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6 août 2013 2 06 /08 /août /2013 18:26

Sept conseils de contre-management.


Ces Messieurs « je sais tout. »

Les vieux dirigeants sont terribles. Ils sont comme les généraux de brigade qui ont survécu à l’épreuve du feu et à la mitraille. Ils n’hésitent pas à donner des leçons aux brillants officiers d'état-major sortis de Saint Cyr, mal protégés par leur manuel de stratégie militaire et peu à l’aise devant ceux qui ont entendu les balles siffler autour d'eux. L’expérience leur sert d’étendard.

En matière de gestion des organismes de sécurité sociale, les vieux directeurs sont pareils. Ils ont tout vu, tout entendu, à défaut d’avoir tout compris. Ils écrasent de leur expérience les plus jeunes qui ont tout à apprendre et « qui ne savent rien ou si peu de la vie professionnelle, même s’ils ont fréquenté les grandes écoles. »

Eux, seuls sont légitimes, parce qu’avec leur âge (plus ou moins canonique), ils ont le cuir tanné par les épreuves du quotidien de la vie des caisses. L'expérience est leur manuel, plus que les ouvrages de management. Et tout y passe pour justifier le statut de ces porteurs de tempes grisonnantes :

« De notre temps, il fallait se débrouiller tout seul et il n’était pas question d’aller chercher des recettes de gestion auprès des boites de consultant de tous ordres qui font leur beurre sur le complexe des dirigeants des organismes publics en quête du management efficace.
A notre époque, nous étions des vrais patrons y compris dans le domaine informatique et nous n’avions pas besoin de travaux théoriques sur la qualité ou le zéro défaut pour nous lancer dans la modernisation de nos organismes.
Vous devriez, vous, jeunes directeurs vous indigner contre cette tendance des caisses nationales à vous transformer en simple chef de service. Vous ne savez pas résister à un « reporting» incessant sur fond de cartographie des processus, de contrôle interne et de maîtrise des risques, à mille lieux du service à rendre aux assurés sociaux. »
A les en croire, ils sont les protecteurs des valeurs de « la Sécu », et s'apitoient devant le conformisme managérial des directeurs plus jeunes qui vont pourtant impitoyablement leur succéder du fait du renouvellement inexorable des générations.

Pour ces papes sénescents qui n’entendent pas démissionner comme récemment au Vatican, l’adage qui prétend que « c’est dans les vieux pots qu’on fait la bonne soupe, » s'accorde bien au dicton qui prétend que Sagesse et Jeunesse ne cohabitent guère. Le management flamboyant, c’est eux.

Voire… ! Sans mépriser « l’indispensable expérience » des anciens et leur science expérimentale de la gestion des organismes dont la pression quotidienne peut doucher les enthousiasmes des dirigeants les plus dynamiques, il n’est pas sûr qu’il faille être trop louangeur vis-à-vis de leur conduite passée des hommes et des organismes.

Car leurs méthodes de direction, même conduites avec pragmatisme n’ont pas toujours, loin s’en faut, été exemplaires, quoiqu’en dise la vieille génération de directeurs qui s’apprête à prendre une retraite bien méritée.

Et sans cracher dans la soupe, le vétéran rédacteur de cet article prétend faire œuvre utile en révélant aux plus jeunes certaines recettes qu’il a vu appliquer par des directeurs « à références » de façon très professionnelle, avec comme seul résultat de faire baisser à coup sûr la productivité de l’organisme qu’ils avaient à diriger.

C’est pourquoi, les lignes qui suivent sont consacrées à quelques conseils sur ce qu’il est possible de faire pour faire baisser de façon certaine... les performances de la caisse dont vous êtes le directeur ou la directrice puisque signe des temps, de plus en plus de femmes accèdent à la responsabilité suprême. Et en cette matière, les anciens et les rares anciennes n’étaient pas mauvais(es) !

Enfin vous êtes le (la) patron(ne) !

Car cette fois ça y est. Vous y êtes parvenu (e). Enfin ! Vous en rêviez depuis que vous avez fréquenté les bancs de l’Université, des grandes écoles ou de l’EN3S. Après avoir brillamment surmonté les barrières parfois absconses de la liste d’aptitude, après avoir supporté un directeur au-dessus de vous pendant des mois, après vous être frotté(e) aux délices de la fonction d’encadrement, vous venez d’être nommé(e) directeur (trice) d’une Caisse de Sécurité Sociale. Vous parvenez au Saint Graal de la fonction de direction.

