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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 17:33

 Frederic Buffin, lundi 19 septembre 2011, 22:50

Les joieset les peines de "la laïque."

 Mon père qui n'aurait  manqué une messe dominicale pour rien au monde, considérait qu'il avait une dette vis à vis du Ministère de l'Education Nationale, son premier employeur à son retour de captivité. Dans ces conditions, inscrire ses enfants dans l'enseignement privé aurait constitué une traîtrise et une infamie vis à vis de la rue de Grenelle. Le principe était simple: un enfant d'un cadre de la Fonction Publique ne pouvait inscrire ses enfants ailleurs qu'à l'école publique. J'ai donc appris à lire, écrire et compter dans deux de ces petits hauts lieux de la république

En fait j'aurai connu l'école laïque à l'ancienne mode. La seule, la vraie, la pure qui ne doutait pas d'elle- même, qui honorait Clovis, Colbert et les Poilus de la Grande Guerre dans une bonne continuité historique franchouillarde. On y apprenait encore les départements et leur préfecture. Au fond de la classe s'affichaient les leçons de morale civique et personnelle. Et dans le cadre de la promotion du mérite républicain, nous avions droit au classement mensuel du premier jusqu'au dernier, sans que les parents en soient traumatisés et ne contestent l'évaluation pas toujours très tendre de leur petit génie.

C'était l'époque où l'école laïque ouverte à tous,  voulait dire blouse grise obligatoire et plume Sergent Major  pour tous, aussi bien rue Milton à Paris que rue de Bagneux à Montrouge. Sur le tard, j’ai compris que ce vêtement uniforme en coton rêche, allié au buvard et au pot d’encre en porcelaine blanche, n'étaient pas des accessoires simplement typiques de la "laïque", mais en constituaient ses fondements identitaires.

Quant aux instituteurs, sans qu'ils ressemblent aux hussards noirs de la Troisième Républiques, ils suscitaient une crainte révérencieuse qui avec le recul m’ont fait penser aux adjudants des bataillons disciplinaires, avec en sus un brin d'humanité pédagogique qui ne gâchait rien.

Dans la salle de classe, je me souviens encore des coups de règles sur les doigts par le maître en cas d’erreur de calcul mental et de la mise au piquet humiliante pour écart de conduite. Résultat, je suis très bon en calcul et je sais ce qu’il en coûte de transgresser l’ordre public, ayant connu de temps à autre les contraintes de ce pilori d’un autre âge!

J'ai encore en mémoire les séances de cinéma du samedi après midi obligatoire dans une France encore sans résidence secondaire. Il y avait devant l'écran un banc réservé aux cancres de la semaine tourné vers les spectateurs avec interdiction pour ces quasi-délinquants, de se tourner pour regarder le film. "Les nuls" comme nous disions avec une férocité enfantine mais bien réelle, avaient déjà bien de la chance de pouvoir écouter le son. Un peu de sadisme pédagogique ne dérangeait personne à l'époque!

Mais au-delà des solides principes d'instruction que m'ont inculqués mes maîtres, la cour d'école constituait un lieu décisif d'éducation. J'y aurai appris le  sens du rapport de force et de la violence lorsqu'un groupe décidait de se mesurer avec les poings aux membres d'un autre, la loi de l'offre et de la demande ainsi que les plaisirs malsains  de la spéculation autour du trafic de billes ou d'images de vedettes sportives, et évidemment le sens de la compétition grâce au jeu d'osselets, aux divers jeux de billes et à celui des courses de petites voitures.

Pour finir, le parcours de l'école primaire, il y avait l'examen d'entrée en sixième qui permettait aux premiers de classe d'entrer directement au lycée, avec les premières craintes de la sélection dès le plus jeune âge. Les autres étaient relégués dans un collège de deuxième zone qui n'avait pas le même prestige. Le stress engendré par la dictée à quatre points en moins par faute et le problème de calcul sous forme de mesure du robinet qui fuit, valait bien l'angoisse des candidats aux concours des Grandes Écoles. Pour ceux qui ne franchissaient pas la rampe de cet examen, la notion de mérite républicain comportait quelques limites.

Au bout du compte, il n'y a pas lieu de regretter cette férule d'une autre époque. Si elle respirait l'ordre et l'autorité, elle n'inspirait guère l'imagination. Ceux qui pensent pouvoir la rétablir selon les principes que j'ai vécus, sont dans l'erreur nostalgique.

A l'heure de la télévision et du web, de l'explosion du consensus social sur les méthodes pédagogiques et de la baisse malheureuse de l'autorité du magistère enseignant, l'école est entrée dans une autre époque.

  Soyons tout de même optimistes et faisons confiance aux enseignants en   exercice qui ont le courage d'affronter des publics beaucoup plus divers et perturbés qu'autrefois, pour trouver les mots qui vont bien face aux enfants d'aujourd'hui.

Dernier point, peut-être futile pour certains, les couleurs des vêtements portés par les bambins de nos cités sont tout de même plus gaies que le gris des blouses des enfants de Doisneau, ce photographe qui nous croquait avec talent, au temps du noir et blanc.

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