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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 17:30

Les délices de la messe en latin.

 

J'aurai connu les prêtres en soutanes et les bonne sœurs en cornettes de la paroisse Notre Dame de Lorette dans cette église qui sentait bon l’encens et le cierge brûlé. Je ne comprenais rien au sens profond de la cérémonie dont la signification transcendantale m’échappait, alors que jouer avec la poussette de ma petite sœur en parcourant la nef poursuivi par mes parents qui cherchaient à mettre fin au désordre liturgique que je provoquais, me passionnait davantage.

 Mais j’ai vite compris que je ne pouvais pas divaguer ni hurler dans ce saint lieu comme je le faisais dans les jardins de la Butte Montmartre. Seul le chuchotement était de mise pour ne pas troubler l'ordonnancement hiératique de la cérémonie. Et si je n'étais pas vraiment poussé par une forte inclination mystique à l'exercice de la prière, du moins aurai- je  appris à faire silence dès mon plus jeune âge, alors que j'avais dans la rue une tendance "singe hurleur" qui ne recueillait pas l'assentiment de mes géniteurs!

C'était le temps regretté par les intégristes, de la messe en latin selon le rite de Saint Pie V. Le célébrant portant sa chasuble finement brodée tournait le dos aux fidèles, avec les enfants de chœur appelés à manier la sonnette au moment de la consécration, comme si les croyants trop endormis devaient se réveiller en ce moment crucial.

 

De temps en temps, nous avions le privilège d'apercevoir le calice et le ciboire quand le prêtre daignait le porter à bout de bras. Le reste du temps, j'avais l'impression qu'il jouait à la dinette dans son coin, comme si celle-ci relevait du secret d’Eglise.

 La communion se prenait à genoux et sur la langue. Et l'hostie nous était interdite, si nous avions osé consommer un quelconque aliment moins de trois heures avant. Il ne fallait pas plaisanter avec le sacrement de l'eucharistie, ni avec la présence réelle du Christ.

Lors des oraisons dominicales, le desservant inspiré par une bonne pensée janséniste bien de chez nous, évoquait plus le péché, la faute originelle et l'empreinte du malin que le pardon, l'amour et l'espérance. Mais pour les nostalgiques, c'était si beau la crainte du jugement dernier exprimée en latin. Et pour les autres fidèles, ça ne les gênait pas puisqu'ils ne comprenaient rien aux subtilités de la langue vaticane.

C'était aussi les derniers temps du catéchisme d’antan avec la distinction entre le péché véniel et le péché mortel, la définition précise de l’Enfer, du Purgatoire et du Paradis et l’apprentissage obligatoire du Credo, du Gloria, du Tantum ergo et de l’acte de contrition.

Vatican II a balayé en peu de temps, après tant de siècles de tradition, cet ensemble de rites, de règles, de chants, pour tenter de remettre le message d'amour du Christ au centre de la foi chrétienne. Quelle périlleuse entreprise que de vouloir modifier le cadre confortable dans lequel se mouvaient des fidèles dont beaucoup se satisfaisaient de la stabilité liturgique et spirituelle qui leur était proposée chaque dimanche!

Troquer la religion contre la foi, développer pour le plus grand nombre le message caritatif au sens spirituel du terme, développer l'option préférentielle pour les démunis, c'était le défi impossible mais nécessaire des Pères conciliaires promoteurs de l'Eglise d'aujourd'hui.

Nous sommes aujourd’hui évidemment  à mille lieux des cérémonies  du culte à l'odeur d'encens de mon enfance, mâtiné d’un savoureux latin de cuisine à l’usage des fidèles qui connaissaient mal la langue de Cicéron.

Mais la répétition hebdomadaire quasi immuable d’un rite multiséculaire, rassurait bon nombre d’entre eux, même si la transmission d'une foi vivante par le biais d'une langue morte pouvait poser légitimement question.

 

Frédéric Buffin septembre 2011

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