Vous accédez à la magistrature suprême qui vous inspire un sentiment mêlé d’ivresse et de vertige. Et nourri(e) d’une énergie colossale générée par votre nomination, vous êtes prêt(e) à montrer aux décideurs qui ont statué en votre faveur, mais aussi à vos pairs, que c’est bien à tort qu’on ne vous a pas placé(e) plus tôt à un tel niveau de responsabilité.

Vous savez que la conjoncture n’est pas rose. Que la demande sociale des assurés est toujours croissante, que les moyens qui vous sont donnés par les Conventions d’Objectif et de Gestion sont de plus en plus chichement attribués aux caisses et qu’il faut faire plus avec moins, que le personnel et les syndicats ne sont jamais contents, etc.

Mais vous n'en avez cure. Vous êtes boosté(e) par la reconnaissance qui vient de vous être octroyé(e), en vous attribuant la qualité de directeur (trice). Vous étiez au purgatoire, ce qui vous a durci la peau. Vous pouvez maintenant prétendre au Paradis du commandant de bord qui doit mener à (bon port ?) bien le bateau que l’on vient de vous confier. Vous vous sentez capable d’éviter les récifs nombreux qui vont se dresser devant vous pendant votre navigation pour vous empêcher de mener à bien votre mission de service public. Et muni(e) des conseils qui vont suivre, vous allez faire des merveilles :



Quand vous arrivez en poste, affichez rapidement la rupture avec le passé.
Le ou la boss maintenant, dans un organisme que vous ne connaissez pas, c’est vous. Alors pour bien vous implanter dans votre nouvelle fonction, posez quelques actes qui montreront à tous que « le directeur nouveau » est arrivé, comme le Beaujolais flanqué du même adjectif publicitaire.

Apposez d’abord sur votre carte de visite l’épithète de général. Cela fait plus classe et ça a l’avantage de ne pas coûter très cher. Même dans notre république d’aujourd’hui, les titres, c’est important. Sachez-le, nous ne sommes pas encore sortis de la société d’Ancien Régime.
Usez dès le début de votre entrée en fonctions de formules sentencieuses et critiques telles que : « Tout ceci n’est pas très professionnel. » Vos collaborateurs chargés de vous accueillir seront ravis d’apprendre qu’ils sont des amateurs.
Changez de bureau car la qualité du mobilier est un attribut du pouvoir. En ces temps de disette budgétaire, ce sera très apprécié du personnel à qui on a refusé des agencements nouveaux.
Changez très vite d’assistante de direction. On ne sait jamais ce que l’ancienne pourrait raconter sur vous à celui qui vous a précédé. Le « spoil system », c’est tout un art.
Mais surtout, répandez-vous sur les erreurs et les manquements de celui qui présidait aux destinées de la caisse avant vous. Personne n’osera vous contredire, même si beaucoup n’en penseront pas moins. Et le ton sera infailliblement donné : « dans cette caisse, il va falloir commencer à travailler sous votre docte autorité.»
Dernier point très important : Peaufinez votre discours d’arrivée devant le personnel sur le thème giscardien : « vous serez surpris par l’ampleur du changement, » comme si rien n’avait bougé depuis des lustres. Ceci fera un grand plaisir mobilisateur à tous ceux qui appréciaient votre prédécesseur.

Pratiquez le management en loup solitaire.
Seulement voilà. Vous entrez dans un organisme qui vous est inconnu. Vous êtes donc forcément un intrus qui ignorez les mœurs, les usages, la culture de la communauté humaine que vous êtes appelé(e) à diriger. Et rapidement, l’enthousiasme primitif suscité par votre embauche cède le pas devant l’angoisse que suscite l'entrée dans une « terra incognita » dont il vous faut rapidement maîtriser la géographie sociale, syndicale et professionnelle.

Certes vos capacités d’adaptation sont immenses (puisqu’on vous a nommé(e), mais tout de même. Vous étiez un spécialiste de Prestations Familiales, on vous demande par exemple de diriger une Caisse Primaire d’Assurance Maladie, ce n’est pas tout à fait la même affaire. Vous connaissiez par cœur les Caisses du Nord, vous arrivez dans une caisse du Midi, vous découvrez vite que même dans une République unifiée par le code de la Sécurité Sociale, les règles n’ont parfois pas le même sens sur la Côte d’Opale et sur la Côte d’Azur. Et la culture d’un organisme, c’est une contrainte de gestion à ne pas négliger.

