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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 17:27

Peut-on aimer Marseille sans nuance?

par Frederic Buffin, mercredi 21 septembre 2011, 20:48

1) J'adore le ciel bleu et le soleil de Marseille qui illuminent la mer et blanchissent les collines rocailleuses environnantes. Les îles du Frioul, les falaises calcaires des calanques, la lourde masse de la Sainte Baume, les collines abruptes de Marseille-Veyre sans Hélios, ne seraient pas ce qu’elles sont.

J'aime moins le Mistral qui fait voler les sacs plastique dans toute la ville, en lui donnant parfois les dimensions d’une zone mal nettoyée après une fête populaire.

J'aime encore moins la pluie qui fait dévaler dans les rues en pente tous les immondices qui s'accumulent dans les caniveaux, à cause de l'insuffisance des services de propreté et du mépris de certains Marseillais pour leur environnement. Ces ondées soudaines sont le symbole de tous les excès de la cité phocéenne. Je passe sur l’épisode neigeux bref mais brutal de janvier 2009 qui m’aura révélé plus que de grands discours la fragilité de la ville bloquée pendant huit jours par un caprice météorologique exceptionnel.

2) J'adore la vue du port, aperçu de Notre Dame de la Garde, des bateaux de plaisance entrant dans la rade la plus belle d'Europe.

J'aime moins quand à l'occasion de conflits sociaux, on voit les voyageurs débarquer sur le port en canot parce que les navires ne peuvent plus accoster. Personne n'a l'air de se scandaliser d'un tel mépris vis à vis des croisiéristes susceptibles d'enrichir la ville par leur pouvoir d'achat.

J'aime encore moins quand à l'occasion de ce genre d'incident, le journal La Provence laisse plus de place à l’écrit des délégués syndicaux qu'à l'expression des réactions des clients maltraités.

Mais il n’est pas si facile de se mettre autour d’une table pour mettre fin aux prurits sociaux dont les manifestations épidermiques déshonorent la ville.

3) J'adore aller prendre un bain sur les plages du Prado. L'atmosphère y est familiale avec ses pique-niques et ses parties de foot qui ne dégénèrent pas au premier contact un peu rugueux. Aller se baigner après le travail à partir du mois de Mai jusqu’en septembre constitue un privilège urbain inappréciable.

J'aime moins quand la plage est salie parce qu'il n'y a pas assez de poubelles pour reccueillir les canettes de soda et les mégots de cigarette qui jonchent le sol.

J'aime encore moins quand la baignade est interdite parce que les égouts ont débordé du fait que la station d'épuration sous le Stade Vélodrome est d'une dimension insuffisante pour supporter les pluies qui peuvent tomber de façon diluvienne ou qu'un bateau a procédé à un dégazage intempestif au mépris du droit maritime.

Sur la plage en fin de journée, on peut voir à quel point la ville et ses autorités n’ont pas réussi à régler la question de la propreté qui apparaît comme un défi à relever tous ensemble, plus que celui de devenir pour un temps éphémère la capitale europénne de la culture. Il n’est pas possible de laisser aux rats et aux gabians le nettoyage de la ville.

 

4) J'aime bien la gare Saint Charles rénovée. La réhabilitation des quais de la gare centrale et la création de l'aile latérale en face de la gare routière avec son architecture aérée et ses pins bien réels même si les aiguilles sont artificielles, ont amélioré de façon significative l'accueil des voyageurs. Deux plus sont à mettre en avant, les colonnes de chaleur pour les jours d'hiver et les brumisateurs pour la canicule estivale. A noter encore, la propreté est assurée et les forces de police sont visibles, ce qui n’est pas le cas en ville.

 

J'aime moins l'escalier monumental qui descend dans la ville, dont bien des marches sont ou déteriorées ou glissantes du fait de l'usure des temps. A déconseiller en cas de pluie. J'y ai fait une mauvaise chute dont un de mes tibias se souvient encore.

 

J'aime encore moins les chauffeurs de taxis de la gare qui refusent de vous prendre le soir quand le métro est fermé, si la destination, et donc le prix de la course, leur paraissent insuffisants. Dans cette corporation, le client n'est pas roi. Il est le citron à presser absolument. Et évidemment aucun pandore n'est présent pour que tout simplement l'obligation de prendre la course dans l'ordre où elle se présente, soit respectée.

Quand vous prenez le taxi en gare à minuit, la réputation de la ville en prend un coup pour celui qui ne connaît pas ces pratiques douteuses! 5) J'aime l'atmosphère des soirs où l'OM joue au Vélodrome. Le métro est décoré en bleu clair avec les voyageurs en maillots, l'écharpe du Club au cou.

 

Il faut voir et entendre le peuple des minots se regrouper autour des bars sur l'avenue du Prado, proches de l'arène où onze gladiateurs des temps modernes vont affronter l'équipe visiteuse. Certes ça ne sent pas le Chanel n°5, mais plutôt, la frite, la merguez avec un zeste de relent de Pastis et de Cagole.

Il règne une atmosphère de fête avant le match qui n'a rien à voir avec celle, trouble, autour du Parc des Princes à Paris où le risque d'émeute n'est jamais loin. Au Vélodrome, ça chante, ça crie, ça gueule, ça injurie l'arbitre promu au rang de victime expiatoire, mais ce n'est pas méchant. Il faut bien un bouc émissaire comme dans toutes les peuplades primitives.

J'aime moins le côté liturgique de la claque des clubs de supporters dans les tribunes, où le temps d'un match, la ville reconstitue artificiellement la cohésion sociale qu'elle a perdue depuis longtemps dans ses quartiers, que dis-je, dans ses villages, alors que la ségrégation sociale entre zones fréquentables et d'autres qui le sont moins, entre le centre ville ghettoïsé et la périphérie plus aisée, fait sentir tous les jours ses effets délétères. J'aime encore moins les chroniques sportives de La Provence qui transforment en drame national les défaites actuelles de l'OM. "Rien ne va plus, on est dernier. Qu'allons-nous devenir? L’O.M. dernier du championnat c’est le moral de la ville qui en prend un coup. Les journalistes en font des tonnes. Ils en disent trop.

C'est évidemment plus facile de commenter un match de 90 minutes entre des joueurs surpayés, assis sur un siège en tribune à l’abri de la pluie, que d'aller enquêter sur les trafics de drogue des quartiers nord sur fond de meurtres à la kalachnikov, les pratiques clientélistes des syndicats et des partis politiques et la corruption de certains élus.

C'est aussi moins risqué!

Marseille fascine, Marseille agace, Marseille désole. Quand donc les citoyens reprendront-ils à leur compte le développement de leur ville dans le plus beau site calcaire d’Europe, au pied de la Méditerranée qui relie tant de civilisations, riche d’espérance et de développement ?

 

Retroussons nos manches pour soutenir tous ceux qui, à droite et à gauche, font tout pour éviter que le bateau phocéen ne coule. Car les fonds de la Méditerranée sont très profonds et la remise en cale sèche pour réparation n’en serait que plus difficile.

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