrire à leurs clients la lecture des
proverbes qui conseillent d’user de la valeur travail avec tact et modération. (C’est toujours mieux que de consommer des statines à tout va, dont les dépenses pèsent sur la sécurité
sociale!)


 


Se connaître en fin, c’est ne pas rester seul. En effet même patron , général ou président, l’homme a besoin de compagnie. « Homme seul est viande
à loup » disaient les paysans en Gévaudan lorsque la bête rodait en semant la terreur. On affirmait aussi en Auvergne de façon un peu crue : « il vaut mieux péter en compagnie que
crever seul. » On ne saurait trouver expression plus efficace quoiqu’un peu vulgaire pour inciter le cadre à développer ses réseaux de relation.


 


C’est dans la relation du manager avec ses collaborateurs que justement les ouvrages de management sont les plus diserts. C’est d’ailleurs tout à fait
normal puisque la gestion d’une entreprise, c’est d’abord la conduite des hommes qui la constituent. Là aussi, quelques proverbes bien sentis, rappelleront à tous, l’importance des relations
humaines dans l’entreprise.


 


- Le premier conseil porte sur la difficile alchimie que doit réaliser le dirigeant entre l’écoute de ses collaborateurs et l’indispensable autorité du
décideur. Concilier l’écoute et l’action voilà le fin du fin. Combien de subordonnés sortent du bureau de leur chef en maugréant « il n’est pire sourd que celui qui ne veut point
entendre » ou encore « parler au boss, c’est comme souffler dans un violon. » C’est pourquoi, on utilisera même en atmosphère conflictuelle la formule : « de la
discussion jaillit la lumière. »


 


Certes, puisqu’en fin de compte, il faut décider, le gestionnaire conséquent aura soin de dire malgré les arguments et les 
contre-arguments « la bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe » ou « les chiens aboient, la caravane passe. » Mais la solitude de celui qui doit prendre une décision
d’entreprise, ne doit pas faire oublier que plus elle est consensuelle, plus elle a de chances d’être appliquée.


 


- Le deuxième conseil consiste à bien respecter ses collaborateurs tout en conciliant les objectifs de l’entreprise. Certes, ils ont été embauchés pour
travailler. Après tout, même en ces années d’agnosticisme triomphant, la condamnation divine de l’Ancien testament : « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front » conserve une
certaine actualité. Mais les ouvrages récents de management insistent sur la nécessaire participation des acteurs de l’entreprise.


 


Une des fonctions importantes dévolues au manager est d’assurer la meilleure motivation de ses collaborateurs, sans laquelle « on ne fait pas boire à
un âne qui n’a pas soif. » La confiance est un élément déterminant de fonctionnement d’une équipe. Chacun doit s’y sentir respecté quels que soient les niveaux de responsabilité. Et ce
« coaching » si prisé aujourd’hui doit obéir au proverbe latin qu’on trouve dans les œuvres de Sénèque : « Il faut aimer pour être aimé. « 


 


Si vos collaborateurs sont persuadés qu’ils ont dans leur affectation « trouvé chaussure à leur pied, que vous savez renvoyer l’ascenseur, qu’un
bienfait n’est jamais perdu, qu’une bonne action vaut toujours récompense et qu’après avoir porté sa charge, le baudet reçoit toujours du picotin de la part de son maître, » vous êtes sur la
bonne voie. Il y a toujours intérêt à cultiver les initiatives de façon qu’on puisse dire : « à bon maître hardi valet. » bien que cette expression ait une connotation malheureuse
d’ancien régime.


 


- Le troisième conseil tient à la gestion des conflits qui ne manquent pas de se développer dans la vie en collectivité. Les statistiques sur la montée
alarmante des divorces montrent qu’il y a des différends dés qu’on la vie à deux.  Dans l’entreprise le nombre des collaborateurs augmente cette tendance humaine à la bagarre,
de façon exponentielle.  Dans ce cas, le proverbe agit comme un élément de résolution des tensions. Le manager doit savoir créer des consensus selon
l’            adage qui nous conseille de « laver notre linge sale en famille » plutôt que régler les problèmes
devant les prud’hommes.


 


- Si une dispute éclate entre deux collaborateurs également dévoués à l’entreprise, utilisez une métaphore botanique : « souvenez vous qu’il ne
faut pas mettre le doigt entre l’arbre et l’écorce. » Et rappelez leur que « la vie n’est pas un chemin dont le revêtement serait fait de pétales de roses. »


 


Lorsque surgit un conflit social qui le dirigeant devra être prudent. « Il vaut mieux se mordre la langue avant de parler qu’après avoir parlé »,
et « ne pas aller à la guerre si on craint les horions. » Mais en désespoir de cause, « il vaut mieux savoir trancher dans le vif, plutôt que de laisser pourrir la
situation. »


 


Conclusion


 


Nous n’irons pas plus loin dans le développement d’une matière qui mériterait à elle seule un ouvrage entier et puisqu’il nous faut conclure, il apparaîtra
au lecteur que cet article n’est qu’un badinage perdu dans une revue par ailleurs fort sérieuse. Néanmoins nous voulons espérer que lecteur aura reçu quelques leçons :


 


- « Rire est le propre de l’homme » et l’humour est un moyen souvent efficace de négociation, à condition qu’on en use avec tact et mesure comme
dans la jurisprudence du Conseil d’Etat sur les dépassements d’honoraires de certains médecins.


 


- Loin de tout obscurantisme et sans condamner les méthodes modernes de gestion; nous avons simplement montrer que la gestion des hommes est autant affaire
d’expérience que d’études théoriques.


 


Ces rejetons du passé que sont les proverbes peuvent utilement contribuer à la formation des dirigeants en compléments des techniques quantitatives et
juridiques qu’il ne saurait être question de négliger. Mais gardons nous de privilégier l’outil en oubliant par trop le fond des questions et en toutes circonstances, il convient de
« réfléchir avant d’agir » comme les deux lutins des malices de Plick et Plock cette bande dessinée d’un polytechnicien qui savait aussi bien penser, compter que
dessiner.


 


Ne considérons pas non plus que le proverbe est un fossile. Il s’en crée tous les jours y compris dans les entreprises. Nous citerons que le plus usité dans
nos cercles dirigeants : « il n’ y a pas de problème, il n’y a que des solutions. »


 


Enfin, suggérons que l’avenir des administrations des services publics et des entreprises, réside dans la capacité à concilier deux proverbes
contradictoires : « c’est dans les vieux pots qu’on fait la bonne soupe et « la valeur n’attend pas le nombre des années. » L’application de ces deux formules aurait pour
insigne avantage de contribuer à réduire le sous emploi des jeunes et le départ trop précoce des séniors en préretraite et en retraite. Mais ceci est une autre histoire !


 





 


Frédéric Buffin 1990


 


 


 


 


 

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