Et puis très vite, puisque c’est vous qui dirigez, « on » prénom malhonnête, vient vous présenter des décisions urgentes à prendre sans que vous ayez, du moins au début de vos fonctions, l’expertise suffisante pour trancher.

Bien sûr, vous êtes très intelligent(e), mais tout de même vous n’êtes pas un Pic de la Mirandole capable de gérer des problèmes aussi différents que l’application d’une nouvelle réglementation, le règlement d’un conflit social à la suite d’une réorganisation, la gestion d’un marché de travaux pour déménager le siège de la Caisse et tant d’autres sujets que vos collaborateurs s’ingénient à vous présente dès les premiers jours. On dirait même qu’ils veulent tester vos compétences, comme le font d’instinct les élèves d’une classe avec leur nouveau professeur le jour de la rentrée par des provocations diverses.

Alors, pour faire face à la vague montante des hostilités de toute nature que vous avez à surmonter, transformez-vous en «canis lupus», non pas de ceux qui chassent en meute, mais de ceux insaisissables et mystérieux qu’aucun chasseur ne parvient à pointer au bout de son fusil.

- Prenez bien soin de fermer votre bureau et de n’accepter de recevoir vos collaborateurs et vos interlocuteurs de toute nature que sur rendez-vous. Et même si vous avez sacrifié lors de votre arrivée à une inévitable et pesante visite de tous les services de la Caisse, ne circulez pas dans les couloirs, pour que l’entretien ou la rencontre avec le Directeur soit pour le plus grand nombre un exercice rare autant que redouté.

Gérez votre agenda vous-même afin qu’il soit connu de vous seul et surtout, limitez l’information sur vos déplacements auprès d’un minimum de collaborateurs. Bien entendu ne dites jamais que vous partez le moment venu en congés. De la sorte, vous pouvez fondre sur les cibles qui vous conviennent à tout moment sans que la proie que vous avez impitoyablement visée n’ait préparé sa défense.

Préparez un changement d’organigramme dans le plus grand secret en annonçant votre intention d’améliorer la gouvernance de la caisse. Ceci aura non seulement pour effet d’effrayer l’encadrement à tous les niveaux, mais aussi les instances représentatives du personnel et les syndicats avant toute décision, et de provoquer leur mécontentement au moment de la présentation du projet pour défaut de concertation et de négociation. Vous êtes responsable de l’organisation ; il faut que ça se sache !

Nommez un Directeur de Cabinet ou un chargé de mission qui sera votre seul confident avec pour tâches de faire le lien avec votre Directeur- Adjoint et votre agent-comptable et de procéder aux études de fond qui auraient pu être réalisées par les services opérationnels. Vous mettrez ainsi une inévitable distance entre vos collaborateurs directs et vous-même. C’est parfait pour la motivation.

Chaque fois que vous abordez un sujet avec l’un d’entre eux, indiquez-lui que c’est « confidentiel défense » et qu’il est le seul à détenir l’information que vous venez de lui transmettre. Bien sûr, il n’en fera rien et le dos tourné, il se dépêchera de diffuser le contenu du message que vous lui avez glissé à l’oreille. Mais de la sorte, ils seront fiers de diffuser la parole directoriale émise dans le saint lieu que constitue le bureau du grand prêtre mystérieux et solitaire appelé à présider aux destinées de la Caisse. Quand on est Directeur, on est souvent seul à décider, c’est bien connu. Certains anciens cultivaient cette solitude jusqu’à la mystique !

Avec vos collaborateurs directs réinventez le Moyen-Age.
Grâce à la force du lien de subordination qui est dû par le salarié vis-à-vis de son employeur dont vous êtes l’éminent représentant, faites de vos collaborateurs des vassaux qui doivent respect et obéissance à leur suzerain en toutes circonstances.
Les anciens et d’autres qui le sont moins, disposent de quelques techniques très efficaces pour parvenir à cette fin. Faites de même :
Exigez de leur part, messagerie électronique et téléphone personnel, de façon à les mobiliser en permanence à cette noble cause du service public de la Sécurité Sociale. Une commande vendredi soir pour un rendu le lundi matin, sera du meilleur effet pour bien montrer au conjoint ou à la conjointe du sous-chef que le boss a un droit de regard sur le déroulement de son week-end et de ses jours de repos.
Evidemment, car c’est la marque du pouvoir, imposez des horaires incongrus à tous ceux qui sont proches de vous. Un rendez-vous à sept heures du matin, il n’y a rien de tel pour commencer une journée. N’hésitez pas à organiser des réunions « de la plus haute importance » en fin de journée ; pour la vie de famille et l’équilibre personnel de ceux et celles qui travaillent avec vous, c’est parfait !
Faites des Conseils de Direction (pas trop souvent et à la sauvette) des grands moments d’émotion. Par la distribution de satisfécits aux uns et de réprimandes humiliantes à d’autres, chacun ou chacune sentira sur lui, peser la menace potentielle d’un jugement de cour qui d’une semaine sur l’autre peut le faire blanc ou noir.
Avec un peu de chance, ce climat trouble que vous aurez créé du sommet de votre toute puissance, sera décliné jusqu’au bas de la chaine hiérarchique. L’atmosphère pestilentielle qui en résultera vous importera peu, pourvu que vous teniez le cap !
Jouez les baronnies qui s’agitent dans votre organisme, les unes contre les autres pour conforter votre influence. Vous y parviendrez à peu de frais : une organisation des services où les responsabilités ne sont pas clairement établies ; une commande identique demandée à plusieurs services ; des circuits de travail mouvants et flous, parviendront facilement à la réalisation du fameux dicton : « divisez pour régner. »
Enfin, rendez la vie impossible à tous ceux qui travaillent au quotidien des services par deux méthodes infaillibles.  Un reporting incessant où le « reporter » passe plus de temps à reporter qu’à travailler sur la mission que vous lui avez confiée. Un échéancier d’enfer qui prouvera de surcroît à vos vassaux même les plus dévoués que vous êtes le maître tyrannique des horloges.
Il n’est pas besoin de dire que bien évidemment, vous exigerez une adhésion sans faille de vos hiérarques et que la moindre critique aura pour effet de placer celui qui oserait l’exprimer sur la liste des transferts anticipés. De cette façon vous êtes sûr de stériliser les initiatives de l’ensemble de votre équipe de direction.
Il ne vous manquera qu'un château fort, un costume de chevalier, une épée, une table ronde et un cheval blanc pour que règne dans votre royaume une atmosphère de méfiance, de défiance et de peur quasi médiévale propre à motiver l’ensemble du personnel au service des assurés sociaux.
Déterminez la stratégie de votre organisme en vous ménageant un bunker intellectuel.
Vous avez une convention d’objectifs à préparer ou un projet d’entreprise qui doit vous permettre de faire avancer la Caisse que vous dirigez sur de bons rails. Pour parvenir à satisfaire la noble ambition que vous avez d’être le guide inoubliable qui va  « montrer la voie » à tous les agents de la Caisse. Nourri de l’espérance qu’ils comprendront enfin qu’ils doivent travailler pour la seule ambition de servir les assurés, il faut utiliser quelques recettes infaillibles qui vous garantiront le succès :
Pour préparer votre projet, commencez par faire venir un consultant qui assumera la direction stratégique du projet en lieu et place de l’un de vos collaborateurs qui aurait été ravi de le faire. Vous leur montrerez de façon infaillible le peu de confiance que vous avez envers eux. Le regard de Syrius ou l’œil du Huron, c’est toujours mieux que la vision interne aveuglée par les vapeurs délétères du quotidien.
Dans la phase amont de la préparation du projet exigez de vos proches la discrétion la plus absolue. C’est un facteur très important de cohérence du projet qui ne doit pas être amendé par des objections qui en diminueraient la portée. « La COG doit être un bloc » comme la révolution de Clémenceau et ne doit pas être affaiblie par des objections de mauvais aloi.
Préparez avec soin la communication sur les brillantes idées que vous aura suggérées le consultant, de façon à diminuer au maximum le temps de la discussion au sein du collège de direction et des équipes de travail. Il sera d’autant plus intouchable que vous l’aurez présenté sous papier glacé. Après tout, c’est votre projet, pas le leur.
Faites le minimum légal en terme de présentation devant les organisations syndicales ou les institutions représentatives du personnel. De toute façon, elles auraient dit non au projet parce que vous prévoyez des économies et de faire plus avec moins, ce qui est une façon comme une autre de faire de la productivité. Alors pourquoi perdre du temps et de l’énergie à convaincre des personnes qui obéissent à des consignes contraires d’appareil national pour prendre position ?
Contentez-vous d’une décision de Conseil d'Administration pour faire valider votre projet sans multiplier les commissions où les partenaires sociaux risquent de vous imposer des compromis que vous ne souhaitez pas. Ceux-ci seront d’ailleurs d’autant plus difficiles à accepter que vous serez au préalable allé(e) chercher l’onction de la Caisse Nationale ou des Ministères.
Une discussion sur votre projet avec votre Président sera bien suffisante pour respecter le principe de la participation des assurés sociaux à la gestion de la Sécurité Sociale.
Respectez ces consignes à la lettre et vous serez assuré que l’ensemble des acteurs de votre Caisse, au pire traînera votre projet comme un boulet, au mieux le considèrera comme un document sans effet de mobilisation à remiser au placard des documents directoriaux sans importance parce qu’il sera inapplicable.
En matière de dialogue social, montrez à tous que vous êtes « Seul maître à bord après Dieu et encore ! »
J’en viens évidemment à un sujet très important, celui de la gestion du personnel, pardon de la gestion des ressources humaines. Fort (e) de la règle selon laquelle vous êtes seul(e) compétent(e) en matière de personnel, vous pouvez exercer votre passion autocratique avec une grande pertinence.
- En matière de recrutement, privilégiez de façon systématique les apports externes et si possible à des postes stratégiques. Pratiquée sans nuance cette méthode sera le signal pour le personnel et surtout l’encadrement que vous attachez du prix à la mobilité géographique !
- Recevez les organisations syndicales le moins possible, avec des rendez-vous très éloignés dans le temps par rapport à leur demande. Vous leur signifierez ainsi le peu d’estime en laquelle vous les tenez, ce qui vous permettra de constater la diffusion multipliée de tracts syndicaux hostiles à votre politique.
- Laissez votre responsable RH gérer les relations avec les délégués du personnel et les membres du Comité d’Hygiène et de Sécurité. Si de surcroît vous n’assistez jamais au comité d’entreprise, c’est encore mieux pour mettre de la distance entre « des gens qui expriment toujours des pensées négatives » et vous-même qui mettez toute votre énergie à faire progresser la Caisse.
- Jouez systématiquement le jeu du syndicat majoritaire, en procédant à du recrutement à la carte syndicale. Il faut bien faire des concessions dans la vie sociale et acheter la paix du même nom à peu de frais. Cette pratique  « autrefois » très en vogue aura pour plus sûr effet de développer un sentiment d’injustice dans votre gestion. Et si vous appliquez la même méthode pour les promotions annuelles, le résultat sera atteint à coup sûr.
- En cas de licenciement (toujours justifié évidemment), ce qui est fort heureusement rare à la Sécu, évitez de respecter les procédures en omettant l’entretien préalable et la saisine du conseil de discipline. Vous créerez ainsi un climat de mobilisation syndicale par laquelle vous serez accusé d’arbitraire patronal. Ce procès vous sera d’autant plus jeté à la figure que vous aurez par les précédents conseils contenus dans cet article, créé dans votre caisse une atmosphère des plus négatives à votre encontre.
Une petite explosion sociale de temps en temps ne fait de mal à personne et forme le caractère ! Invoquez votre priorité de servir les assurés, rien que les assurés et que vos salariés ne sont qu’une ressource et non une fin en soi et vous serez encore plus surs d’être « compris » de tous au sein de la caisse. Mais après tout, vivre de temps à autre des moments de grande solitude, ne manque pas d’un certain charme !
Faites de la communication « brillantine. »
Lorsque le rédacteur de ce précis de bêtises managériales malheureusement parfois bien réelles était encore enfant, la brillantine était un gel utilisé par les hommes afin de rendre luisants des cheveux dont la propreté était douteuse, parce que beaucoup de nos concitoyens ne se douchaient pas tous les jours.
Si vous sentez que le bateau que vous dirigez ne parvient pas à maintenir le cap dans des flots agités, tentez la communication en surbrillance. Car vos proches et l’encadrement sont bien évidemment incapables de relayer la si pertinente parole directoriale jusqu’au bas de la hiérarchie. Ce qui est en cause, ce n’est évidemment pas le fond de votre politique, mais le défaut de communication sur celle-ci :
Commencez d’abord par créer, si cela n’est pas déjà fait, une revue d’entreprise luxueuse (sur papier glacé bien entendu), à destination du personnel pour que celui-ci soit au courant de vos faits d’armes. N’omettez pas bien entendu d’y apposer votre photo à toutes les pages comme le font nombre de maires dans leur revue municipale et soignez l’éditorial.
Vite classée dans les revues de propagande vous serez assuré que le coefficient de lecture sera très faible. Mais ça ne fait rien. Vous pourrez préparer un press-book à destination des autorités de tutelle ou de la Caisse Nationale dont vous dépendez.
Participez activement aux travaux nationaux ce qui permettra la diffusion d’articles signés de votre main, même si ce sont vos collaborateurs qui les ont rédigés. Ne négligez pas de vous montrer ainsi dans « Droit Social ou la Gazette du Palais», tout en faisant de vos « nègres » des témoins désolés de vos qualités intellectuelles et littéraires.
Soyez omniprésents dans la presse régionale (avec ou sans votre Président) afin que l’ensemble de vos agents considèrent au fil des numéros que vous êtes l’incarnation de la Caisse.
Utilisez la technologie internet qui n’existait pas du temps des anciens pour diffuser à votre personnel des interviews sur votre gestion en vidéo. Celui-ci verra bientôt que vous êtes un spécialiste des « NTIC. »
Enfin, le must, c’est de passer à la télé sans laquelle tout personnage public n’a pas d’existence médiatique. « Régalez » le patron local de FR3. Au final, pour un bon repas, vous pouvez en retirer une image de gestionnaire médiatique et honorer la Caisse que vous servez, quel que soit l’état réel de celle-ci.
Sans verser dans une paranoïa délirante, un peu de culte de la personnalité selon le principe que le faire savoir est indissociable du savoir-faire, ne fait de tort à personne. Allez-y pour un peu de cosmétique !


Cerise sur le gâteau, permettez-vous quelques frasques personnelles.
Elles montreront que vous êtes un homme ou une femme comme tout le monde et non un monstre froid qu’on retrouve dans les tracts syndicaux sous l’appellation de « la direction attachée à vouloir nuire aux salariés. »
Leurs révélations dans les couloirs ou les machines à café de la Caisse, feront l’objet de discussions interminables entre agents, ce qui fera infailliblement baisser la productivité que vous aviez souhaité améliorer.
Commencez par embaucher votre conjoint(e) et si possible à un poste stratégique. Et si vous voulez en rajouter, recrutez un ou plusieurs de vos enfants. Il régnera dans la caisse un parfum de népotisme propre à améliorer l’atmosphère de la communauté humaine que vous pilotez.
Utilisez ouvertement la voiture de service de la caisse comme voiture de fonction pour vos déplacements domicile travail. De surcroît faites assumer par celle-ci les P.V. que la police aura notifiés (ainsi que les notes de carburant). Les services de la logistique à qui vous imposez l’inscription scrupuleuse de leurs déplacements sur un carnet de bord seront ravis.
Ne négligez pas les bonnes tables du secteur géographique où vous travaillez avec vos interlocuteurs choisis. Quel que soit le lieu, il n’en manque pas dans notre bon pays de France. Les services de l’agence-comptable seront intarissables sur le détail de vos factures de restaurant, surtout si vous avez commis l’imprudence d’y mettre le détail des plats que vous avez consommés et des vins que vous avez partagés avec vos convives.
Vous pouvez faire de même avec le réfrigérateur de votre bureau que vous aurez pris soin de remplir de bons alcools tels que Whiskies, Bourbon, Porto, Pastis, etc. Et si en fin de journée conclue par une tournée générale avec vos proches, les femmes de ménage vous voient sortir de votre bureau d’un ton gai voire égrillard ce n’est pas grave. Elles sont tenues par une obligation de discrétion professionnelle. Personne ne le saura, sauf tous les agents de la caisse qui en feront des gorges chaudes !
Pour couronner le tout, montrez que vous avez du caractère, en multipliant vos colères homériques dans les couloirs ou les services où vous pénétrez, afin que tout le monde sache qu’aujourd’hui le boss n’est pas content. La tension dans les services montera d’un cran, ce qui accroitra la concentration au travail.
Conclusion.
« Tout ceci est bien caricatural » dira-t-on. Concentré sur un seul personnage, dans un temps court, et dans un seul lieu, le rédacteur de cet article veut bien l’admettre. Forte de puissants contrepouvoirs au sein des institutions de Sécurité Sociale, et de l’état du droit social et du droit du travail, la Direction de Caisse a peu de chance de se transformer en gestion dictatoriale.
Directeurs (trices), veillons à notre mode de management directorial. Nous sommes tous potentiellement des Machiavel ou des Rastignac au petit pied ou en version féminine, des diables habillés en Prada. Résistons aux tentations du pouvoir et mobilisons-nous, les ancien(ne)s comme les plus récent(e)s, avec la seule volonté désintéressée de servir. Après tout c’est pour ceci que nous sommes rémunérés dans les canons du code de la sécurité sociale !

Frédéric BUFFIN directeur depuis 1994.

Le 10 Mars 2013.

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